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Une souche sauvage de poliovirus a été détectée en Israël, en Cisjordanie et sur la bande de Gaza en septembre 2013

Antoine Flahault, Professeur de Santé Publique à l’Université Paris Descartes et co-directeur du centre de santé publique Virchow-Villermé, co-signe un article dans la revue The Lancet afin d’alerter l’opinion sur les politiques vaccinales mises en place pour éradiquer la Polio à l’échelle internationale.

Le ministère de la Santé israélien a indiqué qu’une souche sauvage du poliovirus de type 1 (WPV1) a été détectée dans de nombreux échantillons d’eaux usées et de selles prélevés dans le sud et dans le centre d’Israël en septembre 2013. Trois échantillons positifs ont également été relevés en Cisjordanie et un sur la bande de Gaza. Le virus identifié est le même que celui présent en Egypte et au Pakistan.

Préoccupés par l'émergence et la propagation des poliovirus circulants dérivés d'une souche vaccinale (VDPV), l’Israël, les Etats-Unis et la plupart des pays d'Europe occidentale ont fait le choix, lors de la dernière décennie, de faire l'usage exclusif du vaccin inactivé de poliovirus (IPV) et de ne plus utiliser le vaccin antipoliomyélitique oral (VPO) présentant un risque génétique de dériver vers un VDPV. Au niveau international, il est prévu de stopper l'utilisation du VPO et de le remplacer par l’IPV. En 2012, le centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies a déclaré catégoriquement que le VPO ne serait plus utilisé une fois que toute transmission du poliovirus sauvage serait éradiquée.

Or, interrompre la transmission du poliovirus sauvage nécessite de développer une immunité intestinale chez les malades afin d ‘éviter que le virus ne se transmette par les selles. Ainsi,  les deux vaccins sont complémentaires : l’IPV est plus coûteux et ne donne aucune immunité intestinale permettant de supprimer la propagation à l'environnement. En revanche, il est très fiable et ne présente aucun risque de dériver vers une VDPV. De son côté, le VPO est peu coûteux et facile à administrer, mais présente un risque (faible) de mutation génétique.

Ainsi, l'arrêt du VPO prévu par l'OMS, qui a déjà été mis en œuvre dans les pays les plus développés, pourrait être potentiellement dangereux et en tout cas prématuré. Les analyses effectuées récemment en Israël, en Cisjordanie et sur la bande de Gaza suggèrent que les deux types de vaccins (IPV et VPO) devraient être utilisés de façon combinée pour atteindre l’objectif d’éradication totale de la maladie à l’échelle internationale.

Antoine Flahault est Professeur de santé publique à l’Université Paris Descartes (membre de Sorbonne Paris Cité). Il est également co-directeur du centre de santé publique « Virchow-Villermé », qui recevra un soutien financier du groupe Sanofi, fabricant de vaccins IPV.

 

Publication :

Polio lessons 2013: Israel, the West Bank, and Gaza
 Theodore H Tulchinsky : Braun School of Public Health, Hebrew University-Hadassah, Ein Karem, Jerusalem, Israel
 Asad Ramlawi : Ministry of Health, West Bank, Palestinian Authority, Ramallah, Palestinian AuthorityZiad Abdeen : Al-Quds Nutrition and Health Research Institute, Al Quds University, Jerusalem
 Itamar Grotto : Public Health Service, Ministry of Health and Public Health Department, Faculty of Health Sciences, Ben Gurion University of the Negev, Beer Sheva, Israel
 Antoine Flahault : Centre Virchow Villermé, Descartes School of Medicine, Sorbonne Paris Cité, Paris, France
 The Lancet, Volume 382, Issue 9905, Pages 1611 - 1612, 16 November 2013