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Les toilettes neutres, une idée inclusive ?

La théorie du genre est au cœur des débats sociétaux actuels. Elle touche tous les aspects fondamentaux de la société, particulièrement l’école et l’éducation. Comme tout problème sociétal, l’étude des « marges » semblent apporter un éclairage important et nécessaire sur une évolution et un dépassement possible des problématiques. Aussi, nous nous sommes intéressés à un nouveau phénomène, qui nous concerne tous, mais dont nous parlons peu : les toilettes neutres. Et si l’indifférenciation prenait ses racines dans les toilettes publiques ?

Le concept de genre est venu, en France, de manière progressive. Il a émergé dans les années 90 et il permet de penser les inégalités. Aujourd’hui ce concept dérange et divise nos sociétés occidentales, particulièrement lorsqu’il s’agit de personnes transgenres. En effet nous sommes encore empreints d’un besoin de catégoriser les gens dans des représentations féminins/masculins que nous avons par rapport au sexe biologique. D’où, par exemple la séparation des hommes et des femmes dans les toilettes publiques. Or, notre sexe biologique est loin d’être un indicateur fiable pour déterminer notre « être » masculin ou féminin, autrement dit notre sentiment à se sentir homme ou femme. Les personnes n’appartenant pas à un genre binaire en sont l’exemple. Alors que nous évoluons, encore, dans une société qui divise les rôles sociaux en deux catégories (hommes/femmes), le concept de genre tend vers de l’indistinction, de la mixité. Les toilettes neutres, comme exemple d’indifférenciation, seraient-elles une solution ?

L’Université François Rabelais à Tours, a récemment décidé d’ouvrir des toilettes neutres afin de s’adapter aux étudiants transgenres fatigués de devoir justifier leur genre à chaque fois qu’ils allaient aux toilettes. J’en ai alors parlé autour de moi pour recueillir plusieurs avis et essayer de savoir si l’initiative de l’université tourangelle pourrait s’étendre à plusieurs établissements en France. Plusieurs de mes amis m’ont répondu qu’ils n’y voyaient aucun inconvénient : « du moment que chacun reste de son côté et dans des toilettes fermées, je ne vois pas où est le problème ». Une camarade me fait également remarquer que dans le cercle familial, les toilettes et la salle de bain sont partagés entre les membres de la famille sans aucune distinction de sexe : « chez nous, nous ne faisons pas de différences entre les gens ». Pourquoi notre mentalité changerait elle entre cercle familial (privé) et cercle publique ? Outre les personnes réactionnaires et garants de la division absolue des sexes, car attention un homme et une femme ça ne fait pas pipi pareil donc il faut surtout bien les séparer ! Je ne vois qu’un empêchement à la création de toilettes neutres et c’est le harcèlement.

Le harcèlement : une limite au concept d’indifférenciation ?

En effet, le harcèlement n’est pas nouveau mais il a récemment été remis au « goût » du jour avec le scandale Weinstein au Etats Unis. Plusieurs mouvements ont alors été mis en place pour encourager la dénonciation des abus sexuels. On peut citer #Metoo ou #BalanceTonPorc. Dimanche 29 Octobre, sur la place de la République à Paris et dans plusieurs grandes villes de France, des rassemblements ont eu lieu afin de dénoncer le patriarcat, le machisme et le sexisme qui donnent souvent suite à des violences sexuelles. Certaines de mes camardes m’ont donc rappelées que les toilettes : « c’est un peu l’un des seuls endroits où on n’a pas à s’inquiéter de ça (le harcèlement) en dehors de chez nous ». Ce témoignage, nous fait prendre conscience des enjeux qui se cachent derrière les toilettes publiques et qui dépassent la seule question des identités de genre.

Lorsque j’étais au centre Henri Piéron à Boulogne (faculté de psychologie), les toilettes étaient souvent partagées entre les filles et les garçons. Nombreuses de mes amies allaient dans les toilettes des garçons car il y avait beaucoup moins d’attente. Avec l’exemple de l’Université à Tour et ma propre expérience, les toilettes neutres me semblent être une excellente idée. Cependant avec les questions actuelles autour du harcèlement, il paraît malheureusement impossible d’étendre les toilettes mixtes à tous les espaces publiques.

Espérons que l’ouverture d’esprit de l’Université François Rabelais et de l’Université Henri Piéron sur les toilettes, lève nos barrières et représentations culturelles qui brouillent notre vision et nos capacités à vivre ensemble. Car tant que les problèmes de harcèlement ne seront pas réglés alors nous ne pourrons pas avoir uniquement de toilettes inclusives dans nos universités qui, malgré une forte tendance à l’ouverture d’esprit, restent une part de l’espace publique, un espace qui n’est pas inclusif. Mais espérons que cette idée s’étende dans toute la France… et… qui sait ? Nous servirons peut-être d’exemple au reste du monde ! (Bah quoi ?! Ça ne fait pas de mal de rêver !)

Théo Espéret