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La fusion des universités : une histoire qui continue !

Le 19 décembre dernier, le CA de l’Université Paris Descartes s'est déclaré favorable à la fusion dans le cadre du projet IDEX et a accepté l'ébauche des statuts de la future université fusionnée à 22 voix pour, 10 contre et 1 abstention. Nous avons déjà écrit un article dans la dernière newsletter présentant l'histoire de ce projet. Aujourd'hui, nous allons donner la parole à six organisations étudiantes et du personnel.

Nous tenons à préciser que, lors de ces interviews, nous avons appris la possibilité qu'un referendum consultatif sur la question se tienne à l'Université Paris Descartes en même temps que les élections de l'Université Paris Diderot au printemps 2018.

Solidaires P5 :

Solidaires Etudiant.e.s Paris 5 est un syndicat étudiant nouveau dans le paysage de Paris Descartes ; puisqu'il n'est créé que depuis septembre dernier. Une de ses principales luttes depuis lors est l'opposition à la fusion. Il garde en tête la dégradation des conditions d'études constatée dans les différentes universités déjà fusionnées et s'inquiète du fait que la future « université de Paris » adopte des statuts dérogatoires au code de l’Education. En effet, grâce à cela, l’université  pourra, selon le syndicat, « elle-même fixer le montant des frais d'inscription, sélectionner les étudiants, choisir la composition des conseils centraux et fixer ses modalités de rattrapages et de compensations. » Le syndicat regrette également ce qu’il analyse comme la fin de la « démocratie universitaire » avec, par exemple, dans le futur Conseil d'Administration (CA) de l'université fusionnée, la présence de seulement 3 sièges sur 24 attribués indirectement à des élus étudiants. Pour faire respecter cette démocratie, Solidaires Etudiant.e.s milite pour que le référendum soit un vote direct de toute la communauté universitaire, et demande que la présidence s'engage à respecter son résultat.

AGEP P5 :

Créée en 2005, l'AGEP (Association Générale des Étudiants de Paris) coordonne une partie des associations étudiantes parisiennes et fait remonter les différentes informations récoltées par elles aux conseils centraux de l'université. Ils y présentent régulièrement des listes  pour y faire « entendre la voix des étudiants ».

Si on leur demande leur avis sur la fusion, ils vous diront qu'ils ne sont aujourd'hui ni pour ni contre, qualifiant le projet d'encore flou. Pour eux, si cette fusion ne se fait pas, l'IDEX ne sera pas réattribué et donc cela pourrait mener à la fin de la ComUE et de ses projets, ce que déplorerait l'AGEP. Mais, l'idée d'une filière seulement d'excellence avec beaucoup de sélection ne les rassure pas. C'est pour cela qu'ils souhaitent continuer les discussions avec l'université, qu'ils avaient commencé lors de groupes de travail et qu'ils ne veulent pas perdre. Ils soutiennent également l'idée d'un référendum sous forme de vote direct en mars, et espèrent que l'avis exprimé à ce moment là soit écouté.

UNEF P5 :

L'UNEF, syndicat étudiant présent depuis longtemps à P5, a déjà mené plusieurs luttes au sein de l'université contre la sélection. C'est d'ailleurs cette sélection qu'ils refusent avec la fusion. Pour eux,  le statut dérogatoire qui permet de donner le grade licence à des diplômes d’établissement retirerait tout le cadrage national et créerait de grandes inégalités dans l'accès aux études supérieures. Ils redoutent également une « mutualisation des enseignements », c'est à dire d'un regroupement de certaines filières ; et la suppression d'autres qui en découlent « comme vu dans les autres universités fusionnées auparavant ».

Pour lutter contre cette fusion, l'UNEF a choisi les élections étudiantes et l'investissement dans les groupes de travail qui avaient été organisés avant. Mais, devant l'impression d'une absence d'expression démocratique par la non prise en compte de leurs avis et de celui des plus de 1000 étudiants ayant voté pour la liste « Non à la fusion » qu'ils menaient lors des dernières élections étudiantes, ils ont également participé au blocage du CA du 12 décembre 2017. Ils demandent également que le référendum de mars soit pris en compte et en vote direct.

SNESUP-FSU P5 :

La FSU est aujourd'hui le syndicat du personnel majoritaire à Paris Descartes avec 6 sièges sur 10 au Comité technique. Depuis le début de la ComUE, ils se positionnent contre la fusion en informant régulièrement le personnel de l'université et en participant aux groupes de travail organisés précédemment. Malheureusement, ils n'ont pas l'impression que leur voix soit écoutée.

Ils mettent l'accent sur le « vide » de ce projet dont les statuts actuels peuvent, selon eux, amener beaucoup de problèmes. Ils s'inquiètent notamment pour le personnel, au regard de l'exemple d'Aix-Marseille où, après la fusion, 70 % des BIATSS (Bibliothèque Ingénieurs Administratifs Techniciens Social Santé) disaient avoir vu leurs conditions de travail se dégrader. La FSU a également peur pour la démocratie universitaire face au fait que seulement 57 % du conseil d'administration décrit dans les statuts provisoires soit composé de personnes élues.

EPAP P7 :

EPAP (Ensemble Pour d'Autres Possibles) est un regroupement de personnes (élues ou non)  appartenant au personnel s'opposant déjà depuis longtemps à la fusion, avec notamment la liste « Ensemble Pour d'Autres Possibles » lors des élections. Ils ont, par exemple, cosigné une pétition pour retirer les statuts provisoires du nouvel établissement en décembre. Ils déplorent en effet que cette fusion « représente un profond recul pour la pluridisciplinarité, l’interdisciplinarité, la collégialité et la démocratie universitaire ».

Ils reprochent à la direction de ne pas prendre en compte l'avis de la communauté. En effet, lors d'une précédente consultation dans une partie des UFRs de Paris Diderot (organisée à la demande des syndicats et refusée par une partie des directions d’UFR),  la communauté universitaire de Paris 7 s'était montrée très majoritairement défavorable à l'idée de la fusion. Ils notent aussi que Mme Clérici (présidente de Paris Diderot) s'est fait élire avec un programme s'engageant à ne pas fusionner durant son mandat. L'EPAP s'oppose également à la transformation en établissement aux statuts dérogatoires alors que, il y a un an, la feuille de route s'était engagée à maintenir un établissement de droit commun.

Solidaires P7 :

Solidaires Etudiant-e-s Paris 7 existe à Paris Diderot depuis déjà longtemps, dont 5 ans sous ce nom. Ils aident les étudiants de l'établissement en difficulté individuelle – problèmes administratifs, de papier, de bourse, de notation, de partiel, d'inscription, de réorientation, etc. - et essaient de retransmettre leurs revendications collectives. Ils s'inscrivent dans une lutte contre la fusion depuis 2013 et la loi Fioraso. Cette loi présentait alors trois façons de mettre en lien les universités : la fusion (immédiate), la création d'une ComUE (qu'ils considèrent comme une fusion plus lente) et l'association (ce qu'ils auraient préféré).Leur opposition se base sur plusieurs points, comme la dégradation des conditions d'études, la fin de la démocratie universitaire, les suppressions de postes déjà vues dans les autres universités fusionnées et le fusion des cursus et des laboratoires qui diminuent notamment la diversité.  Ils ont aussi peur que ce projet, centré sur les intérêts du secteur santé, soit délétère pour les sciences et les lettres.

Pour conclure ces témoignages, on voit donc que le projet de fusion n'est pas vraiment accepté par une partie de la communauté universitaire. On retrouve beaucoup de craintes partagées entre plusieurs organisations. Et vous, que voteriez-vous s'il y avait un référendum ?

Louise Zanni