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Rencontre avec Michela Marzano

Professeure de Philosophie à l’Université Paris Descartes, écrivaine, députée au Parlement Italien, Michela Marzano est connue pour ses batailles intellectuelles portant sur des domaines divers et variés mais qui convergent tous vers une seule chose : l’exploration de la souffrance d’autrui à travers sa souffrance propre. 

Michela Marzano

C’est dans un lieu assez inhabituel pour un professeur d’université que nous l’avons rencontrée.  En effet, c’est assis dans une cage d’escalier du site des St-Pères que nous avons discuté pendant une vingtaine de minutes sur des sujets allant de ses recherches à sa vie personnelle. Étant moi-même un de ses élèves depuis deux ans maintenant, j’ai pu en apprendre plus sur les raisons qui font de cette professeure un modèle pour tant d’étudiants. 

Il est assez intéressant de discuter avec une personne qui se donne autant dans son travail, au départ dans ses recherches dans le cadre de sa thèse ‒ qu’elle a effectuée à l’Ecole Normale Supérieure de Pise sur les questions de l’être et du devoir être en philosophie analytique – en en passant par le CNRS en tant que chercheuse, mais surtout au cours de sa carrière d’enseignante.

Selon ses propres mots, elle dit avoir voulu commencer la philosophie par défi, « des moyens logico-argumentatifs pour pouvoir contrer mon père et lui montrer que c’était pas lui toujours qui avait raison ». Mais elle se rend compte que la philosophie c’est autre chose, c’est « une façon de repenser le monde au travers de soi ». Elle cite notamment Hannah Arendt pour qui la philosophie est restée trop longtemps désincarnée et qui se doit désormais d’être incarnée au travers de l’évènement.

Ce n’est pas donc un hasard si « l’événement » est un concept que nous retrouverons dans toute l’œuvre de Michela Marzano. Elle le décrit ainsi « c’est tout ce qui nous touche, nous bouleverse et nous oblige à nous remettre en question ». Elle utilisera ses Troubles du Comportement Alimentaire (TCA) comme tel. En effet elle a souffert pendant de longues années d’anorexie, cette période fera d’elle une personne qui utilisera la souffrance, comme Hannah Arendt l’a faite avec la Shoah, pour incarner la philosophie et la rendre plus atteignable.

Après une psychanalyse d’une vingtaine d’années, Michela Marzano se met à écrire son premier roman. Il sera celui qui la racontera elle. « Légère comme un papillon » nous décrit dans un style léger mais touchant, les traumas d’une vie qui l’a amenée à des troubles du comportement alimentaire. Le second roman « Tout ce que je sais de l’amour » est un livre qui se trouve être un mélange entre réflexion philosophique sur l’amour et un roman autobiographique. 

Le point commun que nous pouvons toujours retrouver dans les livres de Marzano sont sa façon de transmettre un vécu et un savoir par le biais de sa propre expérience, sa propre souffrance. C’est pourquoi selon moi, Michela Marzano est une professeure émérite qui réussit à toucher non seulement grâce à ses livres, mais aussi au travers de ses cours. Elle parle de problématiques qui peuvent parfois nous paraître complexes. Cependant, à travers son récit personnel, elle réussit à rendre plus claire l’image de nous-même qui nous semble difficile à saisir. Et si ça, ce n’est pas ça la preuve d’un bon philosophe, rendre la clarté à un problème flou, alors autant que je rende ma carte d’étudiant à la rentrée prochaine.

 

Théo Espéret