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Et toi, la politique, tu t’y intéresses ?

Il faut se l’avouer ; nous ne sommes pas peu fiers lorsqu’arrive notre carte électorale dans la boîte aux lettres, à notre nom, toute neuve aux couleurs de notre pays. Certains s’étonneront, « Déjà ? », certains  déballeront l’enveloppe avec un soupir « Il était temps ! », tandis que d’autres, un soupçon artistes, se demanderont « En déco sur la cheminée ou au-dessus du lit ? ». Eh oui, les présidentielles, c’est pour bientôt ! L’occasion pour vous d’endosser votre rôle de bon petit citoyen et de vous rendre aux urnes…ou pas.

Le rapport des jeunes à la politique fait l’objet de nombreuses études plus ou moins sérieuses et fiables ; si certaines soulignent une dégradation marquée de l’intérêt que les jeunes portent à la politique, d’autres nuancent ce propos en mettant en évidence les différents événements et mouvements d’une jeunesse revendicatrice d’un avenir meilleur. Si l’on s’intéresse aux travaux de nombreux chercheurs sur la question, il ne faut pas tirer de conclusions trop hâtives quand à un comportement qui serait généralisable à l’ensemble de la jeunesse ; en effet, l’intérêt que nous portons à la politique et nos orientations dépendent de multiples facteurs ; milieu social, sexe, âge, origine, lieu d’habitation, voire personnalité…

Il ne s’agit pas ici de recueillir vos orientations politiques (les sondages sont là pour ça !), ni même de juger vos raisons de vous intéresser ou de vous désintéresser de la politique. En rencontrant des étudiants de différentes filières, nous avons simplement voulu en savoir un peu plus sur la façon dont ces derniers considèrent la politique, ce qu’elle représente pour eux, et par quels moyens ils se tiennent au courant de son actualité.

Difficile de s'y retrouver

« La politique, faut s’y intéresser, mais moi j’avoue que j’y comprends pas grand-chose » me dit Aline, 21 ans, d’un air désolé. « En fait ce qui m’énerve, c’est qu’on entend des beaux discours, mais on voit pas grand-chose de concret » poursuit Eva, 20 ans. La plupart des jeunes enquêtés nous ont tenu des propos similaires à ceux de ces deux étudiantes ; si la majorité d’entre eux ne semble pas indifférente à l’actualité politique en ces temps de campagne présidentielle, beaucoup déclarent être « un peu perdus » en mettant en évidence la difficulté qu’il y a, selon eux, à comprendre le langage politique. « En fait, on te noie dans les chiffres de façon à ce que tu ne piges rien, mais ça donne un côté sérieux aux candidats, on a l’impression qu’ils maîtrisent tout et que c’est nous qui sommes nuls » nous dit Thomas, 23 ans.

Face à ce sentiment de décalage, les étudiants enquêtés adoptent des attitudes différentes ; si Maud, 20 ans, fait tout pour se tenir au courant de l’actualité politique, « J’essaie de suivre la campagne comme je peux, en regardant parfois les meetings sur internet des candidats qui m’intéressent, ou en m’informant sur les sites de presse », Hugo, 25 ans, avoue « être dans le flou » ; « Je ne m’y intéresse pas vraiment, je n’ai pas honte à le dire ; j’ai des copains qui, tous les jours, me font les compte-rendu, je les écoute, donc du coup je suis un peu la campagne car j’suis obligé (rires). Mais j’ai pas vraiment d’opinion en fait. » Pour Antoine, 22 ans, « Beaucoup de jeunes votent comme leurs parents quand ils ne connaissent rien en politique ; moi j’essaie de m’informer, mais comme on en discute le soir, à table, bah…forcément on est trop influencé par les parents, quoi ! ».

A l'encontre des vieilles divisions gauche-droite

 Incapables de se forger une opinion, les étudiants ? Le problème est sans doute plus complexe ; « Moi, je veux pas me rattacher à un parti en particulier, quand on me demande si j’suis d’droite ou d’gauche, j’aime pas répondre, j’aime pas cette division. Y a des choses de droite que je trouve bien et des choses de gauche aussi, je suis pas…bornée ! » s’exclame Asma, 18 ans. Plusieurs avis la rejoignent ; un certain nombre d’étudiants interrogés nous ont fait part de leur volonté de ne pas, si jeunes, se lier à un parti spécifique. L’indécision n’est pas selon eux une preuve de leur désintérêt pour la politique, mais reflète le souci d’être « ouvert d’esprit » ; « Après, c’est sûr, au bout d’un moment, faut bien se décider, on est obligé de s’rattacher à un candidat et un parti, la politique c’est pas non plus du freestyle ! » dit avec humour Mathias, 26 ans.

Si la politique tient une place importante dans la vie quotidienne de certains, d’autres font peu de démarches concrètes afin de s’y plonger. « Comment je m’y intéresse et me renseigne ? Bah…en fait…en fait, je fais rien de spécial » avoue Mathilde, 20 ans, timidement, son amie Anne-Sophie approuvant d’un signe de tête. « Perso, je blogue tous les soirs sur la politique ; j’adore ! Commenter le discours d’un tel, l’attitude d’un autre, c’est mon kiff ! » s’amuse Ismaël en poursuivant « Bon, ok j’suis un fou, je m’y intéresse trop, me disent mes potes. Mais d’un autre côté, aujourd’hui, on n’a plus d’excuses pour ne pas s’intéresser à la politique ; avec la télé, la radio, et surtout internet, celui qui a la volonté de s’y intéresser, il peut facilement ». « C’est vrai qu’en tant que jeunes, étudiants en plus, on devrait se sentir les plus concernés ; bon, acheter le journal tous les jours, mine de rien, ça revient cher quand on est étudiant ; mais c’est pas une excuse, puisque maintenant tous les journaux ont leur page internet ! Et même, imaginons, qu’on ait pas internet chez soi, on va à la BU et voilà ! », déclare Aude, 19 ans. « Les informations ne suffisent pas non plus ; je pense qu’au-delà de ça, pour pouvoir vraiment réfléchir aux grandes questions que pose la politique, aux enjeux de la société et de l’Etat, il faut lire, lire des grands auteurs, des philosophes, des sociologues, des historiens…plus l’on a de culture générale là-dessus, et plus l’on a de clefs pour comprendre les problèmes actuels » souligne Sahar, 23 ans.

Dans l'attente du grand jour !

Et c’est quand vient l’heure de se rendre aux urnes que le choix s’impose ; qu’il soit défini de longue date ou le matin même, rien ne semble empêcher le changement de dernière minute dans l’isoloir ! « J’me souviens, raconte en riant Hugo, la dernière fois que j’ai voté, j’ai eu un moment de beug dans l’isoloir, j’ai changé mon papier en dernière minute…preuve que j’étais pas très sûr de mon choix ». Mais cela arrive même aux plus convaincus ; « Oui, j’ai déjà changé, pas dans l’isoloir, mais ça faisait peut-être trois ou quatre mois que je m’étais arrêté sur un candidat, et je sais pas pourquoi, la veille j’ai changé d’avis, tout d’un coup…j’ai un peu honte, car c’était suite à une conversation avec une amie, et elle m’a carrément influencé ; enfin, c’est pas qu’elle m’ait influencé, mais en fait, elle m’a fait voir les choses d’une façon totalement différente, j’y avais pas pensé avant. Du coup, bah…j’me dis qu’y a qu’les idiots qui n’changent pas d’avis ! » nous confie Mathias. Quant à Mathilde, « J’irai voter, c’est sûr, car je trouve que c’est indispensable ; mais je me demande toujours s’il vaut mieux voter même si on n’y connaît pas grand-chose et qu’on est pas sûr de son choix, ou alors si c’est mieux de ne pas le faire, quitte à laisser les autres choisir pour vous…ce qui me plaît pas vraiment, en fait. »

Le rapport que les jeunes entretiennent avec la politique ne peut être entièrement saisi par le témoignage d’une vingtaine d’étudiants interrogés ; néanmoins, ces paroles de jeunes ne semblent pas illustrer de manière générale une totale indifférence ou un désintérêt pour cette dernière, au contraire. « Ok, je me décris pas comme quelqu’un qui s’intéresse à fond à la politique, mais même si je ne connais pas trop, je réagis quand même à ce qu’il se passe autour de moi ! Je vis pas toute seule sur Terre, j’aimerais que des choses changent, je suis pas aussi passive que je le laisse paraître ! » conclut Aline.

Les présidentielles sont dans quelques semaines ; il n’est donc jamais trop tard pour s’informer et se décider. Car même s’ils ne sont pas toujours sûrs de leurs choix, ces étudiants ont bien conscience d’une chose ; qu’ils construisent le monde de demain.

Alizée Delpierre