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Banditi dell’Arte », une exposition singulière pour une création hors norme.

A la folila de Saint-Pierre« Banditi dell’Arte », une exposition singulière pour une création hors norme.

La halle Saint-Pierre, temple parisien de l’art brut, consacre actuellement une exposition majeure à la création italienne dite « hors norme ».

L’art brut, « l’art des fous » ?

A l’instar de ses créateurs, l’art brut, « l’art des fous », des autodidactes, des outsiders a été longtemps marginalisé.

Définition de l’art brut, selon Jean Dubuffet :

« Nous entendons par là des ouvrages exécutés par des personnes indemnes de culture artistique, dans lesquels donc le mimétisme, contrairement à ce qui se passe chez les intellectuels, ait peu ou pas de part, de sorte que leurs auteurs y tirent tout (sujets, choix des matériaux mis en œuvre, moyens de transposition, rythmes, façons d’écriture, etc.) de leur propre fonds et non pas des poncifs de l’art classique ou de l’art à la mode. Nous y assistons à l’opération artistique toute pure, brute, réinventée dans l’entier de toutes ses phases par son auteur, à partir seulement de ses propres impulsions. De l’art donc où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe. » Jean Dubuffet, 1949. L’Art brut préféré aux arts culturels, Manifeste accompagnant la première exposition collective de l’Art brut à la Galerie Drouin, reproduit dans Prospectus et tous écrits suivants, Gallimard, 1967)

Un peu d’histoire …

En quête de nouveaux terrains artistiques, Jean Dubuffet s’intéresse, dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, aux travaux réalisés par les pensionnaires d’hôpitaux psychiatriques, aux marginaux (autodidactes, prisonniers, inadaptés divers) dont l’instinct créateur le touche irréversiblement.
Lors de ses voyages, il découvre Wölfli, Aloïse, Müller et beaucoup d’autres. Soutenu par Breton et Paulhan, il fonde en 1948 la compagnie de l’Art Brut afin de développer ses collections et de les exposer.
Comme toutes créations originales, l'ar brut déchaine les passions, dérange. Puristes et conservateurs estiment que cet art n’en est pas, qu’il ne répond pas à un certain académisme et ne peut donc avoir sa place en galeries et encore moins sur les cimaises des musées.

C’est en 1976, après de nombreuses péripéties, que la compagnie de l’Art Brut s’installe à Lausanne. Aujourd’hui, les collectionneurs affluent, les musées s’ouvrent à cet art « hors norme », les prémisses d’une reconnaissance internationale …

La Halle Saint-Pierre accueille aujourd’hui ces hors normes italiens que Gustavo Giacosa, le commissaire de cette exposition, s’est amusé à nommer Bandits « ce sont, dit-il, des contemporains en fuite pour échapper à un destin d’enferment et d’oubli, (…) on les a mis au ban de la société et la marge est leur seule issue. Sans terre ni maître, leur devise : tous pour un, un pour tous. Héros, champions, vengeurs, combattant pour leur idée personnelle de la justice, bien aimés et poursuivis. Sur la poussière de leurs errances, ils ont écrit leur histoire et dessiné leur légende.»

Cette exposition transporte, émerveille, surprend, déroute, interroge …sur le monde, leur monde.
On y découvre entre autre :

Francesco Toris (1863-1918)
Interné en psychiatrie suite à un chagrin d’amour.

Il nous invite dans son « Nouveau Monde », un enchevêtrement d’os de bœuf (trouvés dans les cuisines de l’hôpital) qu’il a finement ciselés et assemblés pour en faire une œuvre magistrale, mystérieuse et unique en son genre.

Francesco Torris Nouveau Monde

Francesco Toris, Le Nouveau Monde, (1899-1905)

© Musée d'Anthropologie de Turin.

Ou encore Franco Bellucci, né en 1945, hospitalisé suite à une lésion cérébrale à l’âge de 7 ans et privé de la parole, il commence à créer avec ce qu’il trouve, tuyaux en plastique, peluches, poupées, fils électriques...

Il noue, ligote, marie…Des sculptures fortes, graves, chargées de souvenirs d’enfance, où il semble s’être figé.

 

Francesco Torris Assaemblage

Franco Bellucci – Assemblages, (2007)

©Atelier Blu Cammello.

 

Ou bien, « Le Paradis » de Fiorenza Pilia (né en 1933, paysan à la retraite), un paradis où sa « Dame » de 15 mètres de long nous accueille nue, étendue, jambes écartées …
Ou …la liste est longue, inépuisable… à l’image de cette exposition, éloge d’une poésie sensorielle …

Bon voyage !

Natasha Vassilieff

Banditi dell’Arte, Halle Saint-Pierre
2, rue Ronssard, Paris 18ème.
Ouvert en semaine de 10h à 18h,
samedi de 10h à 19h,
dimanche de 11h à 18h.
Jusqu’au 6 janvier 2013.