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La biologie synthétique

Durant ces dernières vacances mon oreille est restée attentive aux nouveautés scientifiques. J’ai fait la rencontre de quelques passionnés de biologie synthétique. C’est  le « truc à la mode » chez les chercheurs et les  étudiants.

Pourquoi synthétique ?  Parce que’elle se propose de « modifier génétiquement le vivant ». Depuis que l’on maîtrise mieux les techniques de manipulation du génome, les chercheurs sont capables de créer de toutes pièces des cellules artificielles à partir d’ADN synthétique (mycoplasma mycoide de Craig Venter en 2010), et donc de produire les substances qui les intéressent. Et ça fait rêver… Imaginez le nombre d’applications  d’une telle découverte ! A terme, cela pourrait permettre de résoudre des questions économiques (nouvelles énergies, biocarburants…). Mais restons prudents tout de même,  pour le moment cela reste une science à l’état embryonnaire et les réelles applications de la biologie synthétique se comptent encore sur les doigts de la main.

Ca plait... parce que c’est simple. Quand on commence à parler de Biologie Synthétique, on met les pieds petit à petit dans une communauté hétérogène composée d’éminents chercheurs mais aussi de « bricoleurs » qu’on appelle dans le jargon, les biohackers. Ceux-là se sont organisés depuis 2011 en une structure appelée « la paillasse ». Avec un peu de récupération  de matériel à droite à gauche, un garage, et surtout beaucoup d’idées et de débrouille, ces ingénieurs, biologistes, informaticiens, amateurs, créent des objets plus ou moins farfelus. Ce mouvement du « Do It Yourself » très présent aux USA se développe de plus en plus de notre côté de l’Atlantique. On est heureux de voir que la biologie se démocratise et qu’émerge de plus en plus des nouveaux projets !

Il y a les pro biologie synthétique, qui défendent et qui poussent à explorer et découvrir cette branche. François Taddei est la référence française. Son charisme lui a permis en parallèle d’un brillant parcours de chercheur de développer une structure d’éducation scientifique au sein de l’Université  Paris Descartes sur le site de Cochin (qui fait figure d’ovni dans le domaine). Le CRI, Centre de Recherche Interdisciplinaire, a ouvert ses portes en 2005 et propose des masters et aujourd’hui des licences avec une approche interdisciplinaires des sciences, basées sur l’échange, la discussion, des projets, et des manipulations dès la première année : « L’apprentissage par la recherche ». 

Cet été au CRI il n’y a pas eu de vacances pour les étudiants de l’équipe Paris Bettencourt 2012 du concours iGEM. iGEM, c’est LE concours de biologie synthétique. Tous les ans, des équipes venues des quatre coins du globe se constituent et montent un projet à partir du mois de mai. Elles l’exploitent durant l’été passé au laboratoire à manipuler, à transformer des bactéries, à travailler d’arrache pieds jusqu’en septembre. Puis des pré-sélections ont lieu (les européennes se tiendront à Amsterdam le 1er week end de novembre) et les équipes sélectionnées s’envolent pour Boston où la finale est organisée au MIT. Ce concours est ouvert à tout étudiant n’ayant pas plus de cinq années d’étude. Le projet le plus original, le plus concret ou le mieux mené est récompensé. De quoi donner de belles idées  et de faire avancer la recherche de façon assez ludique et grâce à la participation d’étudiant. Chapeau bas.

Quid de notre équipe française ? L’esprit français reste très terre à terre comme vous le  savez. Dans leur recherche, nos participants mettent en garde contre les risques de la biologie synthétique. Elle est certes stimulante et passionnante mais la biologie synthétique reste du domaine du vivant et de la modification génétique. Souvenez-vous du récent tollé sur les OGM. En bref ,on se doit de contrôler ce qu’on produit (ce que tout laboratoire fait de façon systématique pour des raisons juridiques et éthiques). Leur but à eux a donc été de trouver le moyen de contrôler la dissémination des bactéries dans l’environnement et pour cela, produire une bactérie autodestructible après utilisation (voir lien projet iGEM 2012 ci-dessous). Les manip’ sont terminées, le site est clos, RDV pour les premières sélections !

La biologie synthétique aujourd’hui implique beaucoup plus de choses qu’hier, mais nous ne savons pas encore ce qu’elle donnera demain. Ce qui est sûr c’est qu’une nouvelle approche de la biologie est en train de naître. Le temps de l’observation et de la dissection des cellules et des voies métaboliques pour le progrès de la Science est révolu. Place à la biologie synthétique !

Camille Juzeau

Quelques sites :

La paillasse

Electrolab

Cri-paris/

IGEM 2012 Paris_Bettencourt

Projet IGEM paris bettencourt 2012 sur youtube