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« La paix ce n’est pas l’absence de guerre » Spinoza

"Etat observateur non membre des Nations Unis" tel a été le statut conféré le 29 novembre dernier à la Palestine par l'ONU. Cet événement s’inscrit dans la suite des  bouleversements  que connait cette zone géographique depuis de nombreuses années, annonçant par moments une paix proche et à d’autres une reprise des hostilités. Ainsi, en témoigne la récente opération « Pilier de défense », précédent l’obtention de ce nouveau statut et faisant des morts du côté palestinien comme du côté israélien. La rédaction des Petits-Papiers s’empare du sujet et tente d’y voir plus clair avec l’aide d’un enseignant en sciences humaines de l’Université Paris Descartes.

 Quelques points clefs :

-Des revendications avant tout territoriales
Le problème : une terre et deux peuples, l’un revendiquant la terre promise, l’autre refusant d’en être expulsé. A l’origine, il ne s’agit pas d’un conflit religieux, c’est un conflit de territoires. On lui a, par la suite, appliqué une dimension religieuse. Or l’idée d’un conflit historique entre juifs et musulmans est sans fondement, car historiquement, la coexistence entre ces deux communautés dans les sociétés musulmanes date de plus de 14 siècles, et les Sultans Ottomans s’étaient même érigés en protecteurs des Juifs persécutés en Europe.

-Une logique de guerre
Le conflit commence, en 1947, avec deux revendications : d’un côté les palestiniens ne veulent pas de la création d’Israël sur un territoire qui leur appartenait et de l’autre côté les partisans des courants nationalistes israéliens considérant que la géographie de leur nouvel Etat n’empiète pas sur la terre d’Israël telle que « promise par Dieu ». On entre donc dans une logique de guerre.

La  guerre des six jours, de 1967, où les palestiniens vont perdre la totalité de leur territoire au profit d’Israël, conduit à  la Grande défaite arabe.
Progressivement se construit une droite israélienne empreinte d’une théologie forte. Dès 1980, Ariel Sharon, nommé ministre de l’agriculture, installe une politique de colonisation de peuplement intensive  en Cisjordanie, et la Knesset vote l’annexion de Jérusalem Est et du Golan. La première intifada aura lieu à la fin des années 80 avec la création du Hamas (mouvement de la résistance islamique) revendiquant la récupération de l’ensemble de la Palestine, au moment où Yasser Arafat reconnaît l’existence de l’Etat d’Israël.
En 1993, un processus de paix est engagé des deux côtés, avec les accords d’Oslo, puis le Traité de Washington. Mais l’échec des négociations finales d’octobre 2000 et le déclenchement  la deuxième intifada se soldent par une escalade de violence.

-Les années 2000 et l’escalade de la violence
La défaite des travaillistes et l’élection d’Ariel Sharon au poste de Premier ministre avec plus de 65% des suffrages exprimés font entrer le gouvernement israélien dans une logique d’écrasement militaire de l’intifada. Les Palestiniens répondent par  la résistance armée. L’escalade se poursuit du fait des révoltes,  des attentats en Israël et  de la démolition de camps et espaces urbains palestiniens en guise de représailles.
Le gouvernement Sharon  cherche une solution autre que la reprise du processus de paix : l’annexion risque d’intégrer 4 millions d’arabes à l’Etat d’Israël, l’expulsion vers la Jordanie n’aboutit pas et l’extermination des Palestiniens est impensable pour l’opinion internationale. Reste alors la solution du partage territorial avec mise en application de la doctrine « maximum arabs  on minimum land » et c’est dans ce contexte que s’opère le retrait de Gaza avec la création d’un mur de séparation devenant ainsi une enclave ingérable.
En 2006 la victoire du Hamas donne lieu à un conflit inter-palestinien.
Fin 2008 le blocus de Gaza se transforme en guerre, l’opération « Plomb durci » fait à peu près 2000 victimes palestiniennes et quelques dizaines de victimes israéliennes. De l’opération « Plomb durci » à l’opération « Pilier de défense », en novembre 2012, on assiste à un changement qualitatif. Le gouvernement israélien se radicalise. Les palestiniens arrivent à pénétrer le bouclier de défense d’Israël atteignant Tel-Aviv, tandis que l’aviation israélienne parvient à intensifier le bombardement de la bande de Gaza. Cette nouvelle donne change le rapport de force et le gouvernement israélien consent à un accord de cessez le feu avec l’engagement de ne plus mener de nouvelles offensives.

Le rôle de la communauté internationale
Sur le plan international, les Etats Unis accordent un soutien inconditionnel à Israël. Il y a une sorte de consensus de soutien et même de surenchère entre candidats à chaque échéance électorale.
En Europe, les cultures politiques diffèrent selon les pays. Dans les pays latins comme l’Espagne, l’Italie et la Grèce une partie plus importante de l’opinion témoigne d’une sympathie à l’égard des palestiniens, ce qui n’est pas le cas par exemple, en République Tchèque ou dans d’autres pays d’Europe orientale.
Au Proche-Orient la démocratisation a changé quelque peu les règles du jeu : on cesse d’instrumentaliser le conflit Israélo-palestinien comme le faisait Saddam Hussein en 1990 et la coopération aveugle avec les Etats-Unis s’arrête car les opinions publiques soutiennent  la cause palestinienne et c’est une donnée qui s’impose aux nouveaux dirigeants.
Concernant les Etats frontaliers : le conflit avec le Liban ne s’est pas arrêté, la Syrie est opposée à l’armée Israélienne mais connait une guerre interne et il y a un décrété de paix entre l’Egypte, la Jordanie et Israël. Mais il ne s’agit que d’une « paix froide » car les opinions publiques ne suivent pas.

Quelles sont les perspectives  ?
-Un avantage de principe
Le statut « d’Etat observateur non membre des Nations Unis »  récemment obtenu, est une victoire symbolique pour la Palestine. La question de droit est fondamentale dans un conflit international, cela ne signifie pas une résolution du conflit car la réponse immédiate du gouvernement israélien a été de proposer 3000 colonisations de plus. Ce nouveau statut est un avantage de principe.

-La solution : une renégociation israélo-palestinienne
La clé de la solution passe par le retour aux négociations entre Israéliens et Palestiniens. Pas de solution diplomatique car Israël ne sera sujet à aucune pression en restant sous le parapluie des Etats-Unis et pas de solution militaire car l’armée israélienne jouit d’une supériorité écrasante sur le plan militaire. En effet, Israël dispose d’armement technologiquement très avancés et de l’arme nucléaire. Ce qui est envisageable c’est une résistance interne pacifique entrainant un changement de l’opinion israélienne ou encore un changement d’opinion et de mentalité générale. Cela prendra énormément de temps, mais il importe de passer d’une logique de guerre à une logique de paix en renforçant davantage les courants favorables au dialogue.

 
Les dates clés
1917 déclaration de Lord Balfour favorable à l’établissement foyer pour le peuple juif, suivie de l’occupation britannique de la Palestine 
1936 militarisation du conflit : révolte arabe v/s milices israéliennes
1948 création de l’Etat d’Israël et première guerre Israélo-arabe,
1967 guerre des « Six jours » conduisant à la « défaite arabe »,
1987 Première intifada,
1993 accords de paix d’Oslo
2000 échec des négociations finales sur le statut des territoires palestiniens.

Zafiirah Mahamudally