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Mickey Mouse pique une tête dans le système neuromusculaire

Le Centre Universitaire des Saints-Pères renferme bien des secrets. Tandis que les étudiants en médecine grouillent dans les couloirs, des polycopiés plein les bras, un peu plus haut dans les étages sont installés plusieurs grands laboratoires du CNRS ou de l’INSERM. Je  vous emmène à la rencontre de Frédéric Charbonnier, responsable du laboratoire de « dégénérescence et plasticité neuromusculaire ».

Après un cursus universitaire à l’UPMC, Frédéric Charbonnier a effectué une thèse de biologie moléculaire et neuroscience à Paris Descartes puis un post doc neuroscience. Pendant quelques années il a été maitre conférence associé au Génopole d’Evry (le plus grand centre de recherche génétique de France) puis est revenu à Paris Descartes en tant qu’enseignant chercheur. Comme il dit, « le travail de recherche alimente l’enseignement. »

« Vous avez rencontré l’équipe ? » me demande t il, « avez-vous vu notre piscine ? » Aurais-je loupé une piscine ? Je me creuse la tête pour me rappeler si une odeur de chlore m’a effleuré les narines… Je tente un timide : « Vous faites de la natation ? » M. Charbonnier part d’un rire joyeux.  « Je vous parle d’un piscine pour nos souris ! ».  Quelle drôle d’idée de faire se baigner des souris ! Leur propose-t-on quelques cocktails, et de petites serviettes ?

Mon guide m’amène jusqu’à la mystérieuse piscine. Si je voulais de l’eau turquoise c’est loupé ! En revanche cette bassine rectangulaire -qui n’a pas grand-chose à voir avec une piscine- est fascinante. Je vois trois petites souris nageant tranquillement dans un flux d’eau qui leur est envoyé par des tubes branchés aux robinets. « Avec ce joujou, que nous sommes seuls à avoir mis en place, nous pouvons tester l’exercice physique des souris ». Là, je comprends. Mais dites en nous plus M. Charbonnier pourquoi tester la nage papillon de Mickey Mouse ?

« Notre laboratoire teste des maladies neurodégénératives (Alzheimer ou Parkinson en font partie). Nos neurones, cellules du cerveau, innervent la totalité de notre corps. Ils peuvent ainsi contrôler le mouvement en donnant un ordre. Les neurones qui innervent les muscles ont un nom particulier : ce sont les motoneurones. Il arrive que ces neurones subissent des lésions, ou meurent. Deux types de muscles existent, les muscles squelettiques  sont les muscles du mouvement et les muscles dits lisses, sont ceux qui entourent les organes et permettent les mouvements des activités vitales comme la respiration ou la digestion.  Quand la commande de ces muscles n’existe plus, le pronostic vital est engagé. Ceci entraine aussi des maladies graves comme l’amyotrophie spinale infantile, dont les symptômes sont un affaiblissement et une atrophie des muscles, ou la sclérose latérale amyotrophique appelée aussi Maladie de Charcot, une des maladies neurodégénérative les plus fréquentes, qui entraine la mort de ces motoneurones et la paralysie progressive des membres et du tronc, de façon fulgurante. »

Existe-t-il des thérapies pour ces maladies ? « Pour le moment il n’existe pas de thérapie réelle et efficace. Dans notre laboratoire nous avons voulu apporter une approche différente des recherches thérapeutiques habituelles. En observant des  malades faire du sport, on s’est rendu compte que l’exercice physique était capable de ralentir la dégradation des motoneurones. En quelques sortes l’exercice protège les motoneurones. Aujourd’hui nous tentons de caractériser ces effets à l’échelle cellulaire et moléculaire afin de les mimer par des médicaments. Une autre équipe travaille en parallèle afin d’effectuer les tests cliniques nécessaires à la sortie de tout nouveaux médicaments. »

Si vous deviez me parler de votre métier, que diriez-vous ? « Je n’ai pas le sentiment d’avoir un seul métier. Etre chercheur est un métier multi-facette. Nous sommes à la fois des intellectuels, capables de créer de la connaissance à partir d’un savoir scientifique acquis mais qui peut être remis en cause. Mais nous sommes aussi des expérimentateurs. Nous testons notre connaissance dans des tubes, avec des protocoles et cela implique nécessairement une certaine créativité. Les deux termes qui définissent le métier de chercheur selon moi sont Créativité et Liberté. Enfin c’est un métier d’interaction. Nous ne travaillons jamais seuls. Nous échangeons avec les autres laboratoires, en réseau, afin de savoir comment construire, ensemble, les connaissances de demain. En somme, être chercheur est sans doute le plus beau métier du monde ».

Je rentre chez moi, avec la ferme résolution d’aller plus régulièrement à la piscine municipale, armée comme il se doit de mon saillant bonnet de bain et mes lunettes turquoise. Avec cette fois une plus grande motivation que celle de vouloir rentrer dans mes petites robes : une brasse, je préserve mon système nerveux et mes motoneurones ; une autre brasse, j’éloigne Parkinson et Alzheimer.

Camille Juzeau