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Chagall, entre guerre et paix

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 Paysage bleu, 1949, gouache sur papier 77*56 cm. Wuppertal, Von der Heydt Museum

C’est une véritable invitation poétique que le Musée du Luxembourg nous offre aujourd’hui. Riche d’une centaine d’œuvres, cette exposition retrace une vie jalonnée de guerres, de Révolutions, d’exil, de départs et de retours, mais aussi la vie d’un homme amoureux, peintre et poète de couleurs évanouies…

« Rêveur conscient » 

C’est ainsi que se définissait Marc Chagall, né Moïshe Zakharovitch Shagalov. Il voit le jour le 6 juillet 1887, à Vitebsk, en Biélorussie (laquelle appartenait alors à la Russie tsariste). Il grandit dans l’amour d’une famille modeste empreinte d’une profonde culture hassidique (culture judaïque en Europe de l’Est). Une âme, une spiritualité, une Russie qu’il ne cessera de fabuler, de rêver et de peindre. Après des études à la Société impériale pour la protection des beaux-arts de Saint-Pétersbourg, Chagall obtient une bourse pour parfaire son apprentissage à l’étranger.

Il arrive à Paris en 1911 et s’installe dans le quartier de Montparnasse, le cœur de la vie intellectuelle et artistique de l’époque où se côtoient des artistes de tous horizons. Il se lie d’amitié avec Apollinaire, Blaise Cendrars ou encore Max Jacob, découvre les couleurs fauves de Cézanne, le cubisme des Montparnos… Une avant-garde libertaire qui enrichit son imaginaire poétique. Peu de temps avant que n’éclate la 1ère guerre mondiale, il retrouve sa ville natale, et y rencontre Bella, son grand amour, sa muse  éternelle. Mais Chagall voit les Révolutions russes déchirer son pays, les guerres, la montée du nazisme, autant de souffrances qu’il sublimera de bleus intenses, cobalt, indigo ou de rouges sang, carmin … « Rêveur conscient » du siècle tourmenté qu’il traverse mais dont la foi en la vie, en l’Homme, en l’Amour restera inébranlable.  A l’image de cette vie, c’est une palette riche en émotions qui a envoûté un public venu du monde entier,  Russie,  Amériques, Asie … Un public porté par une poésie joyeuse et grave, une poésie empreinte d’Histoire et d’espoir…

Entre guerre …

En 1943, Chagall est aux Etats-Unis depuis deux ans, exilé sous la pression de l’occupation nazie dont il a failli être victime, il y restera jusqu’à la fin de la guerre. Son œuvre prend alors une tonalité tragique, les couleurs, les thèmes s’imprègnent de cette souffrance qui le déchire. L’angoisse de cette guerre, l’angoisse du sort des juifs restés en Europe, à Vitebsk que l’artiste transcende pour vaincre la mort, résister, et toujours espérer. Une œuvre chargée d’émotion qui bouleverse encore les visiteurs : « je ressens de la tristesse devant cette oeuvre, ces couleurs vives, des couleurs de feu qui symbolisent la fin, la mort d’une ville, d’une population. Les cheveux rouges sont comme des flammes mais  il y a de l’espoir dans ce ciel bleu » comme le témoigne Mary venu des Etats-Unis.

Guerre-Ghagall

La guerre, huile sur toile, 1943, Centre Georges Pompidou, Paris.

Et paix

Songe_Chagall

Le songe d’une nuit d’été, 1939, huile sur toile, musée de Grenoble, don de l’artiste, 1951.

Alors que Chagall savait certaines de ses toiles être qualifiées d’« art dégénéré » par le régime nazi, Le songe d’une nuit d’été se révèle être un véritable hymne à l’Amour et à la vie.

Le titre reprend celui de la pièce de Shakespeare et l’œuvre peut être une interprétation des amours de Titania et de Bottom.  L’irrationnel du théâtre, le rêve, les chimères rejoignent  la poésie de Chagall qui le rapproche des surréalistes de cette époque. C’est non sans humour que l’artiste se représente sous la forme d’une figure hybride à tête de chèvre qui rappelle l’univers rural de son enfance et souligne une judaïcité toujours très prégnante dans son œuvre. Une religion dans laquelle animal et divin se rejoignent. Ce petit musicien vert qui le regarde, symbolise une culture russe toujours bien vivante en lui malgré sa vie française de l’époque. L’ange rouge (ou petit diablotin ?) semble suggérer la tentation. Tentation qui, au regard de cette mariée, madone immaculée, et de cette tendresse partagée provoque une tension presque irrationnelle. Un onirisme délicat qui n’a pas laissé insensible des visiteurs qui semblaient comme … suspendus : « cela m’évoque un profond respect, les valeurs de Chagall, son imaginaire qui m’entraîne dans l’affectif. Cela m’évoque un message d’amour de mon mari, une grande sensibilité. Je ressens une sérénité, du bonheur, une fragilité malgré des couleurs vives » déclare Bernadette.  Pour Lydie : « on sent une communion entre l’humain et l’animal, une impression de calme, de sérénité … C’est une peinture qui n’a pas d’âge et qui s’adresse aussi aux plus jeunes.

Beau voyage...

 

Natasha Vassilieff

Infos pratiques :

Chagall, entre guerre et paix
jusqu’au 21 juillet 2013
au Musée du Luxembourg
19, rue de Vaugirard
75006 Paris

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