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Petit précis d’hématologie

Pour les Petits Papiers de Descartes, Camille Juzeau nous emmène à la rencontre du Professeur Olivier Hermine, chef du service d’hématologie à l’hôpital Necker et coordinateur du GR-Ex, projet labélisé Laboratoire d’Excellence en 2012 axé autour de la biogenèse et pathologies du globule rouge.

Olivier Hermine

Pouvez-vous nous expliquer en quoi consiste l’hématologie? L’hématologie est la science du sang. Elle s’intéresse à ses constituants et ses fonctions. Instinctivement tout le monde connait le rôle du sang : il permet d’apporter les éléments nécessaires à la bonne marche du corps (dioxygène de la respiration et nutriment de la digestion) et d’éliminer les déchets. Il est aussi le support des défenses immunitaires. Dormantes dans le sang, elles s’activent quand elles passent dans le tissu infecté. Ces fonctions sont assurées par des cellules : les érythrocytes ou Globules Rouges, permettent le transport du dioxygène, les leucocytes ou Globules Blancs sont les cellules immunitaires, et les plasmocytes ou plaquettes, permettent la coagulation.

Les maladies du sang sont souvent très graves car ces trois types de cellules ont pour origine une même cellule, qui va se différencier par la suite : c’est l’hématopoïèse. Si ce stade cellulaire précoce est touché, toutes les cellules du sang, et donc les fonctions vitales d’apport d’oxygène, de nutriments et d’immunité du corps sont mises en jeu. Le patient peut mourir dans les 24h.

Personnellement pourquoi vous êtes vous dirigé vers cette discipline ? Parce que l’hématologie touche toutes les parties du corps, et est en interaction avec toutes les autres disciplines, c’est une branche très riche de la médecine. La compréhension des mécanismes moléculaires (de différenciation, de renouvellement, de croissance) des cellules du sang peut donner des modèles pour d’autres types cellulaires et ainsi permettre la mise en place de traitement plus ciblé et efficace contre les cancers, par rapport aux chimiothérapies, qui tuent les cellules cancéreuses mais aussi tout le reste sur leur passage. La biologie moléculaire étant mieux connu de nos jours, il faut essayer de s’en servir à l’hôpital.

Qu’est ce que le GR-Ex ? Quel est le but de cette structure ? Le GR-ex est un laboratoire d’excellence regroupant 17 équipes dans toute la France, récemment mis en place, et dont le but est l’étude du Globule rouge (GR) en mariant recherche fondamentale avec recherche clinique et thérapeutique. Je crois vraiment que l’un peut apporter beaucoup à l’autre et qu’il faut s’en servir plutôt que de cloisonner les disciplines. Par exemple, je pousse mes étudiants en médecine à faire de la recherche. Pour soigner je pense qu’il faut d’abord comprendre, c’est la clé de l’innovation dans la pratique médicale, qui ne peut être statique. Il faut utiliser les découvertes -énormes- en biomédicale pour les appliquer à l’hôpital et pour cela ouvrir un dialogue permanent entre les disciplines. Le GR-ex fait donc appel à de nombreux chercheurs spécialistes (par exemple en nutrition des cellules) qui pourront avoir un regard sur le globule rouge, sans que cela soit leur spécialité de départ.

Pourquoi s’intéresser en particulier au Globule Rouge ? Le Globule Rouge est une cellule facilement accessible. Par une simple prise de sang, on peut avoir beaucoup de matière pour travailler. Nous pouvons donc réaliser d’abord des recherches moléculaires afin de visualiser les mécanismes précis de la cellule, puis nous cherchons où et comment cela sera applicable pour traiter une pathologie. Par exemple, pour se multiplier le globule rouge a besoin de beaucoup de fer, c’est son carburant. Pour faire rentrer le fer dans la cellule, pour le « manger », elle a besoin d’un récepteur, sa « bouche », qui va reconnaitre le fer et dire « ok toi tu rentres ».  La bouche s’appelle la transferrine. Si on supprime ce récepteur, la cellule ne peut plus manger de fer, elle meurt. C’est la partie moléculaire, nous savons que cela se passe comme ça. Pour l’application clinique, on a observé que les cellules cancéreuses possédaient aussi cette transferrine. Et de même que pour le GR, si nous leur enlevons leurs bouches, elles meurent. Ces recherches sont donc assez efficaces, et il faut penser à l’intérêt que peut avoir l’hématologie dans l’innovation médicale : Elle permet de créer du travail pour les entreprises qui mettent en place des nouveaux traitements. Mais aussi un impact sociétal, une nouvelle vision des traitements du cancer, et de santé publique.

Camille Juzeau