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Décryptage de l’intervention française au Mali

Le 10 janvier 2013, le président malien demande à la France d’intervenir suite à la progression des djihadistes qui menacent l’intégrité du pays.

Le 11 janvier, la France décide d’intervenir en agissant avec un mandat légal  du Conseil de Sécurité des Nations Unies. Deux mois après le début de l’intervention, l’armée française a récupéré une partie du territoire malien mais le succès de cette intervention reste toutefois à confirmer. Derek Elzein, Maitre de Conférences en Relations Internationales à l’Université Paris Descartes a répondu aux questions de la rédaction des Petits Papiers.

Mali-France : « un lien quasi naturel »

Il existe un lien fort entre les deux pays qui s’explique par l’Histoire. Une langue commune, un passé commun et la colonisation font que les relations entre le Mali et la France ne se sont pas rompues en période post indépendance. Pendant la seconde guerre mondiale, les maliens ont combattus au coté des forces françaises libres. Après l’indépendance du pays en 1960, les relations entre les deux pays ont pris la forme d’une coopération : la France a participé à la formation des dirigeants et a encouragé la mise en place de la démocratie. Des liens étroits entre les deux pays ont été maintenus même si la politique de la «Françafrique  » a fortement décliné sous la présidence de Nicolas Sarkozy. 

Les raisons de l’intervention

La première raison est l’urgence politique qui caractérise cette intervention. Depuis près d’un un an le Mali est confronté à une crise institutionnelle et sécuritaire qui se manifeste par une instabilité politique qui a conduit à la prise du territoire par la rébellion touareg accompagnée de certains membres d’Al-Qaida au Maghreb islamique  (AQMI). Dans ces conditions extrêmes, la France a répondu à l’appel du président malien en déployant son armée pour endiguer l’influence des nomades membres d’AQMI dans la zone. Les enjeux économiques sont réels car les sous-sols du Mali sont riches en uranium et la présence de la multinationale française AREVA  au Niger est menacée par la déstabilisation de la zone.  D’autre part, le Mali est le troisième producteur d’or du continent.

La France isolée dans la guerre ?

Si la France est la force armée majeure présente sur le terrain, elle n’est pas isolée pour autant et son action est soutenue par la communauté internationale.  La France agit sous l‘égide de la résolution  2085 de l’ONU qui a autorisé l’intervention d’une force internationale pour venir en aide aux forces locales. Si la présence française est majoritaire cela se justifie par l’expertise de son état-major dans la connaissance du terrain et par le fait qu’elle reste l’un des rares pays européens à disposer d’une capacité d’intervention rapide. Toutefois, si la communauté internationale n’envoie pas de contingent, elle fournit un soutien logistique qui n’est pas négligeable. A l’échelle régionale, l’armée française coopère avec les forces locales : l’armée malienne et la MISMA (mission internationale du soutien au Mali sous conduite africaine). Cette intervention témoigne à la fois de notre puissance militaire mais en montre aussi les limites. 

Une intervention réussie ?

A ce jour, le succès est avéré au plan militaire même si une partie du nord du pays reste occupée. Un retrait des troupes devrait intervenir à la fin du mois d’avril. Il est envisagé que l’ONU prenne le relais avec une mission de maintien de la paix, mais cela n’a pas encore été voté. D’autres problèmes sont à régler, notamment celui des exactions réalisées par l’armée malienne. Le Mali est un pays où cohabitent plusieurs ethnies et où les conflits communautaires sont importants.  Des élections devraient avoir lieu en avril pour établir un nouveau gouvernement.  Une fois la situation apaisée, il s’agira pour ce gouvernement de mettre en œuvre une stabilité politique pour envisager la reconstruction.

Gagandip Cheema