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Mobilisons-nous !

AIDES est la première association française de lutte contre le VIH/sida et les hépatites virales.

 Elle voit le jour en 1984, suite au décès du philosophe Michel Foucault et sera reconnue d’utilité publique quelques années plus tard. À l’occasion de la sortie des Cahiers de l’Université Paris Descartes consacrés au Sida, les Petits Papiers de Descartes vous emmènent à la rencontre de Tony Fortin, militant actif au sein du service des relations presse de l’association AIDES.

Pourriez-vous nous dire quelques mots sur les actions de l’association ?

Avant tout, il faut savoir que AIDES est une association de personnes touchées par la maladie. Nous allons à la rencontre des populations les plus concernées par le VIH comme les  usagés de drogues. Nous leur proposons des dépistages en nous rendant dans leurs lieux de vies et de convivialité (bars, commerces, lors d’événements..). Notre but est ainsi de combattre l’épidémie de manière à ce qu’il n’y ait plus de nouvelles contaminations. Nous agissons beaucoup au niveau de l’entraide et du soutien des malades en mettant en place des groupes de paroles et en proposant des aides, notamment sur le plan juridique de façon à faire respecter le droit des malades, notamment des étrangers. On sait qu’il y a beaucoup d’étrangers malades qui ne peuvent pas se soigner car ils n’ont pas accès à certains droits, nous souhaitons changer la législation et leur permettre d’accéder aux mêmes soins que les ressortissants français. Nous mettons à leurs dispositions du matériel d’injection stérile afin de leur éviter d’être exposés à des risques de contamination. Nous sommes favorables à l’abolition de la législation répressive comme la loi sur le racolage passif. Au niveau international, nous menons des actions favorisant l’accès de tous aux trithérapies, notamment en Afrique et en Asie.  

Et qu’en est-il au niveau des relations de l'association avec le corps médical, l’Etat ?

Nous sommes une association créée par des personnes issues principalement de la communauté homosexuelle et dont l’Etat ne voulait pas s’occuper à l’époque.  Face à cette inertie, ces militants ont décidé de se réunir et de se constituer en association pour essayer de se battre et obliger l’Etat à prendre part à la lutte contre l’épidémie.

Nous ne sommes pas dans une démarche médicosociale : par exemple, dans le cadre d’actions de dépistage, nous ne suppléons pas aux CDAG (centre de dépistage anonyme et gratuit). Mais, étant des personnes concernées, nous sommes les mieux à même de nous adresser aux personnes qui sont touchées par l’épidémie. Ainsi, nous menons des actions sur le plan de la recherche sociale grâce aux liens que nous avons avec certaines communautés. Nous collaborons avec les services de santé sur des questions thérapeutiques comme la mise au point d’un traitement afin d’en limiter les effets secondaires.

Avez-vous pu constater une évolution quant au regard de la société porté sur les personnes séropositives ? Qu’en est-il de leur insertion sociale, professionnelle ?

Bien entendu, vivre avec le VIH en 2013 n’est pas la même chose que vivre avec dans les années 80. Depuis l’arrivée des trithérapies en 1996, c’est une maladie qui est devenue chronique au même titre que toutes les autres maladies chroniques. Au niveau individuel, on vit normalement avec un traitement antirétroviral qui peut engendrer des effets secondaires plus ou moins lourds, mais aujourd’hui, l’espérance de vie d’une personne séropositive est approximativement la même que celle d’une personne non séropositive. Mais, ce n’est pas pour autant que le regard de la société a totalement changé. Des discriminations existent toujours, que ce soit dans le milieu professionnel, ou chez les professionnels de santé par exemple.  Il est très difficile pour une personne de parler de sa séropositivité sur son lieu travail car elle prend le risque d’être jugée comme incapable, malade et donc moins apte à remplir ses obligations professionnelles qu’une personne non séropositive. Il en est de même au niveau de la sexualité.

De la part  de professionnels de santé, nous avons beaucoup de témoignages de séropositifs qui nous disent être victimes de discriminations, cela est très fréquent auprès des dentistes. Effectivement beaucoup refusent de soigner des personnes séropositives par crainte irraisonnée d’être en contact avec le virus, alors qu’on sait depuis plusieurs années qu’une personne sous traitement ne transmet pas le virus qui est à un niveau indétectable dans le sang. La question de la séropositivité devrait être banalisée dans la société mais ce n’est toujours pas le cas. C’est pourquoi, il est nécessaire d’agir pour faire évoluer les choses.

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Natasha Vassilieff