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L’hypnose en question…

Hypnose… Le mot réveille en nous des souvenirs d’enfants, du professeur Tournesol et son pendule dans les bandes dessinées Tintin, ou autre sorcier pouvant endormir un sujet d’un claquement de doigt. Plus actuelle que jamais, la technique parait se développer, non plus par des passeurs en turban mais par des professionnels en blouses blanches. Catherine Val, ayant exercé en tant que médecin dentaire, puis professeur de sculpture, a décidé de retrouver les bancs de la fac pour plonger dans les profondeurs de la conscience humaine. Portrait.

Comment définiriez-vous l’hypnose ? Quel est le champ d’action des hypnotiseurs ?  L’hypnose est un état de conscience modifié d’un sujet. Il y a cependant différentes pratiques de l’hypnose classées en trois catégories : l’hypnose classique, dominante et  directive, l’hypnose ericksonienne, venant du psychiatre américain Milton Erickon (1901-1980) qui s’éloigne des théories et de la psychiatrie pour s’intéresser à l’individu avec son contexte et son vécu : on dit de lui qu’il est un « manipulateur des automatismes ». Enfin la Nouvelle hypnose, puise dans les deux précédentes. Elle s’est adaptée au mode de vie contemporain qui inclue des préoccupations comme le confort, le bien être, et le rejet de la position dominant/dominé : elle reprend quelques éléments de l’hypnose ericksonienne mais de façon plus douce. La pratique inclue notamment les métaphores, le symbolisme, les suggestions indirectes et subliminales. L’hypnose touche un large panel de cas. Celle que je pratique est dite thérapeutique car elle a pour but de supprimer des symptômes. Ce peut être pour le cas de douleurs chroniques, pour les états de chocs ou blocages, pour les douleurs fantômes (qui viennent d’un membre amputé par exemple), pour les dépendances (alcool, drogue, tabac), en soin palliatif ou comme anesthésie pour certaines opérations chirurgicales…

Comment se déroule une séance d’hypnose ? Pour rentrer en état hypnotique il y a plusieurs techniques dites d’inductions qui visent à faire perdre les repères habituels de la personne. Cela se fait souvent par la saturation des sens, pour se concentrer sur un seul, souvent la vision ou l’audition. Après cette phase de dissociation, on initie une phase de suggestion par des métaphores, des histoires racontées, pour plonger le sujet dans l’hypnose profonde. Là se passe tout le jeu de la créativité, de l’individualité. Le point fondamental de la thérapie est le pacte de confiance noué avec le patient. Ceux qui viennent nous voir sont souvent des déçus de l’hôpital ou des structures de soin. Renouer la relation est le point de départ de toute séance. Ensuite ce sont des thérapies brèves, à l’inverse des psychothérapies qui durent des années. Je renvoie chez eux les patients au bout des 5 séances. Enfin ce sont eux qui se soignent par eux même. Aucuns médicaments, aucunes ordonnances complémentaires. Je donne seulement quelques exercices à refaire chez soi pour retrouver l’état de la séance d’hypnose et peu à peu libérer de façon définitive les blocages. Chaque séance est complètement différente et dépendra de la où la personne décide d’aller, et où nous sentons devoir emmener le voyage en tant qu’hypnotiseur. 

En quoi consiste la formation d’un hypnotiseur ? C’est comme à la fac !  Il y a une partie théorique, j’ai passé un DU d’hypnose médicale à la faculté de médecine la Pitié Salpêtrièrie, puis une formation pratique au centre antidouleur de l’hôpital Ambroise Paré (92), actuellement je suis stagiaire du docteur Benhaim, et puis en septembre je compte ouvrir mon propre cabinet! Dans cette formation il y a beaucoup de médecins, des généralistes, des anesthésistes, des dentistes etc. Les limites de la pratique de la médecine commencent à être mieux acceptées et explorées, ce que je pense être une réelle avancée des mentalités. Cependant, qu’il y ait un diplôme et que l’exercice soit « règlementé » (même s’il semble très difficile d’instaurer un système de mesure de compétences dans ce genre de pratiques très personnelles) me semble important pour se protéger des charlatans, qui touchant au profondeur de la personne, peuvent faire des dégâts considérables.

L’hypnose pour vous aujourd’hui est un aboutissement ? Oui ! C’est une façon d’avoir bouclé ma boucle ! L’exercice des sciences et des soins dentaires m’apportait beaucoup, mais j’ai souhaité me consacrer quelques années à la sculpture par besoin de créativité. C’est au cours de nombreux voyages, en Inde, au Maroc notamment, que j’ai pu voir l’exercice de médecines parallèles, sans les techniques perfectionnée occidentale, avec très peu de moyens, avec des plantes et les corps seulement, parfois l’esprit. Cela m’a fascinée. C’est pourquoi j’ai décidé de passer ce diplôme, et je considère aujourd’hui avoir vraiment atteint un cap dans la relation avec l’autre, la compréhension de la richesse de chaque être humain, aussi détruit physiquement ou psychologiquement soit il. Le bonheur et la joie retrouvée par l’apaisement de la relation avec l’Autre, mais surtout avec leurs propres corps, retrouvés, ré adoptés, donne à cette profession une dimension très humaine et très forte.  

Camille Juzeau      

Pour aller plus loin :

http://www.hypnose-ericksonienne.com/sinformer/lhypnose/

http://afehm.hypnose.medicale.pagesperso-orange.fr/defaut.html