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Le photographe malgré lui

C’est au sein de sa crêperie à Meudon que le photographe Bruno Manno a chaleureusement accueilli Les Petits Papiers de Descartes pour répondre à quelques questions concernant sa carrière de photographe.

Lorsque qu’on entre à l’intérieur de la crêperie le belem, on est immédiatement attiré par toutes les photos qui sont accrochées aux murs. Elles font le tour du lieu et sont toutes prises en noir et blanc. Bien évidemment elles sont toutes signées B. Manno.

Ce n’était pas une vocation, il ne s’était d’ailleurs jamais vraiment intéressé à l’univers de la photographie qui ne présentait aucun intérêt pour lui. Pourtant, un évènement bouleversa ses a priori. Un jour, il se réveilla ne voyant qu’en noir et blanc, immédiatement il prit peur et alla consulter un médecin puis un psychologue, pour lequel il présentait un état de stress post traumatique. Cela ne dura qu’une journée mais ce fut pour Bruno le déclic pour la photo.

De plus, par pure coïncidence, un ami lui avait proposé quelques jours plus tard d’aller à une brocante d’appareils photos anciens, et lui en offrit un. Lorsque Bruno prit l’objet, le contact avec l’appareil, lourd et en métal, lui parut intéressant. Depuis, cela fait maintenant plus de huit ans qu’il ne s‘est plus jamais séparé de son appareil qu’il décrit comme un moyen d’écriture, à la manière d’un écrivain qui a besoin de son stylo pour écrire.

En fait, Bruno Manno est un photographe de rue. Il n’a suivi aucune formation pour devenir photographe, c’est un autodidacte pour lequel l’essentiel est d’apprendre à regarder et d’accorder du temps au temps pour repérer le potentiel des endroits et patienter puis répéter les clichés encore et encore jusqu’à ce qu’il y ait une rencontre, une interaction entre une situation, une lumière et un sujet. Pour lui, il est très important qu’aucune mise en scène ne soit déterminée, une photo réussie est une photo qui existe par elle même, elle n’a pas besoin de titre.

A ses débuts, le photographe a d’abord commencé par prendre en photo des objets inanimés : les portes des immeubles haussmanniens avant de se focaliser plus particulièrement sur les gens. La plus grande difficulté pour prendre en photos des personnes était pour lui de savoir à quelle distance il faut se positionner. D’abord il était plus facile et moins anxiogène de prendre des photos de loin puis le photographe s’est significativement rapproché, laissant un espace d’à peine 70 cm entre lui et le sujet de son cliché. Ce qui peut expliquer ce rapprochement, c’est peut être la grande capacité d’adaptation à tous types d’environnements ainsi que son passé chaotique. Issu d’un milieu social pauvre, c’est peut être cette raison qui explique la grande sincérité et sensibilité de ces photos. Son parcours est digne d’un conte moderne, passant de la précarité aux appels d’offres en tant que photographe à l’étranger.

A la question, considérez vous la photographie comme un art,  il répond : « C’est un art de vivre mais ce n’est pas un art ». En fait, il s’agit plutôt d’une nécessité vitale pour raconter ce que l’on voit, ce que l’on ressent. Le choix de la photo fut une réponse de survie face au monde chaotique qui l’entourait. Et, ne cherchant aucune reconnaissance, le plaisir absolu de la photo réside pour lui en la possibilité de faire passer un message émotionnel puissant aux spectateurs. C’est aussi l’aboutissement d’un processus créatif depuis la capture de l’image jusqu'à la pellicule photo qu’il développe. C’est ce côté artisanal qui le passionne le plus et on ressent dans chaque photo l’amour et la sensibilité qu’il porte à son travail. 

 

 

Aline Lazberg