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Sans-abris, comment vivent-ils ?

On comptait 141 500 personnes sans domicile en France métropolitaine début 2012, soit une progression de près de 50% depuis 2001.

Parmi les 141 500 sans-abris recensés par l’Insee en 2012, on compte 30 000 mineurs, ces chiffres aussi alarmants que méconnus sont pourtant là, visibles par chacun d’entre nous dans nos rues, nos parcs, les couloirs du métro...  Avons-nous la bonne attitude face à ces hommes et ces femmes, que nous croisons en leur accordant autant d’intérêt qu’au reste du mobilier urbain ?

Il existe des recours pour ces personnes à la marge de notre société comme les centres d’action sociale de la Ville de Paris et les associations qui proposent un hébergement d’urgence accessible directement. Mais peuvent-ils être considérés comme une solution suffisante quand l’on sait que 43% des sans-domiciles qui ont composé le 115 (numéro d’urgence qui gère les places d’hébergement d’urgence) n’ont pas obtenu de place à Paris et 61% en Province.

En Janvier-Février 2012, lors de la nuit qui a précédé l’enquête de l’INSEE, parmi les sans-abris qui ont dormi dehors : 21% ont dormi dans un lieu extérieur comme la rue, sous un pont, 36% ont dormi dans une cave, un parking, un hall d’immeuble, ou une usine désaffectée, 14% ont pu dormir dans une habitation de fortune comme une tente, une cabane ou une grotte, et enfin 17% ont dormi dans un lieu public comme les gares, le métro ou encore un lieu de culte, et enfin, seuls 8% ont pu dormir dans une halte de nuit et 4% dans une voiture ou un camion.... Si ces hommes et ces femmes n’ont par dormi dans un centre d’hébergement c’est pour 48% d’entre eux parce que le manque d’hygiène et l’insécurité de ces centres ne peut satisfaire leur dignité humaine. Les autres ont refusé par manque de place (14%) ou n’ont pas pu s’y rendre pour d’autres raisons comme une arrivée trop tardive ou encore leurs animaux domestiques interdits dans le centre...

 Ces chiffres sont la preuve du manque d’efficacité de ces centres d’hébergement qui ne sont que des solutions éphémères, seul un vrai logement peut permettre une réinsertion sociale : en effet 5% des sans domicile hébergés dans un centre qu’il faut quitter le matin travaillent contre 45% de ceux qui sont hébergés dans un logement.

 Mais les problèmes de logement ne sont pas la seule cause de l’exclusion sociale de cette partie de notre population. L’insécurité de la rue, le manque d’hygiène et la fatigue permanente que cela entraine poussent ces hommes et ces femmes à se refermer sur eux-mêmes et à ne plus se sentir comme appartenant à notre société. C’est ce que Thibaut Leblond, bénévole dans l’association « Aux captifs la libération », nous explique au travers d’une expérience acquise dans les maraudes (tournée dans les rues, le métro, auprès des sans-abris).  

 « Aider un sans-abris c’est avant tout lui redonner confiance, lui parler, le regarder, ce n’est pas la faim ni le froid qui rendent le plus fou, c’est l’invisibilité, c’est passer des heures assis sur le côté et voir passer des centaines de personnes sans qu’aucune ne lance un regard. C’est la dépression qui est le plus grand fléau de la rue. Le bruit et la lumière permanente de nos villes nous rassurent nous qui rentrons chez nous, mais c’est aussi le pire cauchemar de celui qui n’a pour chambre qu’un banc ou un porche d’immeuble. Le taux de suicide chez les SDF est de 15%, soit sept fois plus qu’en prison. Il existe déjà beaucoup d’associations qui aident ces hommes et ces femmes en détresse, mais les bénévoles manquent toujours, et les mesures de l’Etat sont encore très insuffisantes. »

 

Manon Coulange