Bienvenue sur le site de l'université Paris Descartes

La situation financière de l’Etat français est-elle si alarmante ?

Les Petits Papiers ont rencontré Xavier Cabannes, Professeur de finances publiques au sein de l’université Paris Descartes, pour tenter de répondre à cette question.

La dette publique, c’est-à-dire l’ensemble des dettes accumulées au cours des dernières années, a dépassé les deux milles milliards d’euros au mois de septembre 2014 selon les chiffres de L’Insee. Le déficit public quant à lui, c’est-à-dire les dépenses qui ne sont pas couvertes par les recettes de l’État au cours d’un exercice budgétaire, s’élèverait d’après les prévisions de l’Insee à 82 milliards d’euros.

Ces chiffres peuvent paraitre alarmants, d’autant plus que « s’agissant de la croissance potentielle, le Haut Conseil [des finances publiques] considère que l’estimation de 1,0 % en 2014-2015 et de l’ordre de 1,2 % en moyenne pour les années 2016-2019 constitue une hypothèse acceptable ». Autrement dit, une croissance exponentielle est aussi loin de nous que pouvait l’être l’Amérique pour Christophe Colomb.

Il est également important de rappeler que la France s’était engagée à respecter les critères de convergences prévus par le traité de  Maastricht, soit un déficit inférieur 3% du PIB et une dette publique inférieure à 60% du PIB. Il convient de souligner que le l’objectif est bien d’avoir un déficit inférieur à 3% du PIB et non pas égal à 3% du PIB ! Le traité prévoit qu’un déficit égal 3% du PIB est le seuil critique maximal qui puisse être atteint par un état !

Avec un déficit à 4,3% de son PIB et une dette publique équivalente à 96% du PIB, la France est un authentique cancre !

Médiocre hypocrisie que de prétendre ce à quoi nous n’aspirons pas : réduire drastiquement nos dépenses.

Nous voilà au cœur même du problème : avons-nous conscience que notre système social a été mis en place après la seconde guerre mondiale, une période plus que prospère où les taux de croissance étaient démesurés et les caisses de l’État se remplissaient à la pelle ? Comment oser réclamer les mêmes prestations sociales d’un état avec un taux de croissance de 5%, taux de croissance qu’a connu la France entre 1950 et 1973, et d’un état au taux de croissance avoisinant les 0% !

Tant que la population n’aura pas accepté cette réalité, nos dirigeants n’oseront jamais engager de vraies réformes structurelles car ils mettraient en jeux leurs carrières politiques.

Le problème français n’est en réalité ni financier ni juridique, mais bien politique. En effet « dans l’absolue, si nous voulons nous donner la peine [de réduire et notre déficit et notre dette] nous en avons les moyens » affirme Xavier Cabannes, Professeur de finances publiques à l’université Paris Descartes. L’État possède cette arme redoutable qu’il est le seul à détenir : la prérogative de puissance publique ! C’est-à-dire qu’il a droit d’augmenter les impôts et de réduire les dépenses à sa guise. La question n’est pas ici de savoir qui doit payer plus ou moins et quelles coupent budgétaires doivent être effectuées, mais bien d’affirmer que l’État a les moyens et la légitimité suffisante pour assainir les finances de la Nation.

Seulement, « nous sommes à un véritable carrefour de société où nous devons réfléchir profondément sur ce que nous attendons de l’État au vu de la conjoncture économique actuelle ».

Ainsi, nos dirigeants auront-ils le courage de réformer et d’engager ce débat ?

Car de leur courage ou de leurs ambitions personnelles dépendent un avenir économique viable ou un gouffre financier abyssal et irréversible.

La décision est à prendre maintenant !

 

Louis-Marie de Soye