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Changer le monde … en mangeant différemment !

Vous êtes désireux de vous engager dans une action humanitaire mais vous n’avez pas le temps ? Vous voulez œuvrer pour autrui mais l’énergie vous manque ? Ne cherchez plus : il existe une solution simple qui ne nécessite ni temps, ni argent, ni déplacement. Il s’agit simplement de diminuer sa consommation de viande.

Vous souriez peut-être, et vous dites que la mode du végétarisme n’est pas pour vous, qu’il y a d’autres combats plus importants à mener. C’est négliger tout ce que la consommation massive de viande implique.

Celle-ci est en effet à l’origine de problèmes d’ordre éthique, écologique, sanitaire et alimentaire. C’est sur ce dernier point que j’insisterai ici.

Par problème alimentaire, je désigne la faim partagée par un humain sur six dans le monde.

On pourrait s’interroger sur le rapport entre la faim dans le monde et la consommation de viande et n’y voir a priori aucun lien. Or, les chiffres sont éloquents : 75% des terres arables de l’Union européenne servent à cultiver du fourrage pour les animaux ; la majorité du soja cultivé au Brésil est également destinée à nourrir le bétail (soja qui, soit dit en passant, est à 70% OGM, première cause de déforestation de la forêt amazonienne et à l’origine de problèmes sociaux liés au développement des grandes cultures intensives au détriment des petits paysans).

Tant et si bien qu’une personne ayant un régime à base de viande consomme indirectement 930 kg de céréales par an alors qu’un régime à base de céréales n’en nécessite que 180 kg ; autrement dit, il y a une « perte » considérable de nourriture par le biais du bétail car toutes ces céréales qui pourraient nourrir des humains servent à engraisser des animaux d’élevage, et toutes ces terres qui pourraient permettre à des pays entiers d’être auto-suffisants sont réservées à la nourriture animale. Tout cela constitue un « détour de production particulièrement inefficace «, comme l’explique le site viande.info. Le président du GIEC (Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat), Rajendra Pachadaury, illustre d’une autre façon cette inefficacité : il faut 7 à 10 kg de végétaux pour faire 1 kg de viande bœuf. « Il s'ensuit, dit-il, qu'il faut beaucoup plus de terres agricoles pour produire de la viande que pour produire directement des céréales destinées à l'alimentation humaine ».

   Réduire sa consommation de viande est donc un premier pas vers une répartition plus juste des denrées alimentaires sur la planète, mettant un terme à l’accaparement des terres pour le plaisir de quelques-uns.

On pourrait arguer, et on aurait raison, que de tout temps l’humain mange de la viande. Certes. A la différence que la viande était autrefois un met coûteux que seuls les plus riches pouvaient s’offrir régulièrement. De nos jours, la viande n’est plus un produit de luxe et presque tout le monde dans les pays industrialisés, et de plus en plus dans les pays émergents et les pays en développement (ce qui représente une large partie de la population mondiale !), consomme quotidiennement de la chaire animale.

La consommation de viande dans les pays riches est aujourd’hui une gourmandise, un plaisir que l’on s’offre en pensant trop souvent que nous sommes dans notre bon droit en faisant cela. Réduire sa consommation de viande est un engagement facile à prendre et qui, à une certaine échelle, aura un effet bénéfique sur l’état de la faim dans le monde.

 

Alexandra Pech