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« Le pari de l’impressionnisme », réussi ?

A l’heure où nous vous écrivons, naguère où tombèrent des héros de l’armée française qui libérèrent le Sénat avec à leur tête le « Colonel Fabien » dans une bataille hautement symbolique, se tient, beaucoup plus tranquillement, au musée du Luxembourg une exposition à ne manquer pour rien au monde ! L’exposition Paul Durand-Ruel, le pari de l'impressionnisme.

Il y a maintenant 260 ans, M. de Tournehem, directeur des Bâtiments du roi, y exposait pour la première fois les « tableaux de la collection du Roy », collection de chefs d’œuvres parmi lesquels figurait Léonard de Vinci, Rembrandt ou Véronèse. C’est aujourd’hui dans le même esprit de prestige que le musée de la rue de Vaugirard nous présente les plus grands maitres Impressionnistes du XIXème siècle tels que Monet, Pissaro ou Renoir. Dans une atmosphère tamisée, où projecteurs et décorations se mettent au service de l’Art afin qu’il renoue avec sa nature originelle, point l’utile mais le sentimental, l’œuvre nous apparait seulement au service d’elle-même : simple, transcendante et désintéressée.

A l’instar de Klee, les impressionnistes cherchent à « pénétrer l’intérieur et non refléter la surface » d’une scène souvent ordinaire. Ils tentent donc de dessiner non pas ce que nous voyons mais ce que nous ressentons. Van Gogh explique que « les couleurs (sont) suggestives et créatrices d’émotions », et les traits des tableaux obligent le regard à suivre le chemin voulu par l’artiste.

Commet décrire un tableau impressionniste ? C’est par nature impossible, et c’est là même l’illustration la plus convaincante du pari réussi de ces chefs d’œuvres, car il faudrait, non pas porter un jugement esthétique mais trouver les mots justes au service de sentiments émanant d’une image. A force de traductions et de transpositions, les mots arriveraient ici vidés de leur sens, les sentiments froids et les peintures bafouées.

Toutefois une âme sensible ne peut s’empêcher de vous faire partager le frisson de « la danse à Bougival » à laquelle elle fut invitée un instant par Renoir. Le frisson des feuilles balayées au sol par une robe longue parvient distinctement à l’oreille et dans un mouvement de valse lent et amoureux, la fascination pour le visage dissimulé du danseur nous emporte.

 

Le Pari de Paul Durand-Ruel

Paul Durand-Ruel est avant tout un marchand. Soumis aux lois du marché il est l’exemple typique d’une prophétie auto-réalisatrice, ou d’un bon commercial. En effet il l’est des premiers amateurs d’art à miser sur les impressionnistes, courant méconnu à la fin du 18ème siècle. C’est en promouvant ce courant et ces artistes qu’il a fait d’eux des peintres de renommée et de ce courant un incontournable. De Paris à Londres, puis de Berlin à New-York, il n’a cessé d’ouvrir des galeries pour y exposer et revendre les toiles, qu’il achetait à ces « artistes très originaux » comme il aimait à le dire, à de riches mécènes.

Certains y verront la persévérance d’un homme sûr du génie des peintres, d’autres le travail acharné d’un « Traders d’Art ».

Paul Durand-Ruel pourrait être en quelque sorte le Jeff Koons de notre époque. À la différence que Jeff Koons vente les mérites de ses propres œuvres auprès des milliardaires Russes, et que dans ses œuvres on pourrait longtemps continuer à chercher le trait de génie tant celui-ci est subtil. « Il reste à dire en quoi l’artiste diffère de l’artisan. Toutes les fois que l’idée précède et règle l’exécution, c’est industrie » expliquait le philosophe français Alain. Définitivement, Koons est davantage un artisan voir un industriel qu’un artiste au sens d’Alain, car il pense ses sculptures puis les faits réalisés par un Atelier New-Yorkais. Durand-Ruel, lui, s’est fait serviteur de l’Art et non pas usurpateur.

 Merci M. Durand-Ruel d’avoir honoré l’art à travers l’impressionnisme par la confiance que vous avez su lui accorder, sa pérennité et son succès encore aujourd’hui, sont la preuve d’un pari réussi.

Louis-Marie de Soye