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« La responsabilité de chacun implique deux actes : vouloir savoir et oser dire». Abbé Pierre

Alors que l'hiver s'installe la vie se durcit pour les nombreux sans-abri présents dans la capitale. Les Petits Papiers vous propose une immersion dans le métro parisien à la rencontre de certains d'entre eux.

Lundi 22 décembre, Noël j-3, 20h, Métro Michel Angel Auteuil, 16ème arrondissement, Paris. La nuit est tombée depuis deux heures et nous partons à cinq amis à la recherche de sans-abri afin de leur servir une soupe et un café. L’air est froid et humide, peu de personnes restent dehors, mais beaucoup se réfugient dans les couloirs bruyants et encombrés du métro parisien. Très rapidement nous apercevons depuis notre wagon un homme couché au bout du quai de la station. Nous descendons de la rame et abordons Pascal, qui ne dort pas encore et accepte volontiers un café fumant. Sa première réaction est de nous demander de quelle association catholique nous faisons partie. Nous lui répondons que nous sommes simplement des amis, puis la discussion s’enchaine. Au fil de la discussion son visage dur et crispé se détend et nous avons droit au moment de partir à un franc sourire de sa part. Nous continuons notre périple sur la ligne 9 en descendant à chaque station où nous apercevons un sans-abri.

Plus loin nous rencontrons Alexis, qui fait la manche en bas des marches pour arriver au quai. Nous avons tous déjà rencontré Alexis : Il tend dans sa main droite un bac en plastique dans lequel il n’y a pas la moindre obole, il aborde une barbe grisonnante, porte un pull dont la capuche est rabattue sur sa tête, et n’est entouré que de deux timides compagnons de voyages : un sac à dos et un cadi. Après un gobelet de soupe nous engageons la conversation. Alexis a quitté la Moldavie il y a deux ans avant de venir en France. Il est professeur de physique-chimie. Mais pourquoi avoir quitté la Moldavie ? Les conditions de vie y étaient impossibles. Certes, il avait un logement mais pas de quoi se nourrir ni vivre. En France la tendance est inversée : il se nourrit plus facilement mais ne parvient à trouver ni emploi ni logement. Alexis déplore la lenteur des services sociaux français : il est allé voir plusieurs fois des assistantes sociales. « Beaucoup de papiers signés mais mon quotidien depuis mon arrivée ne change pas » déplore-t-il dans un français correct. Malheureusement cela ne nous surprend pas un instant car, que ce soit pour s’inscrire à l’université ou pour faire une carte vitale, c’est la même lenteur coupable qui habite l’administration française. Sauf que cette fois-ci c’est une vie qui est en jeux. N’en doutons pas, le froid et le désespoir sont mortels. Mais il n’est pas dans les habitudes d’Alexis de se laisser abattre. Il nous explique avoir postulé à de nombreux postes ! Mais en vain faute d’harmonisation des diplômes, et ce malgré les Accords d’Associations (AA) signés entre l’Union Européenne et la Moldavie le 27 juin dernier. Ces accords prévoient un rapprochement politique, économique et culturel entre l’UE et la Moldavie. Vaste programme. Encore une fois « Beaucoup de papiers signés mais (…) au quotidien (…) rien ne change ». Toutefois, cet accord témoigne un réel rapprochement et un réel intérêt de l’UE envers ces pays, et un premier pas vers une adhésion à l’Union Européenne. Le prochain projet d’Alexis est de s’adresser directement au ministère de l’Education Nationale, après quoi il ne saura plus vers qui se tourner. Gênés de ne pas avoir de réponse nous l’encourageons à ne pas perdre espoir.

A une autre station nous offrons à boire à un SDF d’origine vietnamienne. Dans un français hasardeux il nous explique que même entre eux les sans-abri sont impitoyables. « Si on te demande une clope et que t’en a pas, on te met un coup » dénonce-t-il. Une réalité quotidienne triste pour celui qui travaillait il y a une vingtaine d’année dans un restaurant français, vivait dans un deux pièces et gagnait 4000 francs par mois.

Enfin, parmi d’autres, nous avons croisé une famille de roumains. Le premier réflexe du  jeune garçon est de nous demander un rasoir. Cette demande anodine soulève une question importante, celle de l’hygiène. A travers elle il ne cherche finalement qu’un peu de dignité.

Chômages, violences, insalubrités, maladies, voici les grands maux auxquels sont confrontés les gens de la rue. Contrairement à ce que l’on peut souvent entendre ces personnes ont un sincère désir de réinsertion dans la société. Agir contre l’exclusion sociale est une préoccupation que nous devons tous avoir. Heureusement de nombreuses associations se mobilisent aujourd’hui dans cette lutte ! C’est le cas de la Croix-Rouge qui met en place un programme de de réinsertion à travers des CHRS (Centre d’Hébergement de réinsertion sociale) où les personnes nécessiteuses bénéficient d’un logement temporaire ainsi que d’un suivi personnalisé de réinsertion professionnelle. Maintenant que nous savons, n’ignorons plus. Alors Soutenons-les !

Louis-Marie de Soye