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Sade – une vie exposée

Le sulfureux divin Marquis s’invite au Musée d’Orsay pour une exposition à son image : anticonformiste, provocatrice et dérangeante. Les Petits Papiers vous invitent à redécouvrir le parcours de l’homme et l’exposition qui lui est consacrée.

Deux cents ans après sa mort, Donatien Alphonse François de Sade n’a pas fini de faire parler de lui. Le divin Marquis a en effet inspiré nombre d’œuvres artistiques, qui font aujourd’hui l’objet d’une exposition au Musée d’Orsay. Mais pour mieux comprendre l’œuvre, parlons un peu de l’homme. Né dans une famille aristocratique dont il hérite le titre de Marquis, Sade semble d’abord embrasser une belle carrière, mais il est vite rattrapé par son amour du vice puisqu’il est arrêté à l’âge de 23 ans pour « débauche outrée ». Libéré rapidement grâce aux relations dues à sa noble famille, ce sera pourtant le début d’une longue suite de passages en prison : Sade y passa vingt-sept des soixante-quatre années de sa vie. Participant à la Révolution Française mais emprisonné suite à la Terreur, il finira ses jours dans un asile. C’est d’ailleurs en captivité qu’il écrit ses œuvres les plus connues, comme les Cent Vingt Journées de Sodome et Justine ou les Malheurs de la vertu. Il ne manque pas d’attiser de très vives polémiques et des censures régulières, que ce soit pour ses écrits mais aussi pour ses actes de cruelle violence. Mais il serait bien réducteur de ne retenir que le côté érotique et violent de son œuvre. Ses livres alternent en effet scènes lubriques et discours philosophiques. La relation entre les deux étant loin d’être superficielle, comme on peut le découvrir dans l’exposition au Musée d’Orsay.

L’exposition s’ouvre sur une salle sombre parsemée d’écrans sur lesquels on découvre du Buñuel,  un extrait de Dr Jekyll et Mr Hyde, ainsi que d’autres séquences que je vous laisse le soin d’apprécier lors de votre visite. Leur point commun ? Toutes nous plongent un peu plus dans l’ambiance troublante de Sade… Les citations ponctuent la suite de l’exposition, où l’on retrouve tableaux, sculptures et photographies d’artistes comme Goya, Géricault, Delacroix, Cézanne, Picasso…Très axée sur le XIXe siècle, elle nous invite à découvrir comment cette période s’est faite le « conducteur tourmenté de la pensée de Sade », selon les termes d’Annie le Brun, commissaire de l’exposition. « J’étais éblouie par cette intelligence et par cette façon de poser les questions en profondeur » continue-t-elle. Car effectivement, chez Sade, la cruauté sert la philosophie : en mettant en scène des crimes, il nous interroge sur les bases morales de la société (« La bienfaisance est bien plutôt un vice de l'orgueil qu'une véritable vertu de l'âme»). Tout en sublimant le vice, il nous questionne sur Dieu et son existence (« S'il y avait réellement un Dieu, serait-ce par des moyens aussi absurdes qu'il nous eût fait part de ses ordres ? »). Tout en prônant la violence dans l’amour, il condamne fermement l’absurdité de la guerre. Mais pire encore, il nous questionne sur nous-mêmes, sur nos pulsions. « On déclame contre les passions sans songer que c'est à leur flambeau que la philosophie allume le sien » résume le Marquis. Difficile de résumer l’ensemble des œuvres qu’on retrouve au gré des salles, tout comme l’ambiance qui y règne. A la fois sérieux et amusé, le public répond à l’originalité du sujet. Le caractère sulfureux des œuvres ne choque pourtant pas vraiment : « Je n’ai rien vu de plus choquant  que ça », « Le plus étonnant, c’est surtout qu’il ait été publié à l’époque » s’exclame certains visiteurs.

Si votre appétit artistique est éveillé, rendez-vous au Musée d’Orsay jusqu’au 25 janvier 2015, pour l’exposition Attaquer le Soleil, gratuite pour les moins de 26 ans (comme dans tous les musées nationaux).

Arthur Duffaut