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Liberté d'expression et religion.

Ne pouvant rester muet devant les évènements, les Petits Papiers de Descartes se sont penchés sur les attentats de Charlie Hebdo, plus particulièrement sur le rôle de la religion, en allant à la rencontre d'un homme d’Église.

L'une des questions qui se pose à la suite des attentats est celle des caricatures qui ont « provoqué » les attentats. Caricatures dont l'objet est bien particulier : la religion. Peu de sujets sont en effet aussi personnels et lourds de sens que celui-là, car il touche certaines personnes beaucoup plus que d'autres. En parlant autour de nous, nous avons remarqué que c'est là que les différences de point de vue étaient les plus grandes. Pour certains, les caricaturistes ont le droit de s'exprimer absolument librement. Pour d'autres, ils sont allés trop loin dans la provocation (sans pour autant « mériter » leur triste sort, bien entendu). Les Petits Papiers de Descartes ont donc décidé de rencontrer un prêtre, pour nous parler de religion, notamment des liens complexes qu'elle entretient avec la liberté d'expression.

Au-delà des actes terroristes, qui sont bien sûr unanimement condamnés par les autorités religieuses de notre pays, la question qui se posait était de comprendre le caractère spécial lié à la religion. Nous voulions recueillir un propos général. Étant donné la couverture médiatique déjà offerte aux autorités juives et musulmanes, nous nous sommes tournés vers un prêtre catholique susceptible de nous offrir un regard plus « extérieur » aux évènements. Les actes des 7, 8 et 9 janvier sont bien sûr horribles. Mais le plus horrible pour l'homme de foi que nous avons rencontré, c'est de le faire au nom de Dieu. Une « double perversion, celle de tuer, et en plus de le faire au nom de Dieu ». On peut en effet se poser la question de l'utilisation de la religion comme une sorte de prétexte à la violence. N'est-ce pas au final en commettant des actes aussi inhumains que les terroristes font du mal à leur religion, bien plus que les caricaturistes ? « Toute vie est sacrée, et c'est prendre la place de Dieu que de vouloir enlever la vie à quelqu'un ». Lorsque l'on prétend défendre un être divin, le minimum est de ne pas se substituer à sa justice.

 Comment donc concilier la religion de chacun et le droit de « tout dire » ?

 « Le respect », c'est la clé de voûte du discours que nous avons recueilli. Respect envers l'autre, envers sa religion, envers ses croyances. La réponse à apporter est avant tout personnelle : " c'est à chacun de s'examiner. Il faut réfléchir à la manière de dire les choses ". Pas vraiment de l'autocensure en soi, mais plus une réflexion intime sur ce qui se dit et ne se dit pas. « Si on manque de respect, la personne va rester sur sa blessure, et ne va pas être capable d'entendre le message derrière » analyse-t-il. Il faut donc prendre garde à la forme, pour que le fond soit mieux compris. Enfin, nous nous sommes demandés quelle était la meilleure réponse face à l'extrémisme. « Il faut nouer le dialogue. Et même si nous ne sommes toujours pas d'accord, il faut chercher de son côté, se remettre en question, adapter son discours, peut-être a-t-il été mal perçu, mal expliqué. » Privilégier le dialogue donc. S'il n'y avait qu'une seule chose à retenir, ce serait sûrement celle-là.

 

Arthur Duffaut