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Vigipirate en alerte attentat : qu’est ce que ça change ?

L’alerte attentat a été déclarée pour la première fois suite à l’attentat du mercredi 7 janvier contre Charlie-hebdo et les médias se sont fait un plaisir de surenchérir à ce sujet. Le choc, l’émotion, la surinformation, tout concoure à accroitre le sentiment d’angoisse qui nous a tous étreint lorsque la nouvelle du meurtre de 11 personnes en plein Paris s’est propagée. Mais faut-il pour autant se sentir en danger partout en France ?

« Non ! » La réponse de F.G., chef du service de Police Municipale d’une ville du Val d’Oise, est immédiate : « L’attentat a eu lieu à Paris. A Paris seulement. Dans toutes les autres villes, rien ne s’est passé » ! Les médias ont tendance à extrapoler, créant du même coup un climat de peur et de paranoïa. Vigipirate alerte attentat, le nom impressionne, mais dans les villes son application concrète tient en deux mots : vigilance renforcée.

Le passage en alerte attentat implique certains changements dans l’organisation du service de police : toutes les forces disponibles sont concentrées sur la surveillance des espaces publics et plus spécifiquement sur ceux pouvant constituer une cible privilégiée pour les terroristes. Cependant, la police s’adapte facilement à cette situation. On sent même une pointe d’agacement dans la réponse du chef de la police, lorsqu’il rappelle que « la police est présente toute l’année. L’état d’urgence vise surtout à rassurer les civils, mais nous n’en avons pas besoin pour effectuer notre travail quotidien de surveillance de la voie publique !».

F.G. précise cependant qu’un certain nombre de moyens d’exception sont mis en œuvre pour faciliter la mission de la Police Municipale.

La mise en place de mesures exceptionnelles.

 L’accroissement de la surveillance se remarque aussi sur un plan plus matériel. Un arrêté municipal est pris pour interdire le stationnement aux abords des entrées des sites les plus fréquentés : établissements scolaires, lieux de culte, gares. A cet égard, des barrières sont mises en place pour entraver physiquement tout stationnement sur ces lieux. Dans le même temps, les effectifs sont sensibilisés sur la présence d’objets suspects, sur les dépôts de sacs sur la voie publique. Les poubelles situées aux abords de certains lieux sont condamnées…

La mission de la Police Municipale consistant surtout à surveiller et rassurer, le plan vigipirate ne prévoit aucune modification particulière de l’équipement mis à sa disposition. Si les policiers, porteurs du gilet pare-balles, ne sont pas mieux armés ou équipés par rapport à d’habitude, ils sont cependant plus nombreux à être affectés à la surveillance des lieux sensibles (établissements scolaires, transports, lieux de prestige, certains commerces (bijouteries)). En amont, F.G. a pris contact avec les responsables de ces sites, encore une fois pour les rassurer et pour leur rappeler quelques consignes de sécurité particulières (rappel du numéro de la police, encouragement à une vigilance accrue, possibilité de demander aux personnes entrantes d’ouvrir leurs sacs, …)

F.G. rappelle également que la police peut s’appuyer sur le réseau de caméras de surveillance, qui s’est bien développé depuis quelques années. « La vidéosurveillance est un excellent partenaire opérationnel des effectifs de terrain dans la surveillance des comportements suspects des piétons ou des véhicules ».

Mais il ne s’agit là que de la partie visible de l’iceberg. En interne, la communication prend une dimension bien plus importante. Des échanges réguliers ont lieu pour coordonner l’action des forces de sécurité : Police Nationale, Police Municipale et services de sécurité privée dédiés à certains sites.  Certaines missions relèvent exclusivement de l’un ou l’autre de ces corps. Par exemple, la sécurisation par point fixe d’un lieu de culte est une mission assurée par la police nationale qui est formée et armée pour cela. Des unités militaires sont venues renforcer le dispositif et assurer la sécurité de certains sites réputés sensibles. Il convient alors de coordonner les missions de chacun : si une zone est placée sous surveillance militaire constante, la police peut dès lors concentrer ses efforts vers d’autres sites, voire d’autres missions.

Car il ne faut pas oublier que les répliques de l’attentat ne sont pas le seul risque : la police doit toujours gérer les interventions, la délinquance, les incivilités, les troubles à la circulation et au stationnement, tout ce qui fait son quotidien !

Vincent Moittie