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Connaissez-vous l’histoire de la faculté de Médecine de Paris ?

Nous sommes tous déjà allés à Odéon, au siège de l’université. Et nous avons tous, je n’en doute pas, été frappés par la majesté des lieux. Tant par son aspect extérieur que par son intérieur, l’ancienne faculté de Médecine de Paris impose le respect. Et pourtant, la connaissons-nous vraiment ?

En 1756, Louis XV, impressionné par les talents de dessinateur de Jacques Gondouin, fils d’un jardinier du château de Choisy, décide de lui financer des études d’architecture. Treize ans plus tard, le jeune architecte se voit confier la construction de la nouvelle Ecole de Chirurgie, rue des Cordeliers.

La chirurgie (savoir pratique), à l’époque opposée à la médecine (savoir livresque), avait regagné ses lettres de noblesses au XVIIème siècle, grâce à Louis XIV. En effet, le roi soleil souffrait d’une fistule anale que les médecins étaient incapables de soigner. Il fit donc appel à Charles-François Félix, chirurgien royal. Terrifié à l’idée de rater son opération, le chirurgien se serait entrainé sur plus de 70 fistuleux de Paris, de toutes les classes sociales, réquisitionnés pour l’occasion. L’opération de plus de trois heures (bien évidemment sans anesthésie) est finalement un succès, et la chirurgie regagne sa crédibilité. Le bistouri utilisé par Charles-François Félix se trouve toujours au Musée de la Médecine de l’Université …

Si l’on regarde en détail le bâtiment de l’ancien collège royal de Chirurgie, on remarque que cette matière est à l’honneur. En effet, on reconnait le chirurgien de St-Louis sur un médaillon (si vous avez toujours rêvé de voir à quoi ressemblait le chirurgien de St-Louis, vous pouvez donc aller examiner les murs de la faculté de Médecine) ; et le fronton de l’Amphithéâtre s’orne d’une femme tenant un couteau de chirurgie et encadrée par des anges représentants la médecine (ceux qui tiennent des livres) et la chirurgie (ceux qui entourent un corps).

Le collège royal se composait du Grand Amphithéâtre, de salles pour les malades, et d’un musée (différent du musée de la Médecine actuel). L’enseignement de la chirurgie étant surtout pratique (d’où la présence des salles pour les malades …), l’amphithéâtre disposait d’un grand puits de lumière pour faciliter les dissections. Celles-ci avaient lieu en hiver, puisqu’il n’y avait pas de chambre froide pour conserver les corps.

Revenons à l’Histoire. En 1789, les corporations sont supprimées, et le collège est fermé et transformé en usine de salpêtre (ne cherchez plus les rosaces de plâtres du Grand Amphi, leur disparition date de cette époque). Mais assez rapidement, la guerre qui fait rage, et une question revient sans cesse : « Mais où sont les chirurgiens quand on a besoin d’eux ??? ». Au final, le bâtiment est retransformé en Ecole de Santé (en temps de guerre, le salpêtre, c’est bien, les chirurgiens, c’est mieux). L’Ecole obtient même un dédommagement pour la détérioration des lieux (les rosaces du Grand Amphi !), et se voit offrir les quatre tapisseries qui ornent la Salle du Conseil. Représentants les quatre éléments, cette série de tapisseries faisait autrefois partie du mobilier de Versailles.

L’Ecole de Santé devient Ecole de Médecine lorsque Napoléon Bonaparte recrée l’université de Paris. On trouve toujours quelques souvenirs de Napoléon dans le musée de la Médecine : un mannequin d’anatomie en bois venant d’Italie, chaque organe étant représenté par une pièce indépendante (il n’a jamais servi, car inutile pour l’enseignement, et n’a même jamais été intégralement démonté par peur de ne pas trouver quelqu’un capable de le recomposer après !) ; et la trousse du médecin Antommarchi, celui qui a autopsié Napoléon à Sainte-Hélène.

En 1850, il y a trop d’étudiants, et un concours d’architecture est organisé pour étendre le bâtiment. Viollet-le-Duc faisait parti du jury. Ce concours est remporté par l’architecte Ginain, qui choisit de respecter le style antique de l’œuvre initiale de Gondouin. Ce même architecte supervise la construction de la bibliothèque de médecine, et met un point d’honneur à lui donner quelques mètres de plus que la bibliothèque Sainte-Geneviève.

Le hall de la faculté de médecine est décoré de bustes de médecins, et de médaillons où figurent les initiales FM (faculté de médecine) et des lauriers (symbole du diplôme universitaire).

On trouve également une sculpture, « La Nature se dévoilant à la Science », de Barrias, datant de 1899. Trois exemplaires de cette statue sont à Paris, on la retrouve au musée d’Orsay et à l’école des Beaux-arts.

La faculté de Médecine a une autre particularité. Il s’agit du seul bâtiment universitaire où l’on trouve un monument aux morts dédié à toutes les guerres du XXème siècle.

Vincent Moittie