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Une journée dans la vie d'un étudiant salarié

Les Petits Papiers ont suivi le quotidien d'une étudiante salariée. Témoignage et analyse.

« Le lundi 16 février 2015

 8h00

Je me lève, ayant cours à 10h45 et avec 1h30 de transport, je préfère anticiper les problèmes de train réguliers sur ma ligne. Je prend la ligne J qui m'emmène à Paris en 45min s'il n'y a pas de retard.

 10h40

J'arrive à ma fac sans trop de problème, quelques retards mais j'ai pu arriver à l'heure. Ce matin j'ai cours de 10h45 à 12h45 suivi d'une coupure. Je n'ai pas réussi à faire modifier mon emploi du temps et changer mes TD*, même en justifiant que je travaille, ils n'ont pu rien faire. Lors des inscriptions je n'avais pas pu arriver dans les premiers car je travaillais donc je me retrouve avec des trous de 3-4h.

 13h00

Je mange au Crous avec des amis. Le Crous est un avantage pour les étudiants, ce n'est pas trop cher même si ce qu'on y mange n'est pas excellent, il y a du choix et pour le prix, on se contente de ce qu'il y a.

14h00

Ayant encore 1h45 de pause, en général je reste à la bibliothèque, avancer mes cours et mes rendus. Habitant trop loin il m'est impossible de rentrer. Aujourd'hui ayant des courses à faire, j'en profite.

15h45

Je reprends les cours pour 1h30 de TD*. C'est le cours le plus dur, je suis souvent tentée de rentrer chez moi et de ne pas revenir. Attendre 3h pour 1h30 de cours, c'est fatiguant.

17h10

Je sors de la fac et je me dépêche de prendre le métro pour aller travailler. Commençant à 17h30 et ayant 12-15 minutes de métro, mon trajet se fait en courant. Je pars souvent du cours 5 minutes à l'avance le temps d'arriver au métro.

17h32

Essoufflée, je me glisse derrière le comptoir de la caisse et commence mon service.

20h30

Le magasin a fermé à 20h et il est temps pour moi de partir. Ma directrice, au moment où elle me voit quitter mon poste, m'interpelle et me demander de rester encore 15 minutes. Le temps de tout ranger.

Je ne peux pas dire non même si cela me fait rater mon train et qu'à cette heure-ci il n'y en a pas beaucoup. 15 minutes en plus, ça reste des heures supplémentaires et je ne peux pas cracher dessus.

21h10

Je m'installe dans mon train et tente de dormir pendant les 45 minutes de trajet. Comme je l'avais prédit, je n'ai pas eu de train entre 20h45, le moment ou j'ai quitté la boutique et 21h10, 25 minutes de perdues.

22h00

Je monte dans la voiture de mes parents. Habitant une petite campagne, à cette heure-ci il y a plus de bus. C'est reparti pour 20 minutes de voiture.

23h30 

je suis enfin dans mon lit, j'ai mangé vite fait, pris une douche et la seule chose à laquelle je pensais était de dormir. Je n'ai même pas le courage de jouer avec mon petit frère. Demain je me lève à 6h00 car je commence les cours à 8h.

Le lundi est ma journée la plus allégée mais en même temps une journée fatigante. J'ai peu de cours mais les trous et le transport m'épuisent vite. Malgré tout je ne me plains pas trop, j'ai la chance de faire de petites journées en semaine (ce qui allège mes week ends) et de finir assez tôt, ce qui n'était pas le cas dans mon ancien travail. Dans la restauration, mes soirées de travail se terminaient souvent vers minuit. La charge de travail, la fatigue et le salaire n'étaient pas les mêmes. J'ai préféré perdre 200€ sur ma paye, ce qui est énorme pour moi, plutôt que de finir par faire un Burn Out ou abandonner les cours.

 Ma journée du lundi se résume donc à 3h30 de cours, 3h30 de transport, 3h15 de travail et 3h de trous

 

Tiffany n'est pas la seule étudiante à avoir ce rythme de vie. En effet, Selon l'OVE (Observatoire de la vie étudiante), huit étudiants sur dix exercent au cours de leurs études une activité professionnelle pour financer leurs études, leur logement et/ou leurs loisirs.

Il faut cependant noter que les contrats diffèrent. Certains travaillent uniquement durant les vacances universitaires, d'autres n'effectuent que des vacations, d'autres ne travaillent que le week-end et d'autres comme Tiffany sont en CDI contrat étudiant (qui varie souvent entre 10 et 25h ) et s'étale sur la semaine et le week-end. Dans tous les cas 73% des étudiants travaillent, toute filière, tout âge, et tout sexe confondus.

Le travail pendant les études est la plupart du temps inévitable pour certains étudiants qui n'ont pas d'autre choix donc le manque de soutien de certains professeurs et de certaines administrations n'aident pas non plus à la réussite. En effet il est encore fréquent d'entendre des discours comme «il faut choisir entre travailler et étudier». Hors les deux sont cumulables et de belles réussites nous le prouvent encore. Des étudiants diplômés avec des mentions très bien, ou sortant de grandes écoles qui ont travaillé tout au long de leurs études.

Cependant cette question sur la réussite au niveau scolaire et l'effet sur la santé perdure. Il paraît évident qu'il est plus difficile de réussir ses études lorsque les semaines s'élèvent à 45 heures, travail et cours cumulés, que lorsque que l'on a que 20h de cours et donc beaucoup plus de temps pour étudier. L'OVE s'est penché sur cette question mais aussi sur l'effet de cette surcharge sur la santé.

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A travers leurs enquêtes, on voit bien que le travail en parallèle des études influe sur la santé, les relations familiales et personnelles. D'autres part, 57% des étudiants pensent qu'ils auraient pu avoir de meilleures résultats, ce qui ne signifie pas forcément un échec. Car seulement 7% d'entre eux finissent par abandonner les études. Cette abandon se fait surtout durant la première année. Plus l'étudiant valide de semestre, plus sa motivation à la réussite augmente, même si les dépressions et les remises en question sont nombreuses.

Toujours d'après l'OVE, les filières qui contiennent le plus d'étudiants-salariés sont les BTS, les IUT (Instituts Universitaires Technologiques) et les universités. Les grandes écoles de commerces et les IEP (Instituts d'Etudes Politiques) sont un peu moins touchés. Cependant c'est chez eux que l'on constate le plus grand nombre d’abandon des étudiants-salariés.

Malgré ce taux plus bas dans les écoles de commerces et les IEP, tous les étudiants ont déjà effectués au moins un job étudiant. Il est de nos jours quasiment impossible de voir le Curriculum Vitae d'un étudiant totalement vierge ou se composant uniquement de stages.

Le travail étudiant n'est pas qu'une mauvaise chose. Il permet de se faire une idée sur le monde professionnel, de développer sa sociabilité, de combattre sa timidité, de tester sa résistance au stress, d'obtenir ses premières responsabilités mais surtout de faire des erreurs et d'apprendre. Même si les compétences recherchées ne seront pas toutes les mêmes dans l'emploi voulu, il y aura toujours des points communs et des expériences non négligeables.

Lorsque l'on travaille pour Disneyland comme moi ou pour McDonalds par exemple, des entreprises «étudiantes», à la charge de travail lourde, aux horaires décalés et au stress constant, «tout autre travail vous paraitra des vacances» comme le disent les Directeurs.

 

Gloire Massamba