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Coupe du monde 2022 : quand le sang éclabousse le sport !

Plus qu'un sport, le football est un véritable enjeu économique pour les Qataris. Alors que le pays accueillera en 2022 sa première coupe du monde, un immense besoin d'infrastructures se fait sentir, comblé par une véritable exploitation humaine.

La meilleure idée de l'année 2010 était sans doute à mettre au compte de la FIFA (fédération internationale de football amateur) qui a confié au Qatar l'organisation de la coupe du monde 2022. Les températures estivales avoisinant les 45° C de moyenne, l'instance a décidé que cette compétition aurait lieu en hiver, donc en dehors des vacances, cela va de soi. Mais la désignation du Qatar ne s'est pas faite sans accroc. En effet, de nombreux scandales de corruption ont suivi la désignation du pays hôte, notamment en France où une réunion « secrète » à l’Élysée, moins d'un mois avant le vote de l'organisateur, entre Michel Platini (éminent membre de la FIFA), Nicolas Sarkozy et l'émir du Qatar Mohamed Bin Hamman a fait tache dans la transparence de façade affichée par la FIFA. Mais en soi, pour un pays comptant dépenser plus de 200 milliards d'euros pour la coupe du monde, utiliser quelques millions de plus dans le noble but d'aider à convaincre certains décideurs n'est pas forcément bien délicat...

Reste le cœur du problème : petit pays désertique, le Qatar n'est absolument pas pourvu en infrastructures nécessaires à l'organisation d'une compétition de si grande envergure. Depuis 2010, les entrepreneurs s'activent à la constructions de stades, d'hôtels, voire même de villes qui s'érigent dans l'immensité d'un désert vierge. Le nombre de citoyens Qataris n'est pourtant pas bien élevé, moins de 500.000, soit un tiers des travailleurs du bâtiment en France. Alors, les entrepreneurs font appel à des étrangers des pays voisins où les populations sont pauvres : sur les 2,5 millions d'habitants du Qatar, 80% sont des étrangers (essentiellement des Pakistanais, Indiens ou Iraniens).

Amadoués par un salaire alléchant, environ 600 euros par mois, les travailleurs immigrés arrivant sur place déchantent vite face à l'impossible vie imposée par les employeurs, et sur laquelle le gouvernement ferme ostensiblement les yeux. L'oasis de civilisation qu'est le Qatar en plein désert n'est guère qu'un masque sur l'esclavage humain qui y prospère. Les immigrés venant y travailler sont très souvent privés de leurs papiers : ils entrent légalement mais deviennent clandestins à leurs premiers pas que le sol qatari. Les salaires octroyés par les employeurs constituent en réalité une somme juste suffisante pour se nourrir, loin du montant originellement promis. Des immigrés témoignent au micro du Guardian, journal anglais, de l'insalubrité des lieux : « Dans chaque chambre, il y a 12 ou 14 personnes […], la cuisine est infestée de cafards, mouches, bourdons, moustiques ». Des conditions de travail terribles, sous un soleil de plomb pour des salaires de misère, le paradis offert aux migrants n'est rien de plus qu'un cloaque d'infortune.

Le système qatari est si bien orchestré qu'il empêche même les employés de quitter le pays. En effet, avec leurs papiers confisqués, si les immigrés quittent leur lieu de travail, ils courent le risque d'être arrêtés par la police et condamnés à des peines de prison. Avec ou sans papiers, les employés restent entièrement soumis à leurs employeurs par le système du « parrainage » : ces derniers décident si le travailleur a ou non le droit de quitter le pays, ou de changer de travail. Mais plus probante encore est la technique de ne pas payer l'employé pendant plusieurs mois pour l'obliger à rester, dans le but recevoir ses indemnités de retard. Porter plainte n'est, pour les migrants, qu'une vaste plaisanterie : la justice qatarienne est aussi impartiale que gratuite ; elle coûte très cher. Par exemple, des femmes immigrées victimes de viols risquent des peines de prison pour « relations illicites » selon le rapport 2014 d'Amnesty International. Si l'on en croit l'ITUC, une confédération syndicale internationale, « la frénésie des constructions en vue de la Coupe du monde de football risque de coûter la vie à au moins 4000 travailleurs au cours des sept prochaines années ».

Les promesses de réformes du gouvernement qatari ressemblent étrangement aux contrats que signent les immigrés : une vague et courte illusion. A côté de l'exploitation qatarienne, les multiples expulsions brésiliennes lors de la dernière coupe du monde semblent être des monuments de bonté. Mais que ne ferait-on pas pour Christiano ?

 Gabriel Gorce