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Du nouveau sur l’apprentissage des langues étrangères.

Pourquoi se contenter de parler une seule langue quand on peut en parler 5, 10, 15 ou même 20 ? L’apprentissage des langues étrangères est un enjeu majeur de l’enseignement dans notre pays qui reste à la traîne dans ce domaine. Comment peut-on l'améliorer ?

« Bonjour, je m’appelle Tim, j’ai 16 ans, et dans cette vidéo je vais parler 20 langues différentes ». Anglais, français, allemand, italien, hollandais, mais aussi des langues inattendues : wolof, isiXhosa, farsi, swahili… La liste des langues que connaît Tim, à différents niveaux, est impressionnante. Vers l’âge de 8 ans, cet adolescent américain s’est pris de passion pour la langue française qu’il a apprise en autodidacte, inaugurant une entreprise linguistique de longue haleine.

Tim fait partie de la communauté polyglotte, ou plutôt hyper polyglotte, qui émerge sur internet depuis quelques années, au moyen notamment de youtube.

Cette maîtrise des langues que beaucoup tiennent pour « prodigieuse », nous amène non seulement à réévaluer nos peurs (« le chinois est une langue impossible à apprendre car trop difficile ! ») mais questionne également la capacité du cerveau humain à maîtriser un grand nombre de langues. Actuellement, les neurosciences, et en particulier la neurolinguistique, s’interrogent sur les effets de l’apprentissage d’une nouvelle langue sur notre cerveau et tentent de mettre au point de nouvelles manières d’apprendre les langues grâce à l’imagerie cérébrale.

 Apprendre des langues étrangères renforce le cerveau !

A en croire une étude menée par des chercheurs de l’université de Pennsylvanie, publiée dans le Journal of Neurolinguistics, l’apprentissage d’une langue aurait un effet bénéfique sur notre cerveau, par le biais d’une forte stimulation neuronale. "Apprendre et pratiquer quelque chose, par exemple une deuxième langue, renforce le cerveau », commente Ping Li, professeur de psychologie et de linguistique et co-auteur de l'étude. « Comme l'exercice physique, plus on utilise une zone spécifique de son cerveau, plus elle se développe et se renforce." Grâce aux récentes découvertes des neuroscientifiques sur la plasticité cérébrale, entendue comme capacité du cerveau humain à se modifier à l’occasion d’un apprentissage, il apparaît évident que la pratique d’une langue étrangère développe nos aptitudes langagières et notre mémoire. En 2007 déjà, une étude canadienne montrait que les personnes pratiquant au moins deux langues dans leur vie quotidienne avaient moins de risque de développer une dégénérescence cérébrale.

De nouvelles techniques d’apprentissage grâce aux neurosciences.

Des techniques d’imagerie cérébrale telles que l’IRM (Imagerie par Résonance Magnétique) permettent de saisir l’origine d’un problème d’ordre linguistique comme la difficulté de prononciation. En observant quelle partie du cerveau est active alors qu’ils écoutent de l’anglais, on peut observer pourquoi des locuteurs japonais distingue difficilement le « r » du « l » en anglais. Au contact de mots anglais contenant une des deux lettres, l’imagerie cérébrale montre que seule une région du cerveau est active chez un locuteur japonais contre deux chez un anglophone, une dédiée à chaque son.

Ces recherches pourraient favoriser le développement de nouvelles techniques d’apprentissage des langues étrangères, comme les machines à ultra-sons qui permettent de mettre en image les mouvements de la langue et des lèvres lorsqu’on parle, améliorant ainsi la prononciation.

On peut imaginer que ces techniques permettront bientôt de mettre au point des méthodes d’apprentissage des langues adaptées à chacun selon les zones du cerveau qu’il est bon pour la personnes de stimuler.

Qu’est-ce qui nous motive dans l’apprentissage d’une langue ?

L’apprentissage d’une langue étrangère ferait appel aux mêmes aires cérébrales que celles liées au le sexe et la nourriture ! Une équipe de chercheurs de l’université allemande d’Otto von Gericke et de l’Institut de recherche biomédicale de Barcelone a publié une étude relative au langage. Les chercheurs se sont intéressés aux zones du cerveau stimulées quand il s’agissait d’apprendre de nouveaux mots et de parier de l’argent chez 36 adultes. Surprise : ce sont les mêmes. Plus étonnant encore, apprendre de nouveaux mots active les mêmes zones du cerveau que lorsque l’on consomme du chocolat, qu’on couche avec quelqu’un ou sous l’emprise de la drogue.

"Il s'agissait de déterminer dans quelle mesure apprendre une nouvelle langue ou un nouveau mot activait ces zones de plaisir" explique l'un des chercheurs, Antoni Rodriguez Fornells.

Ce phénomène pourrait remonter à la petite enfance, les premiers apprentissages liés au langage se faisant dans une interaction émotionnelle entre parents et enfants.

 Alexandra Pech