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Science et Silence

Madame Lagarrigue. Vous êtes responsable des statistiques en L1 à l’Institut de Psychologie. Quelle formation avez-vous suivie ?

« Je suis agrégée de mathématiques, ingénieur, diplômée d’une grande école en mathématiques appliquées et en informatique. Et j’ai aussi un doctorat de linguistique. C’est la raison pour laquelle je suis spécialisée en mathématique pour les sciences humaines. J’enseigne à l’université Paris Descartes depuis 1998. »

Comment décrivez vous l’atmosphère en amphi dans votre cours aujourd’hui ?

« J’enseigne en L1. En L2 j’enseigne en TD, et en L3 je donne en plus des cours magistraux. Il y a une grande différence entre le S1 de L1 et déjà le S2, et encore plus avec les autres années.En S1, les étudiants découvrent l’université et ils fonctionnent encore un peu comme des lycéens. Donc il faut parfois bagarrer un petit peu pour avoir leur attention. Alors qu’en L3 il y a une attention énorme. Il faut aussi se battre pour l’assiduité en L1, alors qu’en L3 les étudiants viennent tous aux cours. Je crois qu’en première année, beaucoup d’entre eux ne se rendent pas compte de la chance qu’ils ont d’avoir intégré le cursus universitaire.  Ce sont des études qui coûtent cher à l’État, et je crains qu’avec la crise économique que nous traversons, ces études soient de moins en moins accessibles dans le futur. »

En tant qu ‘étudiante de L1 je vous ai déjà entendu dire pendant les cours : «je ne suis pas là pour faire le clown pendant vos bavardages ! »

« Oui. Cela dépend en fait de mon état de fatigue. Si je suis très en forme, je fais en sorte de maintenir le silence en pratiquant l’humour comme dans l’exemple que vous citez. En revanche, il m’arrive aussi d’être fatiguée et de devenir désagréable et leur rappeler que l’enseignement n’est pas obligatoire au delà de seize ans. »

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Bénédicte, vous êtes étudiante de psychologie en L1 à Paris Descartes. Que pensez-vous de l’atmosphère qui règne en amphi durant les cours ?

«Je remarque une vrai évolution entre les cours des premiers mois et les cours du deuxième semestre. Les premiers cours c’est parfois le bazar, nous étions hyper nombreux et avions  l’impression que c’était la grosse détente. Je me souviens d’avoir été impressionnée par des gens qui étaient assis sur les marches en amphi. Le silence dépend quand même, ça c’est un peu regrettable, de la matière.  J’ai déjà fait des études il y a maintenant une dizaine d’années. Et là c’était un peu différent dans la mesure où à l’époque les étudiants étaient plus respectueux lorsqu’un professeur demandait le silence.  Là, plusieurs fois j’ai été étonnée de voir que ce n’était plus le cas. Ça s’arrêtait pendant trois secondes et puis ça recommençait.

Comment est-ce que vous voyez les autres étudiants ?

Ce qui me frappe, c’est de voir les gens, en train d’envoyer des textos ou d’être sur facebook. Je trouve ça drôle, parce qu’on m’a vraiment appris : fais ce que tu fais, et sois à ce que tu fais. Ce bruit dérangeant pendant le cours est en lien avec une absence de maîtrise de soi C’est un apprentissage, c’est marrant de voir que ça n’a pas été fait auparavant.

C’est dommage qu’en première année ils ne se rendent pas compte à quel point ça peut être fatigant, tout autant pour ceux qui ne parlent pas que pour le prof. Ceux qui ne parlent pas ont un travail supplémentaire à faire. Parfois je me dis qu’être prof ça peut être très fatigant. Je comprends les profs qui disent si vous ne vous calmez pas, je m’arrête.

Comment les profs gardent-ils la discipline ?

Pour moi, certains profs au début de l’année ont mieux fait que les autres. Je crois qu’ils devraient être très fermes. Si on considère que c’est tout à fait normal que les gens bavardent, ils vont bavarder. Il faut une pression gentille, mais une pression qui s’exerce. C’est difficile de contrôler des amphithéâtres avec autant de monde.

 Naomi Exner