Bienvenue sur le site de l'université Paris Descartes

Une Union Européenne fédérale détruirait-elle les identités nationales ?

Le monde tend indéniablement vers l’unité. La construction de l’Europe et les rapprochements sans cesse plus étroits entre les peuples en sont l’illustration la plus frappante. Au lendemain de la chute du Mur de Berlin, les états européens, qui n’aspirent qu’à une paix durable décident de se regrouper pour ne former plus qu’un derrière le Traité de Maastricht. Signé le 7 février 1992, il affirme la volonté d’un rapprochement économique et politique toujours plus étroit entre les pays européens par la création de l’Union Européenne.  Voilà un fait : toutes les unions monétaires qui ont existés, de l’union latine entre la France, la Suisse, l’Italie, la Belgique et la Grèce, à la zone Rouble entre les différents pays de l’ex-URSS, aucune n’a survécu sans une union politique.

C’est pourquoi il est aisé d’imaginer lorsque l’on voit le Traité de Lisbonne en 2007 créer une quasi-Constitution Européenne, que l'Union politique au sein de l’Union Européenne est pour demain. L’Europe tend donc à cette unification fédérale, et un jour nous verrons probablement naître les Etats-Unis d’Europe. Mais qu’est ce qui freine donc cette unité politique ? L’abandon de la monnaie nationale ? Trop tard.  La crainte de l’ouverture des frontières ? Schengen est déjà passé par là.

La question n’est pas ici de savoir s’il faudrait ou non réaliser cette union politique européenne, mais plutôt d’étudier un phénomène sociologique : la peur. Les français ont peur. Ils ont cette crainte profonde de voir leur identité culturelle disparaître, au profit d’une « culture européenne », inspirée des hamburgers et des IPad.

Pourquoi donc penser que l’unification des peuples détruirait leurs identités culturelles respectives ?

L’histoire ne nous prouve que le contraire. A une plus petite échelle, les revendications culturelles régionales en France n’ont jamais été aussi importantes que depuis que la France est un pays unifié. Et cela persiste encore farouchement aujourd’hui : Un breton n’est pas normand ! Et pourtant ils sont bien tous les deux français. La France n’est pas divisée par ces différences culturelles régionales, elle n’en acquiert qu’une culture unique plus diversifiée et riche, dont le rayonnement est mondial. Le camembert normand et le vin rouge bordelais ne se font pas concurrence, mais ils s’assortissent merveilleusement  pour ne former plus qu’un : la tradition culinaire française.

Par ailleurs, arrêtons-nous un instant sur le processus qui viendrait à réduire une culture à néant. La culture est affaire d’éducation. L’éducation émane de deux corps : l’école et la famille. S’il est vrai que l’école, du jour au lendemain, pourrait arrêter d’apprendre à ses élèves le nom des régions de France, la famille en revanche si elle est tant attachée que cela à son identité culturelle régionale continuera toujours à transmettre cette identité à ses enfants. Plus cette culture sera belle et riche et plus les parents auront à cœur de la transmettre à leurs enfants, et nul ne doute que cette identité perdurera si l’enfant la reçoit et se l’approprie. Plus encore cette identité culturelle est ancrée et plus l’enfant se percevra comme légitime héritier de celle-ci et en sera fier. Autrement dit pour tuer une culture il faut évincer tous ceux dont elle forme l’identité, de sorte qu’un jour, plus personne ne l’ayant reçue ne puisse plus la transmettre.

Il en est à mon avis de même à l’échelle européenne. Les cultures nationales ne peuvent disparaitre qu’éventuellement sur le papier. On ne parlera plus de citoyen français, mais de citoyen Européen. Est-ce vraiment cette modalité de forme qui détruirait l’essence si subtile d’une culture ? L’orgueilleux Coq pourrait en effet y être attaché ! Je dois bien reconnaitre, par simple fierté, que je refuserai qu’un canadien me dise qu’il a visité le Château de Versailles lors de son dernier séjour aux Etats-Unis d’Europe ! Pardonnez-moi mon brave, mais c’était en France, lui rétorquerai-je !

 Louis-Marie de Soye