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Projets étudiants - iLUMENS

iLUMENS

Dans un hôpital parisien bien connu des étudiants en médecine de Paris Descartes, on peut accéder à un étage un peu curieux. Au premier abord, tout ce qu'il y a de plus normal dans un hôpital : des lits d'hospitalisation, un bloc opératoire, des machines, des gants, des brancards, etc. Pourtant, à 4h du matin, cet étage est totalement vide. Pas de patient, pas de médecin, pas d'infirmière.

Cet hôpital ne subit pas une restriction de personnel !

Non ! Ce qui explique ce mystère arrive à 9h du matin. Un médecin, professeur, va s'installer au coin d'une chambre, un ordinateur à la main. Quelques minutes plus tard, le calme inquiétant est brisé par des étudiants en médecine poussant un patient allongé dans un brancard.
Pendant 30 minutes, les étudiants s'agiteront autour de ce patient dans ce service par ailleurs désert. Les instruments voleront, les machines orbiteront dans le vacarme créé par ces jeunes maladroits et désorientés.

Etudiants_mannequins
intubationneonat

Au bout d’un moment, le médecin se décidera enfin à poser son ordinateur portable.

Pour les aider ? Non !
Il soulève le drap couvrant le patient, arrache la peau de son ventre et appuie sur l'interrupteur. Le mannequin a joué son rôle.
Aux plus sceptiques, assurons la vérité : cet épisode n’appartient plus au domaine de la science fiction. 

Un mouvement s’est créé à l'Université Paris Descartes pour rendre cet exploit technologique accessible aux étudiants de tous niveaux, de toutes professions de santé.

En France, il y a quelques années encore, la simulation médicale se limitait aux bras de perfusion en plastique, aux pieds de cochon et aux corps donnés à la science. Le mannequin le plus performant servait à l'entraînement aux massages cardiaque. Un torse rigide, en plastique, monté sur un ressort...

iLUMENS , le   laboratoire   Laboratoire   Universitaire   Médical   d ' Enseignement  basé sur les technologies Numériques et de Simulation, créé par Alexandre Mignon et Antoine Tesnière  avec le soutien de la Faculté de Médecine et de l'Université Paris Descartes, fait partie des principaux acteurs  du développement de la simulation médicale en France.

Les Petits Papiers de Descartes sont allés à leur rencontre afin qu'ils vous transmettent par leurs propres mots leur vision et actions diverses.

Petits Papiers : Pouvez-vous nous expliquer ce que signifie iLUMENS ? Quel est son but ?

Antoine Tesnière :
iLUMENS est un laboratoire d’un genre nouveau, qui permet de créer une véritable révolution dans l’apprentissage de la médecine. Cette initiative soutenue par l’Université Paris Descartes va permettre de mettre les étudiants en médecine dans des situations cliniques ultra réalistes, et de leur apprendre leur futur métier sans aucun risques ni pour les patients, ni pour eux.  iLumens est né de la réunion de plusieurs éléments :

●  l’initiative de professionnels de Santé formés à ces techniques qui ont décidé de fédérer les différentes expertises réunies dans notre Université,
●  l’émergence de solutions de simulation haute fidélité déjà largement développées dans d’autres pays comme les Etats-Unis ou l’Europe du Nord,
●  l’importance que nous attachons à la sécurité des soins, compromise par la mission de formation de l’hôpital, susceptible de poser des problèmes éthiques et économiques,
●  l’avancée de la compréhension dans les mécanismes de mémorisation et d’apprentissage, permettant d’améliorer l’enseignement conjointement a la simulation,
●  et un soutien fort de la part de notre Président, Axel Kahn, et de notre Doyen, Patrick Berche.

ILUMENS a initialement été conçu par deux personnes : Alexandre MIGNON et Antoine TESNIERE, qui ont énormément travaillé à son développement et à son positionnement comme acteur incontournable de la formation médicale.
Autour de ce noyau dur viennent s’articuler plusieurs équipes issues de différentes spécialités, développant chacune une expertise inédite dans leur domaine en termes de simulation (anesthésie, réanimation, gynécologie obstétrique, cardiologie, pédiatrie,  médecine d’urgence, radiologie interventionnelle, etc.) et plusieurs équipes administratives, notamment de l’université.

P.P.D. : Concrètement, où en est iLUMENS aujourd’hui ?

A.T. : Pour l’instant, nous avons quelques mannequins dont le coût avoisine les 100 000€ et nous occupons lorsqu’elles sont vides des chambres du CHU (Centre Hospitalo-Universitaire, ndlr.) Cochin - Saint Vincent de Paul pour former les étudiants. Si le projet avance tel que nous l’espérons cependant, nous allons être amenés à utiliser des locaux dédiés à la simulation. C’est en projet, en partenariat avec l’université.

P.P.D. : A qui profite réellement cet investissement ?

A.T. : Ce sont évidemment, en priorité, les étudiants en médecine et en soins infirmiers de Paris Descartes et du PRES   Sorbonne   Paris   Cité  qui vont bénéficier de ces séances de simulations sur mannequin.

Nathalie Kosciusko-Morizet et Antoine Tesnière

Ce que l’on souhaitait, c’est de pouvoir proposer des compléments réalistes et pertinents à la formation médicale, et ne plus se former sur le patient mais déplacer les premiers gestes sur des mannequins permettant de s’entraîner autant que l’’on veut, et sans aucun risques, ni pour le patient ni pour les étudiants ou les professionnels de Santé. Mais la grande originalité est de pouvoir permettre à des équipes entières, réunissant des étudiants, des internes et des infirmières par exemple de s'entraîner sur des simulateurs pour améliorer leurs performances.

P.P.D. : Quel est le rôle de Paris Descartes dans le projet ?

Alexandre Mignon entouré d'Axel Kahn et de Valérie Pécresse

Alexandre Mignon entouré d'Axel Kahn et de Valérie Pécresse

 A.T. : L’université Paris Descartes a su très rapidement comprendre l’intérêt de ce genre de solutions dans la formation des étudiants en Santé. Axel Kahn, le président de l’université, a très vite vu la révolution que ces solutions pouvaient amener dans la formation des professionnels de santé (médecins, infirmières, sages-femmes, pharmaciens, kinés, etc.). Nous travaillons bien entendu en collaboration étroite avec l’université, mais aussi avec le PRES, qui regroupe plusieurs universités franciliennes, dans une dimension beaucoup plus large. Le projet est aussi l’occasion pour l’université de gagner en attractivité : elle est la seule en France à proposer ce type de formations intégrées, et à disposer de personnels formés à l’utiliser.

Enfin, et surtout, iLUMENS aura évidemment des conséquences qualitatives sur la formation des étudiants puisque ces outils vont permettre de la rendre meilleure et plus harmonieuse.

P.P.D. : En comparaison, quel est le niveau des autres université dans ce domaine ?

A.T. : Il y a plusieurs équipes qui ont une expérience dans l’utilisation des mannequins en France. A ce jour, je ne connais pas de projet qui rassemble autant de formateurs et qui intègre autant de spécialités en formation initiale, spécialisée et continue. Nous espérons pourvoir créer un standard, grâce à l’aide des autres acteurs impliqués dans la simulation en France et rassemblés dans une association dont je suis le vice président. Cela nécessitera un certain nombre d’éléments favorables, à commencer par l’appui de tutelles universitaires et la constitution d’équipes dynamiques d’experts.

En conclusion, malgré les obstacles à surmonter, nous espérons que dans les quelques années qui viennent, des projets iLumens seront amenés à fleurir un petit peu partout en France.

Pour en savoir plus : iLUMENS . org

 Alexandre Lintis & Pierre Pardessus