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Vue de l'Actu - Mort d'Oussama Ben Laden

La mort d'Oussama Ben Laden marque t-elle la fin proche du terrorisme ?

Ben Laden mort, suscite déjà l'espoir …

« Justice est faite » selon le président américain Obama. Le 2 mai, à 5H36 du matin, heure française, on pouvait entendre que Ben Laden avait été tué d'une balle dans la tête par des agents de la CIA, après un échange de plusieurs coup de feu. La nouvelle s'est répandue dans le monde entier : le cerveau des attentats des deux tours du Wolrd Trade Center aurait fini par succomber sous le poids de la justice. Les plus jeunes américains exposent leurs sentiments nationalistes, leur fierté retrouvée en chantant « We are the champions », en criant « USA ! » tandis que les plus vieux, eux, craignent des représailles déjà annoncées publiquement par les talibans... En outre, sa mort apparaît à un moment clé de l'histoire, en pleine révolutions arabes : tout ne serait pas perdu pour des syriens, libyens qui voient en cette mort un espoir, un souffle de liberté. Le créateur et chef d'Al-Qaïda tombe au moment où des régimes dictatoriaux sont sur le point de s'effondrer ... 

… et ranime un symbole détruit il y a 10 ans.

La mort de Ben Laden est avant tout symbolique: on n'attaque pas les États-Unis en vain. Même après 10 ans, on traque et on tue. L'attentat du 11 septembre 2001 a été un massacre avec plus de 3000 morts mais c'était aussi un symbole qui allait en contradiction avec le siècle précédent. Que ce soit lors de la première Guerre Mondiale, de la deuxième ou encore lors de la Guerre Froide, aucun ennemi n'avait réussi à fouler le sol américain. L'acte terroriste de Ben Laden démystifiait un pays, et montrait qu'il était vulnérable comme tout autre. C'est parce qu'il touchait le cœur même de la capitale américaine qu'une page de l'histoire était tournée : le XXIe siècle commençait dans la lutte véritable contre le terrorisme. Aujourd'hui, le pays retrouve son honneur, sa fierté et montre bien qu'il est une « hyper-puissance » avec des agences de renseignements compétentes. La destruction de la figure mythique du terroriste ranime ainsi celle des États-Unis.

L'annonce de sa mort est aussi une vengeance pour les milliers de morts américains, français, afghans, espagnols (...) mais c'est aussi un véritable pas en avant dans la lutte globale contre le terrorisme.

Mais à peine sa mort annoncée qu'elle est déjà controversée ...

A peine avait-on appris le décès que la machine de la polémique était en route : La cachette du terroriste, située à quelques kilomètres d'Islamabad au Pakistan, est sujette à de nombreuses questions dont une en particulier : Le gouvernement pakistanais se prêtait-il à un double jeu moyennent plusieurs pots de vin ? D'autre part, la dépouille de Ben Laden aurait été jetée à la mer afin qu'elle ne soit pas récupérée par des fanatiques. Vérité ou habileté de la CIA de ne pas susciter la curiosité, la tentation de vouloir des clichés de l'homme défunt ? Une mort préméditée dans le but d'éviter un procès ou « accident » ? Absence de témoins, une photo du cadavre de l'islamiste truquée …peut-être une annonce de la fameuse « théorie du complot »...

preuve que le terrorisme n'a pas fini d'entendre parler de lui ... 

Mais comment passer à autre chose si la « petite polémique » continue ? Absence de photos, de preuves, certes … mais les américains se risqueraient-ils d'annoncer une mort fausse tout en sachant qu'il existerait une chance, même infime, que le chef d'Al-Qaïda refasse « le fanfaron à la télévision » comme disait G.W. Bush ? En tout cas, ce qui est sur, selon l'OTAN, est que la guerre en Afghanistan n'est pas terminée tant que tout le réseau terroriste n'est pas démantelé. Du côté français, les autorités restent dubitatives à propos des otages retenus dans le monde. L'Aqmi vengera t-elle celui à qui elle prêtait serment ou en profitera t-elle pour s'émanciper du visage paternel et faire pression sur l'occident ? Tant de questions qui ne présentent pas officiellement de réponse à l'heure d'aujourd'hui...

Quant au gouvernement américain, il ne peut que se réjouir de sa mort ...

Les américains ont atteint dans tous les cas leur but : détruire un symbole lié à Al-Qaïda et empêcher Oussama Ben Laden de finir en martyr. Même si son message de haine s'est largement répandu dans le monde depuis 1987, le terrorisme a pris un sacré coup dans les gencives. Le président américain B. Obama remonte dans les sondages et sort de son fossé politique dans lequel il était depuis plusieurs mois. Sa côte de popularité a fait un bond un dans les sondages, le peuple américain lui refait confiance. Une sacré opportunité l'année précédant son éventuelle ré-élection... Quant à la guerre, elle continue. Le décès d'O. Ben Laden n'est en aucun cas une rupture du terrorisme. Il termine simplement 10ans de poursuite et tourne une nouvelle page de l'histoire...

...bien que le chemin soit long avant la fin du terrorisme.

Il est nécessaire de rappeler avant tout que l'organisation terroriste, Al-Qaïda, naît sous l'impulsion de l'islamiste Abdullah Yusuf Azzam et d'Oussama Ben Laden est présentée comme une nébuleuse, où plusieurs groupes sont devenus autonomes, reprenant la marque Al-Qaïda mais ne répondant plus aux ordres d'une maison mère. Elle n'est pas hiérarchisée. L'Aqmi continuera a préméditer des actes terroristes au Niger ou en Somalie. La prise d'otage n'est en aucun cas revendiquée ouvertement par Ben Laden. Sa mort  n'est donc pas la fin du terrorisme, le nouvel objectif étant aujourd'hui de viser le numéro 2, devenu l'homme le plus recherché du monde. Une nouvelle page de l'histoire est certes tournée mais comme dans un livre, un nouveau chapitre vient de commencer, reste à en connaître … l'auteur.

 Pierre-Henri Bovis.