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En quoi Uber peut-il révolutionner l’économie ?

L’entreprise Uber, adoubée par les consommateurs, devient la hantise d’une partie de la classe politique alors qu’elle est en passe de révolutionner la capitalisme.

Fondée il y a 6 ans en Californie, il n’aura fallu que quelques années pour qu’elle mette à mal la profession de taxis, occasionnant grèves, blocages routiers, violences aux personnes… Les leaders des taxis sont férocement concurrencés par un mode de fonctionnement innovant qui remet en cause les fondements de l’économie actuelle et de notre modèle social.

Une entreprise de VTC sans chauffeurs ni voiture

Le principe d’Uber, c’est de fournir un service de transport sans que l’entreprise ne possède une voiture ou n’emploie de chauffeur. De fait, l’application ne fait que mettre en relation les clients et les conducteurs ! La voiture est achetée ou louée par le chauffeur (non salarié d’Uber) selon les normes imposées par l’entreprise. Leur rémunération est calculée sur le montant cumulé des courses effectuées moins les 20% de commissions prélevée par la société.

Le système bouleverse l’ancien monopole des taxis en faisant sauter la barrière de l’obtention de la licence, pouvant couter 200 000€[1]  dans les grandes villes. En se débarrassant de ces charges, Uber propose un service de meilleure qualité à un prix moins élevé. La concurrence apportée dans le secteur fait évoluer le corporatisme des taxis : les taxis bleus proposent des tarifs attractifs la nuit dans Paris intra-muros, les grandes compagnies s’essaient au numérique en se dotant d’application pour réserver une course.

En réponse à cette nouvelle concurrence, Uber décide de diminuer ses tarifs de 20%, témoignant d’un certain pouvoir de monopole dans son secteur, et de la malléabilité quasiment totale des chauffeurs.

Le statut des chauffeurs critiqué

Pour protester contre la baisse, les conducteurs d’Uber ont créé un syndicat, CAPA-VTC, et demandent « un vrai partenariat avec Uber »[2] . Leur protection juridique est effectivement très précaire, puisqu’ils ne sont pas salariés de l’entreprise et dérogent aux principales règles du droit travail (durée légale de travail, indemnisations de licenciement…). Les chauffeurs, qui sont des professionnels, sont majoritairement des auto-entrepreneurs, et doivent s’acquitter de charges sociales et voient leur chiffre d’affaire limité à 32 000€ net annuel.

 Uber rétorque en disant que malgré la baisse des tarifs, le chiffre d’affaire des chauffeurs a augmenté de 6% durant le week-end consécutif à la hausse, et a engendré un surcroit de demande[3] .

Néanmoins, la Ministre du travail Myriam El Khomri a déclaré vouloir modifier le droit en vigueur pour mieux prendre en compte la situation des chauffeurs Uber et des travailleurs dans le même cas. Elle propose le compte personnel d’activité, qui ne lierait plus les droits sociaux à la détention d’un poste précis mais à l’ensemble du parcours professionnel. Elle avance également l’idée de réformer la dépendance économique pour prendre en compte le cas des chauffeurs Uber.

« L’ubérisation de la société »

Uber compromet donc autant le marché des taxis que le droit du travail, mais ce n’est que l’étendard de l’ensemble des start-up qui remettent en cause le capitalisme actuel : Airbnb bouscule les grandes entreprises hôtelières, vente-privée.com le prêt-à-porter… C’est l’ubérisation de la société, « l’idée qu’on se réveille soudainement un matin en constatant que son métier traditionnel a disparu » déclare Maurice Lévy, patron de Publicis, à l’Expansion[4] . Si la généralité de la définition reste à vérifier, elle s’applique parfaitement aux taxis. C’est sous l’impulsion de ces entreprises nouvelles que le capitalisme peut se révolutionner : l’économie collaborative, qui s’étend du transport à la banque, signe la fin des grandes entreprises rentières et l’adoption d’un nouveau modèle social plus souple. Le danger étant toujours de ne pas remplacer les entreprises rentières par d’autres entreprises encore plus dominantes, question qui se pose aujourd’hui à l’égard de Google ou Facebook.

Bertrand Corbi

[1]  http://www.taxis-de-france.com/abonnes/text.php?id=prixdeslicences

[2]  http://www.lesechos.fr/industrie-services/tourisme-transport/021399730050-inquiets-des-reductions-tarifaires-les-chauffeurs-uber-creent-un-syndicat-1164973.php?CQgAEkAMBlJGAk54.99

[3] http://newsroom.uber.com/paris/fr/2015/10/baissedesprix-resultats/

[4]  L’expansion n°805 Juin 2005