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La course à pied, phénomène de mode ou marqueur social ?

En 2014, la France comptait près de 9,5 millions de pratiquants de la course à pied, soit environ 20% de la population. Simple phénomène de mode ou réelle prise de conscience des bienfaits de ce sport, la course à pieds reste un fort révélateur de classe sociale. Décryptage par Marie Payraud.

En 2014, 1 français sur 5 déclare pratiquer la course à pied selon l’étude menée par la fédération française d’athlétisme (FFA). Ce sport séduit un public de plus en plus large depuis quelques années. On constate, par exemple, une féminisation importante parmi les adeptes puisque les femmes sont aujourd’hui plus nombreuses que les hommes, 53% contre 47%. Elles sont aussi plus nombreuses à participer à des courses puisque « 3% de femmes se sont ajoutées à l’édition 2014 des 20km de Paris, par rapport à l’édition 2013 », rappelle Jean-Philippe Allaire, responsable de la communication des 20km de Paris. Le profil type des pratiquants est le suivant : il s’agit d’une personne jeune (seulement 12% des plus de 50 ans s’y exercent), dynamique et plus aisée que la moyenne des français.

Courir pour vivre mieux

La première raison invoquée à la pratique de cette activité est celle de l’amélioration de la condition physique (58%), la deuxième raison est l’amélioration de la santé (58%) alors que la perte de poids arrive en troisième position (35%) (chiffres recueillis par la FFA entre Avril et Septembre 2013). Ces chiffres confirment que la course à pied vient appuyer le mouvement « healthy life » qui est en en train de conquérir le monde entier. Ce mouvement consiste à adopter un mode de vie plus sain, en bannissant la nourriture provenant des fastfood, en s’assurant de la provenance des aliments consommés, ou encore, en mangeant plus « responsable ». Ce phénomène s’accompagne, entre autres, du végétalisme qui compte de plus en plus d’adeptes au fil des années. Parmi les promoteurs de ce style de vie, le réseau social Instagram, ou encore certaines bloggeuses mode qui participent activement à la mise en scène et à la communication autour du « healthy lifestyle ». Quelques grandes marques en ont d’ailleurs bien compris l’enjeu, et commencent à se mettre au vert. 

Le running : un phénomène de mode

En effet, si la course à pied prend autant d’ampleur dans nos sociétés, les marques n’y sont pas pour rien, et le marketing autour de cette pratique attire de plus en plus d’adeptes. Elle est de plus en plus mise sur le devant de la scène par les grandes enseignes sportives comme Nike, Adidas ou encore Puma. On assiste aussi à la « fashionnisation » de ce sport, avec un marketing impressionnant autour des accessoires sportifs liés au running. Rien d’étonnant au fait que le deuxième moyen le plus utilisé pour s’informer sur le running soit les sites internet de ces marques. En revanche, l’un des atouts majeurs du running est qu’il peut être pratiqué par n’importe qui, n’importe quand et avec presque aucun équipement. Ce n’est donc pas un sport qui nécessite des infrastructures spéciales, ni d’équipe...

La course à pied : un sport de riche ?

Selon l’INSEE, la pratique de sport augmente avec le niveau de diplôme et donc le niveau de vie. On note que, plus le niveau de vie s’accroît, plus la pratique des activités très répandues et supposées plus accessibles – comme le vélo, la natation ou encore la  course à pied – augmente. Les jeunes, les personnes diplômées ou bien insérées socialement ont la pratique sportive la plus diversifiée. On comprend alors pourquoi cette activité est pratiquée majoritairement par les classes moyennes voire aisées. En effet, le running correspond à un besoin d’accomplissement de soi, qui représente la dernière étape de la pyramide des besoins de Maslow. Ce besoin se ressent lorsque tous les autres besoins physiologiques, de sécurité, d’appartenance et d’estime sont satisfaits. Il est donc logique, que les classes dites populaires privilégient l’investissement de leur énergie dans d’autres activités leur permettant de satisfaire les étapes inférieures de la pyramide des besoins.

 

Marie Payraud