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La femme au tableau.

Renouer avec les traditions au Cinéma

Pour le plus grand appauvrissement de notre patrimoine culturel, trop de traditions se perdent. Mais celles qui demeurent sont, pour le meilleur, les plus éloquentes. Au cinéma par exemple, il est coutume qu’à la fin d’un excellent film, les spectateurs applaudissent. Ces applaudissements ne sont qu’un modeste hommage discret et silencieux qui ne parviendront jamais aux oreilles du cinéaste, mais dont le bruit illustre toute la reconnaissance que la salle porte à l’auteur qui a su bousculer leurs cœurs. C’est un acte d’approbation sociale pour que chacun sache l’estime que l’autre attache à la prestation. De mémoire, le dernier film (auquel j’ai assisté) applaudi à sa fin était The Artist, de Michel Hazanavicius avec Jean Dujardin et Bérénice Bejo. Film en noir et blanc et muet, dont l’ambition n’a eu d’égale que son mérite : l’Oscar du meilleur film 2011, qui paradoxalement dénonce comment les films parlants ont tué les films sans voix.

Le 7ème Art au service de toutes les sensibilités

Mais récemment, à ma plus grande surprise un film a été de nouveau applaudi de la sorte : La femme au tableau. Dans ce long métrage, inspiré d’une histoire vraie, Simon Curtis nous présente l’histoire d’une femme juive d’origine autrichienne ayant fui les nazis. Elle trouve refuge aux Etats-Unis avec son mari où elle reconstruit sa vie, sans pour autant oublier ses origines. Suite au décès d’un membre de sa famille, elle décide de réclamer ce qui lui appartient de droit : des tableaux de familles volés par les allemands pendant l’occupation, qui sont exposés dans le prestigieux musée du Belvédère de Vienne. L’enjeu est de taille lorsque l’on apprend qu’un de ces tableaux est le Portrait d’Adèle Bloch-Bauer I de Gustave Klimt, aussi surnommé la Joconde autrichienne, œuvre de fierté nationale.

Un jeu d’acteurs fantastique entre Helen Mirren (Maria Altmann, la femme au tableau) et Ryan Reynolds (son avocat) nous transporte jusque dans les somptueux appartements de l’aristocratie viennoise du milieu du siècle dernier. Agrémenté de scènes historiques, présentées sous forme de flash-back et plus émouvantes les unes que les autres, le film nous invite à découvrir Vienne au moment de l’Anschluss. Après le temps des adieux à sa famille et des scènes sentimentales d’une rare justesse, les larmes laissent facilement place à l’action au moment notamment de l’intrépide tentative de fuite de la capitale autrichienne.

Par ailleurs le film ne se contente pas de nous donner à voir une façade émotive satisfaisante mais nous entraine jusque dans les méandres de la psychologie du personnage de Maria Altmann. Ainsi nous sont partagées les réflexions profondes de cette femme sur son droit d’hériter des tableaux familiaux, quelle qu’en soit la valeur, et sur son sens aigu de la justice.

Une plaie du nazisme non-cicatrisée

Ce film soulève une question brulante d’actualité à propos de la restitution des œuvres d’Arts volées par les nazis. Récemment par exemple, en 2014, 238 tableaux de maitres ont été découverts dans une maison près de Salzbourg chez le fils d’un acquéreur de tableaux officiel du IIIème Reich. Ces œuvres ont pu être restituées car, en 1998, a été signée la Déclaration de Washington par laquelle les Etats se sont engagés à faciliter l’identification et la restitution des œuvres volées par les nazis et à encourager leurs propriétaires à les réclamer.

 

 Louis-Marie de Soye