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La techno, transcendante ?

La musique électro est un terme très vaste, regroupant des sous catégories comme la house, l’ambient, mais aussi la techno. Arrivée en 1988 aux Etats-Unis, cette dernière connaît une véritable évolution, jusqu’à devenir aujourd’hui l’un des styles les plus appréciés de la jeunesse avec le rap. Pourquoi ce choix de musique ? Serait-ce l’un de ces nombreux phénomènes sociaux de mode, condamnés à un succès intense mais limité ? Peut-on expliquer scientifiquement cette attraction ?

L’histoire de la techno commence à Détroit. Caractérisée par des mélodies sombres, un abandon quasi total de la voix et une structure musicale répétitive, elle apparaît principalement, mais non exclusivement, par le label Underground Resistance, un collectif de producteurs, de musiciens, et de DJ. Par un anonymat revendiqué, ils portent en eux une volonté de changement en prônant la révolution sonore, et l’expérimentation. En France, cette musique est marginalisée à ses débuts et ce pendant plusieurs années, trop souvent associée aux raves parties. Petit à petit, elle réussit à s’imposer en tant que genre à part entière, pour être aujourd’hui à la source de nombreux événements ; la techno s’apprécie aussi bien dans les clubs que lors de grands rassemblements comme les festivals, ou la Techno Parade.

Les plus nombreux à se laisser porter par les « beats » et les « basslines » de la musique techno sont de loin les jeunes. Selon les chiffres de l’INSEE, 54% des 15-24 ans en écoutent, soit une personne sur deux. La suite est prévisible, il y a une baisse de popularité ; pour les personnes comprises entre 35 et 64 ans, seules 8% d’entre elles continueront à se perdre dans le rythme entêtant et répétitif de la techno. Gaël, père de famille quinquagénaire, tente d’expliquer cette chute de popularité : « Quand j’étais jeune, la techno n’existait pas, mais il y avait le disco, qui était très apprécié. On dansait dessus toute la nuit dans les discothèques. Puis, en vieillissant, on cesse de côtoyer les boites, de par le travail et la vie familiale. Aujourd’hui quand j’entends une vieille musique disco à la radio, je me rappelle ce bon temps avec nostalgie, tout en me disant que c’est une période révolue car, selon moi, destinée à un âge encore insouciant où l’on peut se permettre de danser toute la nuit ». Alors la popularité de la techno serait-elle fondée sur une envie d’appartenir à un groupe social davantage que sur un véritable plaisir auditif ? 

Titouan, jeune DJ parisien, dément cette idée. « Si au début ça peut s’apparenter à une envie de faire comme tout le monde, de faire comme si on était en marge de la société, ça peut par la suite devenir un véritable plaisir personnel. » Il reconnaît néanmoins que la techno se transforme de plus en plus en véritable business, au détriment de l’authenticité de la musique originale de Détroit, et le déplore. Si certains genres de musique font passer un message politique, notamment via le chant, comme le rock, le reggae ou encore le rap, Titouan explique qu’avec la techno c’est davantage une question de ressenti, le but premier étant de réunir l’humanité pour la faire danser et faire ressortir toutes ses émotions enfouies le temps d’un mix.

 Dans un monde actuel pressé et à bout de souffle, l’écoute d’une telle musique peut-elle réellement favoriser la décontraction ?

Des études neuroscientifiques menées ces dernières années ont montré que le tempo propre à la techno accélérait le métabolisme de l’auditeur. Mais cette accélération physique ne serait pas un antagonisme de bien être pour autant. Finalement peu importe combien la musique écoutée dans le casque peut être bruyante, violente, trop rapide et pressante, puisqu’elle est très personnelle. Certains trouveront un véritable havre de paix dans le métal, quand d’autres trouveront la techno trop stressante car répétitive. Pour certains auteurs spécialisés en neuropsychologie, nos choix de musiques ne seraient en réalité que des dérivés de ce que nous avons entendu dans le ventre de notre mère. L’attraction pour un tel style de musique ne peut donc s’expliquer que par nos expériences personnelles, et non par la science ; si une partie du cerveau est bien stimulée lors de l’écoute d’une musique, elle restera la même que ce soit pour du jazz ou pour de la techno. Elle sera seulement plus ou moins élargie selon l’amour que l’auditeur porte pour la musique.

 

 Astrid Gautret