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Paris et le développement durable, où en est-on ?

Le développement durable et le changement climatique sont des sujets souvent évoqués, mais qu’en est-il pour notre capitale ? Comment Paris aborde ces problématiques ? Quels sont les projets et mesures prises à l’aube notamment de la COP21[1]  ?

Jean-Baptiste Lebrun a accepté de répondre à nos questions dans son bureau à la mairie de Paris. Il est le conseiller technique de Celia Blauel adjointe Europe écologie les verts à la mairie de Paris en charge notamment du développement durable, de l’environnement et du Plan climat Energie territoriale qui définit les politiques de la ville en matière de développement durable.

Le premier Plan Climat-Energie a fixé la politique environnementale de la ville. Il a été initié en 2004 et adopté en 2007, quel bilan 10 ans après ?

Dans un certain nombre de secteur, notamment le bâtiment, on peut observer une baisse en terme d’émission de gaz à effet de serre, elles ont baissé de  près de 8% entre 2004 et 2009 et rejettent 5 760 000 millions de tonnes de Co2 contre 165 000 millions de tonnes pour l’industrie en hausse de 7% sur cette même période. Le plan climat s’est bien installé dans le cadre politique parisien. Il se traduit par des mesures de réaménagements des logements sociaux pour une meilleure performance énergétique, à travers l’isolation thermique, mais aussi l’installation d’équipements produisant des énergies renouvelables. D’autres secteurs sont concernés comme les transports à travers le Velib ou l’Autolib, les espaces verts, l’alimentation ou encore la consommation. Mais les politiques de transformation de la ville prennent du temps. Pour la rénovation des logements par exemple, le temps d’imaginer le projet, trouver les fonds et mettre en place un programme d’aide, jusqu’à la fin des travaux, il peut s’écouler entre 5 et 6 ans. Ce sont des politiques de long terme avec la conscience de l’urgence de ces changements climatiques.

Pourquoi les enjeux sont-ils si importants pour Paris ? Y a-t-il vraiment urgence à changer nos comportements ?

Les résultats des études menées par  l’institut de développement durable et des relations internationales  exposent les contributions des 21 pays de la COP211 aux mesures en faveur du développement durable. Leurs conclusions montrent que les efforts actuels permettent de faire stagner les émissions mais pas encore de les faire baisser. Nous devons prendre des décisions dès maintenant pour pouvoir atteindre les objectifs fixés à l’horizon 2030. L’urgence est aussi de faire face à une baisse des ressources, une hausse des prix des énergies fossiles et une aspiration à vivre dans un environnement plus sain, notamment à travers les crises sanitaires de pollution de l’air.

Quels sont les prochains projets à attendre dans le prochain Plan Climat-Energie de 2017 ?

Poursuivre et amplifier le travail est le premier objectif mais aussi rénover les logements, proposer d’autres solutions que la voiture diesel et essence, développer les énergies renouvelables.

Les changements seront surtout institutionnels : depuis cet été, avec la loi de transition énergétique, les compétences en matière d’environnement sont homogénéisées à l’échelle intercommunale ». Les directives en matière d’environnement sont désormais unifiées entre les communes. Avec la loi Notre, la métropole du grand Paris élabore ses propres plans climatiques métropolitains qui s’appliquent à une échelle plus large et guide la politique de la métropole parisienne.

Comment imaginez-vous le Paris de demain ? Quels rôles auront à jouer les parisiens dans cette transition verte ?

Le Paris de demain sera avant tout adapté aux changements climatiques. Nous devrons savoir réagir à des vagues de chaleur ou de froid plus fréquentes et plus intenses, à des éventuels manques d’eau ou d’énergie de façon ponctuelle. Il sera également nécessaire de rénover le paysage urbain, ces changements passeront par une reconquête de l’espace publique à travers une plus grande végétalisation, le développement de l’agriculture urbaine, en exploitant les toits des immeubles par exemple. En un mot, il faudra ramener de la nature en ville.

C’est aussi aux parisiens de choisir la future image de leur ville. Un réel changement des modes de vie individuels devra s’opérer. Il s’agit d’un travail d’association des citoyens à un mode de vie plus agréable dans la logique d’un développement durable. 

Quel(s) secteur(s) sont les plus difficiles à réformer ?

 La ville à un levier d’action directe sur ses propres infrastructures. Aussi, la difficulté se situe surtout dans le secteur privé. Dans les faits, rénover un bâtiment comme une école ou une administration présentera peu d’entraves, alors que pour le secteur privé il existe peu de leviers politiques. Les mesures pour la rénovation du parc tertiaire tout comme le secteur du transport des marchandises sont limités à de la coordination d’initiative et de l’incitation.

Cependant les choses tendent à évoluer. La chartre action climat cherche à formaliser les engagements en terme de développement durable pour les grands acteurs économiques privés de la métropole. Cette charte met en commun les initiatives de chaque acteur pour coordonner l’effort. Signe encourageant : le nombre de signataires a doublé rien que cette année.

Paris est-il dans les temps sur les questions environnementales ?

Paris n’a pas à rougir, elle est dans le peloton de tête des collectivités européennes au regard des moyens politiques, financiers mais aussi humains appliqués à cette tâche.

Cependant, les émissions de gaz à effet de serre de la métropole Parisienne ne baissent pas assez rapidement par rapport  aux injonctions des scientifiques. Tout l’enjeu de ces politiques et d’aller aussi vite que la société le permet, il reste du chemin à faire mais Paris est en bonne voie.

 

Propos recueillis le 27 octobre 2015.

 

Henry du Basty

 

[1] COP 21 : Conférence internationale sur le climat qui réunira à Paris du 30 novembre au 11 décembre 2015 près de 200 Etats. Elle a pour objectif de prendre des engagements en faveur du développement durable.