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« DAECH : naissance d’un état terroriste ».

Le bilan des attentats du 13 novembre dernier fait état de 130 morts et 352 blessés. Ces attaques barbares ont été revendiquées par Daech, l’organisation terroriste la plus importante au monde. Comment est-elle née ?  Deux journalistes répondent à cette question dans un reportage diffusé sur Arte le 21 novembre dernier.

Jérôme Fritel et Stéphane Villeneuve ont mené l’enquête en Irak, pendant un mois durant l’année 2014. En faisant appel à des témoignages d’experts, et des personnes ayant eu à travailler, consciemment ou non, pour le groupe terroriste, ils proposent une chronologie et une analyse complète de l’Etat Islamique.

Al-Qaïda, la véritable source de Daech

Le documentaire débute avec des images des attentats du 11 septembre 2001 puis  celles de la promesse de Barack Obama d’éradiquer Al-Qaïda. Lorsque les américains quittent Bagdad en 2011,  Al-Qaïda est quasiment rayée de la carte irakienne. Les troupes abandonnent la sécurité du pays à l’armée nationale, ainsi que plusieurs millions de matériel de guerre. L’euphorie de la victoire est de courte durée, car dans l’ombre Daech prépare sa revanche. A ce moment-là, l’organisation porte le nom d’état islamique d’Irak et se compose d’anciens membres du réseau salafiste qui se sont rencontrés dans les prisons américaines d’Irak, foyer de radicalisation.

A sa tête se trouve Abu Bakr Al-Baghdadi, un ancien étudiant en théologie qui a quitté l’Irak, pour venir étudier la loi islamique à Bagdad. Au départ proche des frères musulmans et de la pensée salafiste, c’est lors de ses séjours en prison qu’il se radicalise et se laisse endoctriner par Al-Qaïda. Il y sera aussi recruté par d’anciens officiers de Saddam Hussein. Alors que ces deux groupes s’opposent, une alliance naît contre l’ennemi commun, les américains et leur allié le gouvernement chiite. C’est ce pacte qui est à l’origine de Daech.

La guerre civile en Syrie, le lancement d’une entreprise terroriste

Lorsque la guerre en Syrie éclate, Daech n’est qu’une startup du terroriste. Pourtant en 2011, Abu Bakr Al-Baghdadi décide d’ouvrir une branche de son organisation à Rakka. Officiellement venue affronter l’armée de Bachar el-Assad et sauver la population, son ambition est tout autre. Il veut imposer son mouvement au sein des multiples bandes rivales qui forment l’opposition. Daech installe son quartier général à Rakka, et dévoile son autre visage, celui de la dictature. Les exécutions et les scènes de violence se multiplient, elles sont destinées à marquer psychologiquement et à soumettre les populations.

La prise de Mossoul en Irak et la formation d’une armée

En toute discrétion, Daech noue des alliances secrètes à Mossoul, ce lui permet d’avoir une implantation très forte dans la région et de faire tomber la ville en quelques heures. L’organisation met la main sur un arsenal de guerre dernier cri laissé par les américains, estimé à plusieurs millions de dollars, ainsi que sur la banque centrale et ses 200 kg d’or.

C’est à cette occasion qu’Abu Bakr Al-Baghdadi dévoile son grand projet politique, celui du retour du califat  islamique, aboli il y a plus d’un siècle. Il prend alors le nom de Calife Ibrahim et demande à tous les musulmans sunnites de lui prêter allégeance.

Daech est omniprésent !

A cheval sur la Syrie et l’Irak, Daech contrôle un territoire grand comme la moitié de la France. Elle regroupe 10 millions d’habitants et 40 000 combattants. L’organisation est reliée au monde extérieur par l’unique poste de frontière situé au Nord de l’Irak à Maktab Khalid. Les portes sont ouvertes tous les jours de 7h à 17h aux seules personnes autorisées par Daech à aller s’approvisionner à Kirkuk, la grande ville voisine. La hantise des kamikases est permanente, la fouille est rendue obligatoire. En zone libre, rare sont les femmes qui osent montrer leur visage, la population se méfie.

Des campagnes de communication dignes d’une production hollywoodienne

Les dirigeants parviennent à convaincre des jeunes sunnites déçus par les échecs des printemps arabes de rejoindre leur troupe. Des hommes en noir diffusent sur Internet, des œuvres de propagandes, dans lesquelles ils célèbrent la naissance de leur état. Ils inventent un slogan de campagne pleins de promesse « Baqiya : l’état islamique restera ». Dès qu’un point stratégique ou une ville est prise par les djihadiste, une vidéo est tournée et diffusée à grande échelle,  comme un outil marketing.

2000 milliards d’euros !

Si l’état islamique était sur le marché, il vaudrait 2000 milliards d’euros . Depuis le début ses dirigeants obéissent à une logique économique, ils diversifient leurs sources de financement, commercialisent leur richesse en dessous du marché, et alimentent de puissants réseaux de contrebandes. L’objectif du califat  est de se vendre comme une alternative crédible au gouvernement corrompu. 82% de ses revenus provient de ses propres ressources : pétrole, cultures agricoles, gisements de gaz et réserve naturelle de phosphates. Daech contrôlerait 10% de la production de pétrole Irakienne et 60% de la production Syrienne, un chiffre d’affaire estimé à 500 000 et 1 millions d’euros par jour uniquement pour le pétrole.

Daech un hybride entre un  état et une organisation terroriste

Daech est divisée en plusieurs gouvernements. Elle possède sa propre police locale, un organisme de sécurité interne et un bureau des médias. Tout remonte au gouverneur, lui-même à l’adjoint d’Abu Bakr Al-Baghdadi. L’organisation est rusée, elle recrute des civils, ingénieurs, médecins, techniciens, à qui elle offre des salaires intéressants. Chaque jour, elle crée de nouvelles taxes, et des stratagèmes pour la population. Elle contrôle l’activité des banques et aurait annoncé la création de sa monnaie locale indexée sur le cours de l’or. Chaque année, Daech publie son rapport d’activité : nombre de meurtres, d’attentats à la voiture piégée, d’opérations kamikaze, ou de villes nettoyées des infidèles. 

Peut-on lutter contre l’armée de Daech ?

Daech est aujourd’hui la marque internationale adoptée par tous les mouvements islamistes. Le drapeau noir devient le signe de ralliement de tous les desperados du terrorisme. Portée par la propagande et la haine, il se rêve en avant-garde comme un état divin, créée pour dominer le monde.

Puissance de destruction, Daech est incapable d’incarner la reconstruction. Jusqu’ici, Daech s’appuyait sur les populations sunnites abandonnées par leur gouvernement, mais sa politique sectaire et barbare vis-à-vis des minorités poussent les familles à fuir dans des camps de réfugiés.

La coalition internationale multiplie les attaques aériennes. Au sol, elle s’appuie sur les forces locales. La guerre menée par Daech a déjà détruit une partie de l’Irak et de la Syrie et provoquée des milliers de morts et de mouvements de population. Elle s’annonce encore longue et sanglante car l’organisation possède des moyens énormes et compte se battre sur tous les fronts. Au-delà de s’en débarrasser, il faudra surtout  éradiquer les pensées extrémistes et construire autre chose à la place.

Source :

https://www.enquetedereportages.com/daech-naissance-dun-etat-terroriste-03112015

Sophie Boursange