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Féminisme, Amour et Punk-culture : le Roller Derby.

Nous sommes le 21 novembre dans un gymnase de la Porte de Versailles à Paris, l’air matinal est glacial mais ne décourage pas les supporters venus voir le tournoi de Roller Derby qui va opposer les Paris Roller Girls aux Lutèces Destroyeuses ; principales équipes de Roller Derby parisiennes.

L’ambiance est chaleureuse, les spectateurs s’installent dans les gradins et attendent le début de la rencontre sportive qui va avoir lieu. L’événement a été annoncé sur la page Facebook des joueuses, car le Roller Derby a construit une communauté de fans principalement par le biais des réseaux sociaux. Ainsi, Fréderic Monier, Professeur d’anglais à Paris Descartes et commentateur de match passionné le reste de son temps, a découvert cette discipline avec internet. Toutefois, ce qui rend le Roller Derby unique c’est son caractère presque exclusivement féminin : organisatrices, staff, joueuses, et supporters sont majoritairement des femmes. Les deux équipes apparaissent en maillot et legging, cela contraste avec le film américain « Bliss » de Drew Barrymore dans lequel les joueuses arborent un style oscillant entre pin-up et catcheuse.

Le coup de sifflet est donné, les joueuses s’affrontent par équipe de 5, s’élancent avec force, en patin à roulette, sur une piste ovale. Dans chaque équipe l’attaquante dite la « jameuse » reconnaissable par l’étoile arborée sur son casque, doit dépasser l’équipe adverse qui forme un blocus sans se faire sortir de la piste. Puis, une fois le point marqué, elle refait un tour de piste et peut marquer des points à nouveaux pour chaque joueuse de l’équipe adverse dépassée. Si l’idée d’une discipline provocante voire « trash » ne convainc plus, le caractère violent ne fait pas toujours l’unanimité bien que les coups portés par les joueuses soient limités par la réglementation adoptée. Du coté des gradins, on scande les slogans des équipes « let’s go Paris Roller Girls » ou encore « impossible n’est pas Lutèce » et on encourage les joueuses par leur derby name : « barbie-creepy », « demi-déesse », «  virtuoz »… Un reste du folklore américain  pour le plus grand plaisir des spectateurs et des joueuses. Dans ce joyeux tintamarre où se mêlent aux commentaires des speakers, le grésillement des micros, le sifflement des arbitres et le bruissement des chutes, chantonne une voix qui déambule entre les rangées pour proposer des donuts colorés ou un café chaud.

Une des Lutèce Destroyeuses, m’explique que l’esprit d’équipe est important et qu’il ne doit pas y avoir d’individualisme. En effet, les joueuses ne doivent pas se contenter de disputer des matchs ou de venir effectuer des entrainements, leur investissement est tout autant requis sur la piste qu’à l’extérieure. Et cela, aussi bien pour l’accueil du public, la gestion de la buvette que la vente de produits dérivés à l’effigie de la ligue, à l’inverse de beaucoup d’autres sports, le roller derby a donc une organisation et un financement autonome. Une matinée suffit à comprendre que le Roller Derby ce n’est pas seulement des minishorts, du maquillage, des coups et des revendications politique ; bien sûr c’est un aspect essentiel et déterminant de ce sport féminin, mais sous les hématomes et les bas résilles, on trouve une grande tolérance. Ici peu importe l’âge, le poids, la taille ou l’orientation sexuelle, aucune des joueuses ne se ressemble. Elles portent le même logo sur leurs tenues et défendent les mêmes valeurs. Chacune est indispensable.

Une ambiance familiale, de la solidarité et de l’amitié dans un esprit 100% Do It Yourself ;  le temps de quelques heures de découverte d’un sport  « rock and roll »  arrivé à Paris en provenance du Texas.

 Alizée Milicia

Encadré :

Historiquement, le Roller Derby est un sport d’équipe qui apparaît aux Etats-Unis dans les années 30, mais c’est dans les années 2000 qu’il connaît une véritable renaissance.En premier lieu, un puissant mélange issu de la troisième vague du féminisme, et d’une éthique punk-rock, plus qu’un sport le Roller Derby devient un mode de vie. C’est ensuite le film « Bliss » réalisé par Drew Barrymore, mettant en scène une jeune adolescente de l’Amérique puritaine au Texas, qui abandonne les concours de beauté imposés par sa mère pour prendre son indépendance grâce au Roller Derby, qui achève de convaincre les hésitantes.Cela marque le début d’une augmentation croissante du nombre de ligues créées chaque année, on en compterait plus de 400 aujourd’hui réparties dans le monde. Car le Roller Derby est loin d’être un phénomène de mode, entre sport et spectacle c’est un show de sport extrême qui est proposé et qui fait de plus en plus d’adepte si bien qu’en décembre 2010, la Fédération internationale de roller sport, une filiale du Comité international olympique reconnait le roller derby comme un sport légitime.