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L’avis de banlieue.

Certaines villes de banlieue ont mauvaise réputation, elles font souvent peur aux gens de l’extérieur. Mais heureusement, cette réputation ne correspond pas toujours à la réalité. Gennevilliers en est un exemple.

Jeudi soir, 22h, je rentre chez moi. Arrivée presque au bout de la ligne 13, j’entre en banlieue parisienne, Clichy puis Gennevilliers. Les gens sont sortis petit à petit, il ne reste plus grand monde dans le métro. Je sors à Gabriel Péri, et je me dirige vers la Cité Rouge. Décembre, il commence à faire froid, il a plu, les lampadaires font reluire le sol et il n’y a pas un chat. Quand je traverse la Cité Rouge, trois jeunes parlent sur le trottoir, jogging/casquette. Ils me regardent passer sans plus d’intérêt que ça. J’arrive sur une place, des mecs trainent, certains me regardent passer, d’autres ne tournent même pas la tête. Une vingtaine de mètres plus loin je suis chez moi, saine et sauve comme tous les soirs depuis que j’habite à Gennevilliers, c’est à dire toujours.

J’ai interrogée, pour savoir si je n’étais pas seule à penser ça, plusieurs personnes qui vivent à Gennevilliers depuis toujours. Dounia et Albane ont accepté de répondre à mes questions. Voici leurs réponses :

 

Est ce que vous vous sentez en sécurité à Gennevilliers ?

Dounia : « Dans mon quartier, je connais à peu près tout le monde, donc je n'ai pas vraiment peur quand je sors, mais il m'est déjà arrivé de me faire agresser par rapport à la façon dont je m'habillais par des religieux de la mosquée du port de Gennevilliers. Pour autant, je n'ai pas peur de me balader seule dans la ville, même si je sais que la sécurité n'est pas maximale. »

Albane : « Oui, je me sens en sécurité, et je rentre seule le soir sans problème. Il y des bandes qui trainent, et quand tu le sais, que tu as des potes qui se sont fait rackettés, tu appréhendes un peu … Mais au final j’ai jamais eu de soucis, le pire qu’il peut arriver c’est des mecs qui t’embêtentun peu, genre « eh mademoiselle ». Mais sinon je n’ai pas de problème pour rentrer toute seule. »

 

Est ce que vous avez vu une différence ces dernières années ?

Dounia : « Non pas vraiment. Enfin, je trouve qu'il y a moins de jeunes en bande qui traînent, du moins près de chez moi, et c'est assez rassurant surtout le soir. »

Albane : « Maintenant je suis plus grande, donc ça me fait moins peur de me balader seule, avant ça me faisait peur parce que ma mère s’était faite malmener et que quand tu es enfant, on te dit toujours de faire attention. Mais plus tu vieillis,  plus tu expérimentes le fait de rentrer toute seule et tu sais qu’en fait ça ne pose jamais problème. À mon sens, la sécurité est la même, il n’y a pas eu d’évolution. »

 

À Paris vous avez moins peur qu’à Gennevilliers ?

Dounia : « Dans le métro la nuit, il y a vraiment des gens bizarre, et la plupart des gens qui viennent te parler, c'est pour te draguer. C’est particulièrement vrai dans le métro mais aussi bien à Gennevilliers qu’à Paris. »

 

Et il y a des quartiers qui vous font plus peur que d’autres ?

Albane : « Peur je sais pas, après j’irais pas me balader toute seule dans le Luth mais je pense que c’est parce que je n’y vis pas, je ne pense pas que ça craigne plus que les Agnettes ou les Grésillons, c’est juste que quand tu n’y vis pas et que tu n’as pas l’occasion d’y passer, cela crée des appréhensions. »

Nina Audinet

Encadré :

Gennevilliers est une ville où la délinquance est plus élevée que dans d’autres communes. Si l’on compare les chiffres de la délinquance de Gennevilliers et de St Cloud, deux villes des Hauts-de-Seine, on voit bien une différence. A St Cloud en 2011, la Direction Centrale de la Police Judiciaire dénombrait 9 cas de criminalité organisée et de délinquance spécialisée, tandis qu’à Gennevilliers elle en dénombrait 27. Elle dénombre aussi un fait de trafic de stupéfiant à St Cloud, et 6 à Gennevilliers. Mais même si ces chiffres sont effectivement plus importants qu’ailleurs, ils ne rendent pas compte de la vie de tous les jours de la population. Et on oublie parfois de parler des faits positifs en banlieue. L’association Ô’Crescendo, en juillet dernier, organise l’Iftar des voisins  dans la Cité Rouge aux Grésillons. L’association rassemble les habitants de la cité pour rompre le jeûne du ramadan ensemble. Tout le monde peut y participer. Une autre idée de la banlieue en somme : des moments de partage et de rassemblement plutôt que de la peur.