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Le masculinisme.

Les premiers mouvements féministes apparaissent en France au milieu du XIXe siècle. S’en suit alors toute une problématique autour de la question du genre et de la place de la femme dans la société occidentale. Mais qu’en est-il de la place de l’homme au sein de nos sociétés ? Existe t-il des mouvements ayant pour but de défendre les droits des hommes et sont-ils fiables ?

Le masculinisme est un mouvement créé par des hommes et pour les hommes. Il se développe d’abord au Québec avant de faire quelques partisans en France et en Belgique. Il s’est construit en réponse aux mouvements féministes contrairement à ce que déclarent ses militants. Le masculinisme peut se confondre avec le terme d’ « homisme » qui lui est d’ailleurs préféré par les partisans. En effet, le terme de masculinisme a été introduit par une féministe afin de prévenir d’un « nouveau » regroupement d’hommes. Les premiers groupes de type « masculinistes » se forment à l’époque des revues Playboy et Penthouse dans les années 50. Revues très célèbres pour leurs clichés photographiques de femmes nues incarnant le fantasme de riches américains. On retrouve dans ces revues des articles dénonçant le partage des biens inégalitaires après le divorce, le paiement des pensions alimentaires exorbitantes ou encore le témoignage de pères divorcés victimes de leur ex-conjointe. Les masculinistes partent du postulat que les hommes seraient susceptibles, comme les femmes, de vivre des discriminations et des inégalités dues à leur genre. Ils affirment que certains hommes seraient victimes des excès de leur femme ou ex-femme et qu’ils seraient prisonniers du système matriarcal en ce qui concerne la garde les enfants. De ce fait, ils ne reconnaissent pas la discrimination qui est faite aux femmes en termes de violences conjugales ou d’inégalités dans le travail.

Dénoncer la construction du genre masculin...

L’une des revendications du mouvement « fathers4justice » (voir encadré) concerne la garde des enfants après le divorce. En effet, dans la société dans laquelle nous vivons, il est logique de considérer les rapports hommes/femmes comme des rapports de domination du genre masculin sur le genre féminin. Les mouvements féministes ont d’ailleurs été les précurseurs dans l’adoption d’une vision de la société reposant sur la domination d’un genre – masculin – sur un autre – féminin. Alors, il est vrai qu’il est difficile de penser les rapports sociaux de genre de façon objective, comme l’expliquait Bourdieu : « Etant inclus, homme ou femme, dans l’objet que nous nous efforçons d’appréhender, nous avons incorporé, sous la forme de schèmes inconscients de perception et d’appréciation, les structures historiques de l’ordre masculin ; nous risquons donc de recourir, pour penser la domination masculine, à des modes de pensée qui sont eux-mêmes le produit de la domination ». (Pierre Bourdieu, « La domination masculine »).

Les mœurs se libèrent, on commence à voir de plus en plus de femmes occuper des postes à hautes responsabilités et la sexualité des femmes est envisagée de façon beaucoup plus libre (en tous cas dans les grandes métropoles). On remarque tout de même que les hommes restent enfermés dans ce que la construction sociale du genre masculin attend d’eux. En effet, selon le site fathers4justice  un enfant sur trois vit sans père en Grande-Bretagne. Souvent on considère la mère plus apte à s’occuper de l’enfant puisque c’est elle qui l’a mis au monde. Il est aussi courant de constater que le viol masculin et les violences faites aux hommes sont très peu pris au sérieux dans nos sociétés, or ils existent bel et bien. Selon le site Slate.fr  « Après avoir interrogé 40.000 foyers sur le viol et la violence sexuelle, l'enquête trouvait que 38% des victimes déclarées étaient des hommes. » Le nombre de clichés concernant les hommes pourraient s’allonger : un homme ne doit pas pleurer, un homme doit être fort, un homme doit gagner de l’argent, un homme ne doit pas montrer ses sentiments... Bien évidemment le phénomène n’a pas la même ampleur en ce qui concerne les hommes et les femmes, mais il faut considérer le problème de la construction sociale de chacun des genres : l’idée de ce que doit être un homme et une femme sont deux constructions mentales. L’homme et la femme sont deux concepts entourés de normes, d’idéologies et de prénotions crées par la société. Le système de domination est le produit de la confrontation de deux idéologies que l’on impose comme modèle aux individus. C’est l’imposition de ces modèles sociaux qui poussent l’homme et la femme à se considérer comme homme ou femme avant tout et d’une certaine manière, à perpétuer cette domination d’un genre sur l’autre.

Les dérives extrémistes du mouvement

Si l’idée de fond est bonne, le mouvement est mal organisé, se perd ou se trouve ternit par les côtés extrémistes de certains sous-groupes comme le démontre ce site internet .

Parmi les nombreux sujets abordés on y trouve des vidéos sur la violence conjugale qui serait, je cite « un mythe, une question privée ou bien la faute des femmes ». On peut y voir des « scientifiques » affirmer que la plupart des affaires conjugales reposent sur de fausses déclarations de la part des femmes dans le but d’exercer un contrôle mental sur l’homme. Ces pseudo savants estiment également que l’état ne devrait pas prendre partie dans ce genre d’affaires qui relèvent de la sphère privée. Un peu plus loin on peut lire : « Viol, inceste, pédophilie : Les hommes toujours innocents et les femmes coupables (de mensonge au moins...). Et surtout le fameux syndrome d’aliénation parentale »... Quelques intellectuels auto-proclamés s’insurgent du placement sous la même coupe du viol et « d’attouchements sexuels beaucoup plus anodins » ou encore du traitement horrible que la société inflige aux pédophiles. Le syndrome d’aliénation parentale est développé selon le principe qu’il existerait un « parent favori ». Lors des séparations, 90% des abus sexuels déclarés par les enfants résulteraient d’un lavage de cerveau exercé par la mère sur l’enfant. Le père violeur serait donc toujours innocent. L’adage de Ralph Uderwager, pasteur et philosophe américain, selon lequel « il est préférable qu’un millier d’enfants dans des situations d’abus ne soient pas découverts qu’une personne innocente soit condamnée par erreur » vient appuyer le fait que certains groupes masculinistes utilisent le syndrome d’aliénation parentale comme un instrument pro-pédophile.

Le mouvement masculiniste tel qu’il existe aujourd’hui ne doit pas être considéré comme une réponse valable au féminisme. La différence entre les sexes reste beaucoup plus inégalitaire en ce qui concerne les femmes. En revanche, il est important de prendre conscience chaque genre est bien le fruit d’une construction appuyée sur nos représentations.

Les hommes comme les femmes sont prisonniers de ce que la société leur impose. Il est donc important de changer le regard que nous portons sur l’autre et de ne pas oublier que le genre ne définit par l’humain.

Marie Payraud

Encadré :  Fathers4justice

 À ce jour, l’un des mouvements les plus connus est celui des « fathers4justice » qui s’est créé au Canada et qui explique sa mission à travers les 9 commandements suivants (traduits de l’anglais au français) :

1/ Stopper le laxisme paternel et contrer le cancer que représente la famille décomposée.
2/ Assurer à tous les enfants une relation significative et affectueuse avec leur père.
3/ Assurer aux pères un droit de garde légal à 50% avec la mère.
4/ Protéger enfants, pères, grands-parents ou tout autre membre de la famille de traitements cruels et dégradants qui peuvent résulter d’une séparation forcée (de la part de la mère avec le père).
5/ Ouvrir la porte des jugements à huis-clos et obtenir une justice ouverte et sécurisée pour tous avec l'introduction "d'un devoir de sincérité", l'examen minutieux des faits, la transparence et le règlement des jugements rendus.
6/ Stopper la discrimination du père à propos de la garde de l’enfant. La garde de l’enfant devrait impliquer un support émotionnel et financier avant tout.
7/ Arrêter la diabolisation et le dénigrement des hommes en société.
8/ Lancer une enquête publique dans le système de justice familial dirigé par Bob Geldof.
9/ S'engager dans la réforme immédiate et radicale du système de justice familial entier incluant une nouvelle déclaration de Droits et de Responsabilités pour les familles, basées sur notre « Plan de la Loi Familiale ».