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Bibliothérapie : la voie du mieux-être par le livre.

Les français ne sont plus les plus gros consommateurs d'antidépresseurs dans le monde. Mais ce n'est pas pour autant que leur santé mentale s'améliore : la consommation de psychotropes ne cesse d'augmenter, elle le fait juste moins vite que dans certains pays. Après les attentats contre Charlie Hebdo de janvier 2015, les ventes d'anxiolytiques et de somnifères  ont augmenté de plus de 18%. Cette béquille psychologique pourrait-elle être en papier au lieu de chimique ? C’est ce que l'on pense outre-Manche, où le bibliothérapie est une pratique reconnue. Peu développée en France, cette méthode attribue aux livres le pouvoir de soigner en plus de celui de divertir et de cultiver.

Qu’est-ce que la bibliothérapie ? Il s’agit d’utiliser le livre dans un but thérapeutique, comme un outil pour soigner. De nombreuses études ont été menées au Royaume-Uni, révélant des résultats prouvant son efficacité sur des troubles de la santé mentale légers à modérés : crises d’angoisse, de panique, anxiété, dépression, résultats menant à la reconnaissance de cette pratique jusque dans le milieu médical. 

Née en 1916, dans un hôpital de l’Alabama, où une bibliothécaire va constater que les grands blessés de guerre qui lisent les livres qu’elle leur recommande se remettent mieux que ceux qui ne lisent pas, elle est pour ainsi dire ignorée en France par la médecine générale et la psychiatrie, mais commence à se faire connaitre malgré tout par certaines initiatives personnelles de bibliothécaires, coachs ou autres professionnels.

Qu'il soit question de soins psychothérapeutiques, de résoudre des problèmes personnels ou de dénouer les noeuds de l’âme, l’écrivain peut-être un thérapeute nous guidant sur le droit chemin. Mais comment choisir, sachant qu’un nouveau livre est publié toutes les trente secondes ? C’est là que peut nous aider le bibliothérapeute. Qui est-il ? Que fait-il exactement ?

 D’après Régine Detambel, à l’origine d’une des rares formations proposée en France dans ce domaine, il peut-être libraire, bibliothécaire, psychologue, psychiatre ou même simplement lecteur assidu et convaincu. C’est le cas de Lionel Aobdia, exerçant dans le sud-ouest de la France, qui est devenu bibliothérapeute presque par hasard, comme une évidence au fil de ses rencontres et lectures qui ont abouti à une formation lui permettant d’exercer ce mode de soin. Pour lui, le livre efficace est le bon livre lu au bon moment. Les raisons pour lesquelles les personnes sont en demande de consultation sont nombreuses : désir de changer de vie, rupture amoureuse, problèmes de motivation quotidienne, désir de donner un sens à sa vie, bref, toutes ces choses qui peuvent mettre le moral en berne.

 Lionel nous éclaire sur le déroulement de l’entrevue : elle peut avoir lieu en face à face, ou par Skype. L’entretien dure entre une heure et une heure trente durant lequel il va apprendre à vous connaitre, à connaitre vos attentes, vos motivations, vos goûts littéraires, vos failles avouées, vos questionnements. Deux jours plus tard, vous recevez une liste soigneusement choisie de 4 à 6 livres, le contrat moral étant que ce soit des livres que vous n’ayez pas lu. Il n’y a pas d’ordonnance immédiate, le professionnel se laisse le temps de réfléchir activement aux œuvres qu’il va vous prescrire avec une intention profonde.

Toutes les catégories de livres peuvent figurer dans cette liste, suivant vos goûts et l’instinct du prescripteur, de la littérature aux ouvrages de développement personnel, en passant par les bandes dessinées et certains auteurs parfois regardés de haut par une élite intellectuelle bien pensante. Pour Lionel, notre bibliothérapeute, point de snobisme : «  un bon auteur est un auteur qui fait du bien. On ne sait jamais ce qui va nous toucher. Les bons sentiments mis en avant dans ces livres, avec un sens de la narration plaisant, réconfortant et chaleureux peuvent être d’un grand réconfort dans des périodes où le brouillard est épais ».

 Le docteur Pierre-André Bonnet, auteur en 2009 de la seule thèse sur le sujet affirme que « les effets de la bibliothérapie peuvent être comparables à ceux d’une psychothérapie classique pour certaines pathologies comme la dépression ou les troubles anxieux ».

Montesquieu lui-même ne disait-il pas : « Je n’ai jamais eu de chagrin qu’une heure de lecture n’ait dissipé » ? Des sites comme YouTube regorgent de témoignages sur l’effet puissant qu’ont eu certains livres sur des personnes plus ou moins connues. Pourquoi laisser dormir ce trésor qui est à portée de nos mains ? Faire appel à un bibliothérapeute pourrait fort bien nous donner des indications précieuses sur l’endroit où nous devons commencer à creuser.

 

Stéphanie Pascart