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Larmes nucléaires !

Le 6 janvier dernier, la Corée du Nord a fait savoir au reste du monde qu’elle faisait partie à son tour des grandes puissances nucléaires, ayant fait exploser avec succès une bombe à hydrogène, autrement appelée bombe H, sur son site de tests nucléaires. Bien qu’il s’agisse seulement d’un test, il reste néanmoins condamné par la communauté internationale, sceptique et nerveuse face aux catastrophes qu’une telle arme peut provoquer.

L’histoire de l’arme nucléaire commence dans les années 1940, aux Etats-Unis. Avec la participation du Royaume-Uni et du Canada, les chercheurs américains menèrent un projet de recherche, appelé Projet Manhattan, qui produira la première bombe atomique. Dans les deux décennies à suivre, plusieurs autres pays vont développer l’arme nucléaire, tels que l’Union Soviétique en 1949, le Royaume-Uni en 1952, la France en 1960, ou encore la Chine, en 1964.

La dangerosité d’une telle arme est vite appréhendée lors des bombardements d’Hiroshima et de Nagasaki les 6 et 9 août 1945 par les Etats-Unis. Une nouvelle image de la puissance étatique apparaît alors ; posséder l’arme nucléaire signifie être craint par les autres pays, et donc être respecté. Pour cette raison, il était évident que durant la guerre froide l’Union Soviétique chercherait à posséder cette précieuse arme, pour étendre davantage son empire.

Dans un rare mais précieux climat de détente, les deux superpuissances négocieront une réduction de leurs armements respectifs, par les accords de SALT (Strategic Arms Limitation Talks) en 1972. Mais c’est principalement grâce à la création en 1957 de l’Agence Internationale de l’Energie Atomique (AIEA), sous l’égide de l’ONU, que l’usage des armes nucléaires se verra limité. En effet, cette agence a pour fonction de limiter le développement des usages militaires de l’arme nucléaire. L’élaboration d’un traité visant à garantir la non-prolifération des armes nucléaires semblait donc être la suite logique de la création de l’AIEA. Elaboré à l’initiative des Etats-Unis et de l’Union Soviétique, il entre en vigueur en 1970, avec quarante autres états signataires, et reste toujours d’actualité, bien que la liste des états membres se soit considérablement allongée. Cependant, tous les états ne sont pas dans le programme du traité de non prolifération, comme l’Inde. Il n’y a aucun contrôle possible sur de tels pays.

 Le second problème concerne les pays qui sont sensés faire partie du traité, mais qui ne communiquent pas suffisamment d’informations sur leur situation militaire, comme la Corée du Nord, avant qu’elle ne se retire du traité en 2003, ou l’Iran, soupçonné il y a quelques années d’avoir un programme nucléaire militaire clandestin. Ce traité de non prolifération n’est donc pas infaillible. La Corée du Nord n’étant plus tenu de ses engagements, l’idée qu’elle puisse détenir aujourd’hui une bombe capable d’anéantir un pays effraye ses principaux rivaux, les Etats-Unis, la Corée du Sud, la Chine, mais plus globalement le monde entier. Mais que sait-on réellement sur la Corée du Nord, et sur ses ambitions militaires ?

Suite à la dislocation de l’URSS et à une série de catastrophes naturelles faisant de nombreux morts, un régime communiste, de type stalinien, est mis en place par Kim Jong-II en Corée du Nord. Entre culte de la personnalité et oubli notable des droits de l’homme, elle est le pays le plus militarisé du monde. Depuis le 9 octobre 2006, suite à des essais concluants sur la bombe atomique, elle cherche à développer son programme nucléaire davantage. Cependant, ses essais font débat entre les juristes internationaux, beaucoup estimant qu’il y a eu vice de forme sur le retrait de la Corée du Nord du Traité, et que celle-ci reste toujours tenue de ses engagements.

Dix ans plus tard, la menace s’amplifie. Il y a quelques semaines, la Corée du Nord a déclaré avoir fait des tests concluants sur la bombe à hydrogène, aussi appelée bombe thermonucléaire. Bien que le séisme causé par l’explosion de cette bombe était d’une magnitude importante (4,5 sur l’échelle de Richter), rien ne prouve scientifiquement qu’il s’agissait en effet d’une bombe H. Comment distinguer les bombes à hydrogène des bombes atomiques ? Un étudiant de Polytechnique a accepté de répondre à cette question. « La bombe atomique utilise comme principe la fission de l'atome, soit une réaction en chaine incontrôlable, qui produit une explosion monstrueuse. Si elle est moins dangereuse que la bombe à hydrogène, sa réaction en chaîne produit cependant des noyaux, plus légers certes, mais radioactifs, donc dangereux pour l’homme. La bombe H utilise la fusion comme principe, c’est à dire que tu prends deux noyaux atomiques légers, et tu les assembles. Bien évidemment, puisqu’il s’agit de deux noyaux atomiques, l’explosion sera doublée de puissance. Mais « l’avantage » de cette bombe, c’est qu’en contrôlant le nombre de noyaux tu peux théoriquement contrôler le radius et la puissance de l'explosion ». 

Dans ce climat de crainte, il vaut mieux croire en la rationalité de la nature humaine, plutôt que de partager la pensée du philosophe Hobbes, qui considérait que « l’homme est un loup pour l’homme ».

 

Astrid Gautret