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Le naturisme, plus largement la nudité, et ses différentes significations.

Cette pratique est pour 51 % des français associée à la tolérance, mais cela n’a pas toujours été le cas. La nudité a souvent servi d’arme pour contrer des normes trop strictes ou encore pour affirmer et diffuser des valeurs. Or, notre rapport au corps est souvent culturel et défini socialement. Alors, a-t-on, à travers le monde, le même rapport au corps et à la nudité ? Et la nudité a-t-elle encore un sens dans une société ou le corps est surexposé ?

Qu’est ce que le naturisme ?

Le corps est depuis toujours un sujet étudié par les plus grands philosophes. Les premiers médecins étaient également philosophes et selon les « Œuvres médicales et philosophiques » de Galien  « le vrai médecin est en même temps philosophe ». Hippocrate, qui est aujourd’hui considéré comme « le père de la médecine », s’est lui aussi attaché à écrire de nombreux textes sur le corps. Vingt-cinq siècles plus tard, Michel Foucault écrira trois tomes de l’Histoire de la sexualité, où seront repris les nombreux préceptes des philosophes grecs.

Le naturisme ou nudisme, est l’une des pratiques qui est associée au corps. En effet, le mot naturisme est un dérivé étymologique de « nature », c’est le fait de vivre nu. Certains y voient seulement un plaisir occasionnel d’autres y associent un mode de vie, une philosophie.

C’est au début du XXème siècle que la pratique se démocratise. En 1920, le premier club naturiste français voit le jour : le Sparta Club, créé par un aristocrate breton, Kienné de Mongeot. Se développe ensuite de nombreux centres dont celui créé en 1949 par M. et Mme Lecoq, à Montalivet, en Gironde, appelé Centre Hélio Marin (CHM). Toujours en activité, plus de 12 000 s’y retrouvent chaque année pour profiter des joies du naturisme.

Le naturisme reste tout de même souvent associé au sentiment de liberté. Découvrir le naturisme, c’est se « libérer d’une société trop bien-pensante ». Le naturisme est donc une pratique contre-normative, « libératrice », ayant pour fonction d’augmenter le « bien-être ».

Cela reste néanmoins une pratique encadrée, réglementée et institutionnalisée. Le principal organisme est la Fédération naturiste internationale (FNI). La fédération propose, entre autres, l’organisation d’évènements et diverses communications autour du naturisme. On y compte plus de 32 pays parmi la Thaïlande, la Suisse, l’Autriche ou encore l’Espagne...

Néanmoins, il existe des spots prévus à cet effet. On peut compter, parmi les plus connus en France, le Cap d’Agde ou encore Leucate, lieux qui mêlent au naturisme le libertinage. L’Île du Levant est certainement le spot le plus connu en France, cette petite Île de la côte d’azur abrite de nombreux hôtels, campings, et plages où les plus fervents pratiquants peuvent venir se relaxer. Même si la nudité est aujourd’hui souvent associée à un retour à la nature et à la liberté, elle a aussi souvent été l’arme des plus contestataires.

 Le corps : une arme puissante

Quand on pense à la nudité, on a tendance à penser au mouvement hippie apparu dans les années 60. Connus pour leurs cheveux longs et leur mode de vie pacifique, ils ont souvent été les premiers à démocratiser la nudité. Un bel exemple est celui du festival de Woodstock en août 1969, où près d’un demi-million d’amateurs de musique étaient venus se rejoindre pacifiquement pour vivre un week-end de liberté extrême. En ce lieu émancipateur, la nudité y était presque logique pour certains, en totale communion avec l’atmosphère libératrice.

Un autre exemple plus actuel est celui de la Gay Pride, manifestation qui prône l’égalité pour toutes les orientations sexuelles ainsi que pour tous les genres. Cette tradition, qui a eu lieu pour la première fois à Paris en 1977 et à peu près à la même période dans beaucoup d’autres pays du monde, permet aux membres de la communauté gay et transgenre de revendiquer leurs droits à être acceptés socialement au même titre que les hétérosexuels. La nudité accompagne souvent ce rendez-vous annuel, et permet de symboliser la délivrance. Les jugements moralisateurs sur la sexualité n’y sont pas les bienvenus et les normes sexuelles disparaissent totalement, chacun est libre de sa sexualité. Le but est de revendiquer une liberté corporelle, spirituelle et sexuelle.

De manière plus contestataire et violente, la nudité a été et reste toujours utilisée par les mouvements féministes, notamment par les Femen. L’organisation fondée en 2008 par l’Ukrainienne Anna Hutsol a pour but de dénoncer la sexualisation du corps féminin par le patriarcat, mais pas seulement. Elles bousculent l’ordre établi avec pour seule arme leurs corps et leurs slogans chocs à l’encontre de la banalisation de la prostitution, de l’asservissement sexuel des femmes, de la violence conjugale, du recul de la démocratie, ou encore de l’oppression religieuse.

Leur côté trash est fièrement assumé, l’objectif est clair : choquer en se promenant torse-nu afin de se réapproprier leur corps. Le nu est ici une arme puissante et remplie de significations.

La nudité : un marqueur culturel, social et corrélé à notre rapport au corps

Nous le savons, le corps n’est pas une donnée naturelle, c’est une construction sociale empreinte de codes, de normes, d’interdits, de tabous et de significations. Le corps est pensé différemment selon la société dans laquelle nous vivons. Le corps devient social selon certains rituels (habillement, tatouages, maquillage...). Par exemple, au Moyen-Orient, le corps est fortement pensé sous le spectre de la religion, celle-ci va déterminer les façons de se vêtir, de se nourrir, d’interagir, de faire l’amour, et plus largement le rapport que les individus entretiennent avec leur corps.

En Occident, la nudité est fortement appréhendée de manière genrée. Le corps de la femme est particulièrement sexualisé dans les publicités, et cela n’est pas sans conséquence sur la sexualité et le rapport qu’entretiennent l’homme et la femme. De manière plus générale, le corps de la femme et de l’homme sont tous deux associés à des qualités particulières : l’homme est vaillant, combatif, ambitieux et la femme est douce, aimante et maternelle.

Toute cette socialisation impose des contraintes physiques aux corps et détermine l’éducation particulière de chaque sexe.

On remarque que la nudité est, dans nos sociétés industrielles, souvent associée à la sexualité. Dans d’autres sociétés, la nudité est plus tolérée et moins empreinte de significations. C’est le cas des peuples dits « premiers » ou encore « primitifs » d’Amazonie par exemple. Les organes reproducteurs ne sont pas tant sexualisés. En revanche, ce n’est pas pour autant que ces populations vivent totalement nues puisqu’elles utilisent divers ornements ainsi que de la peinture corporelle. On remarque une approche différente du corps et une socialisation de celui-ci en rapport avec leur propre système normatif.

Enfin, il est important de se poser les bonnes questions à propos de la représentation de notre corps. Avec les nombreux changements techniques et technologiques qui surviennent, le dictat de l’apparence est grandissant. Le corps devient notre propre publicité dans la vie réelle et numérique. Il reste donc important de veiller à distinguer ce qui nous appartient et ce qui nous est véhiculé par la société.

 

Marie Payraud