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Quelle « Relève » pour diriger l’Opéra de Paris ?

23 décembre 2015. Le documentaire « Relève » est diffusé sur Canal +. Il nous emmène dans les locaux de la prestigieuse institution de l’Opéra National de Paris où nous suivons les pas de Benjamin Millepied, ancien directeur de danse démissionnaire en février 2016, lors de sa première création « clear, loud, bright, forward ».

Arabesque, glissade, saut de chat, pirouette, la danse classique est évidemment connue pour sa technique intransigeante et l’Opéra National de Paris est reconnu pour en être « l’élite ». Au sein de cette élite, seuls les élèves ayant réussi les épreuves du concours interne annuel pourront espérer un jour, intégrer la compagnie (où ils seront de nouveau confrontés à la sélection sur concours). C’est donc par la compétition et la peur de l’échec que les petits rats de l’opéra franchissent les échelons un à un.

Selon Benjamin Millepied, cette formation est beaucoup trop rigide. Dans « Relève », il nous montre son désaccord face à toute cette hiérarchie au sein de la compagnie qui va du corps de ballet au titre suprême de danseur étoile. Il soutient que les danseurs se sont déjà assez battus durant leur parcours, et que leur plaisir pour la danse tend à s’estomper. Il souhaite que les danseurs se détendent comme ils le font en contemporain, car la danse est avant tout un art. Moderniser l’opéra était son objectif premier en balayant cette rigidité et en pensant avant tout aux danseurs.

C’est pendant la préparation de sa première création à l’opéra, « clear, loud, bright, forward » que nous assistons à cette révolution des mentalités ! Ainsi, il choisit l’ensemble des danseurs pour cette première création parmi le coryphée (l’un des échelons les plus bas) et ne retient aucun danseur étoile, montrant ainsi sa détermination à briser une hiérarchie poussiéreuse.

Millepied est bienveillant vis-à-vis des danseurs. Il fait changer les sols afin que les danseurs puissent mieux « sauter » à leurs arrêts lorsqu’ils ont une blessure. Il remarque que ces derniers ont peur de dire lorsqu’ils sont blessés … Dans ce milieu la souffrance apparait comme secondaire. Millepied se préoccupent d’eux, leurs demande régulièrement comment ils se sentent, leurs conseille d’aller se faire masser, et va même juqu’à arrêter une danseuse pendant deux semaines pour qu’elle puisse se reposer afin de reprendre les répétitions dans de bonnes conditions.

Au-delà de la santé de ses danseurs, Millepied a tenté également de casser les pensées de l’institution qui véhiculeraient une forme de racisme en refusant de mettre en avant une danseuse de couleur car elle constituerait une « distraction » pour les spectateurs. Le chorégraphe décide alors de donner un premier rôle à Laetizia Galloni, une danseuse métisse du corps de ballet dans « la fille mal gardée », une première pour L’Opéra National de Paris.

« Relève » nous permet de voir comment le chorégraphe a voulu révolutionner l’Opéra National, mais il nous permet également d’être aux premières loges de la préparation de sa création, entre répétitions, rendez –vous, costumes, manque de temps, grèves, blessures des danseurs…

Un challenge qui visiblement a été beaucoup plus difficile que ce qu’il imaginait. Dans un monde où la rigidité règne depuis des siècles, la révolution qu’à tenter d’opérer Millepied n’a malheureusement pas pu aboutir. En effet, il a annoncé officiellement sa démission de la direction de l’Opéra de Paris jeudi 4 février dernier. Seulement un an après sa nomination, le chorégraphe ne souhaite plus rester au sein de l’institution : « Après mûre réflexion, j’ai décidé de mettre fin à mes fonctions de directeur de la danse», indique-t-il dans un communiqué diffusé par son agence artistique, expliquant vouloir se «consacrer à 100%» à la création», ce que son poste à l’Opéra ne permettait pas. «Mes fonctions de directeur de la Danse occupent aujourd’hui une telle place qu’elle réduit considérablement celle, essentielle à mes yeux, de la création et de l’expression artistique», explique le mari de l’actrice Natalie Portman.

Ces déclarations très critiques dans le documentaire n’ont également pas jouées en sa faveur. Certains ont fortement désapprouvé ces propos, où il assimile finalement le corps de ballet à du papier peint.

A partir du premier août, c’est l’ancienne danseuse étoile Aurélie Dupont qui assurera la relève. L’année dernière, elle a fait ses adieux à la scène et à son titre de danseuse étoile. Aurélie Dupont qui était à l’opéra de Paris depuis l’âge de 10 ans, va probablement se montrer beaucoup moins révolutionnaire que le chorégraphe, étant très attachée au code de l’institution.

Quelle relève pour l'Opéra de Paris ?

 

Julie Delrieu