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Drogues : garder le contrôle !

Selon la mission interministérielle de lutte contre les drogues et les conduites addictives, 92% des jeunes de 17 ans ont déjà expérimenté l’alcool, le tabac ou le cannabis. Si ces consommations occasionnelles sont aujourd’hui vécues comme une expérience, elles peuvent aussi devenir problématiques. Aude Stehelin, psychologue, en charge des consultations jeunes consommateurs (CJC) au Trait d’Union à Boulogne-Billancourt, revient sur la nécessité de bien s’informer pour se protéger.

Drogues dures, drogues douces, quelles différences ?

« Une drogue est une substance, d’origine naturelle ou chimique, qui modifie le comportement du cerveau. Parmi elles, on distingue : les dépresseurs, les stimulants et les perturbateurs. Il faut savoir que toutes ces drogues ont un pouvoir d’ubiquité, elles présentent des méfaits et des bienfaits. On peut évaluer les potentiels de dangerosité selon, leur intensité, leur toxicité, leur potentiel de dépendance physique ou psychique, la satisfaction qu’elles procurent, mais aussi selon leurs fonctions sociales, hédoniques, et thérapeutiques… Mais, une drogue, en elle-même, n’est ni douce ni dure, c’est son usage qui l’est. En pratique nous prenons toujours en considération : la drogue en elle-même, les caractéristiques de l’usager, et le contexte d’utilisation. Par exemple, la nicotine est la substance qui présente le profil de dépendance le plus fort. Pourtant, parmi, les fumeurs il y a toujours des personnes pourront avoir une consommation occasionnelle ou s’arrêter comme ils le souhaitent. C’est le cas pour toutes les drogues ! Il faut savoir que la dépendance ne s’installe pas du jour au lendemain, la théorie de l’escalade n’existe pas, en revanche il est important de bien s’informer pour se protéger. »

Plus on commence jeune, plus les risques de dépendance sont élevés !

« Les adolescents de 14 à 18 ans sont une population particulièrement à risque, pour deux raisons. La première est liée à l’immaturité du cerveau, les drogues ont un effet neurotoxique et peuvent entraver le bon développement du cerveau. La seconde est que l’usage de drogues peut empêcher les adolescents de développer leurs ressources internes. L’adolescence est une étape clé, durant laquelle un jeune doit apprendre à se connaître, à aller vers les autres, à vivre avec les autres. Ils ont besoin de se frotter aux bouleversements de l’adolescence, et ils doivent apprendre à les gérer. Faire l’économie de cette crise à travers la consommation d’un produit les place face à un risque de développer un usage problématique à l’âge adulte, et ce risque s’ajoute au risque de neurotoxicité, et au risque d’apparition d’une maladie psychiatrique. Concernant les 18-21 ans, le cerveau est encore en construction, il faut donc rester très vigilant. Enfin, chez les plus de 21 ans, les risques d’une consommation récréative sont moins importants, si on exclue les risques pour leur santé physique. »

A partir de quand un usage de drogue devient un problème ? « Ceci est subjectif ! Ce qui est valable pour l’un, ne l’est pas pour l’autre, et cela dépend de la drogue et du contexte. Par exemple, dans les soirées étudiantes, certains vont s’alcooliser jusqu’à la défonce, voire jusqu’au coma, d’autres s’arrêteront à un état de légère ivresse… Dans nos consultations, nous avons beaucoup de jeunes femmes, d’une vingtaine d’années, qui présentent des problèmes d’addiction à l’alcool depuis l’adolescence, que personne n’a détectés. L’alcool en France a un côté festif. On a souvent l’impression, que tout le monde fait pareil en soirée, alors qu’en réalité pas du tout.

En pratique, lorsqu’on regarde l’histoire de la personne, on se rend compte que le produit va avoir des fonctions très différentes.  A l’origine des usages problématiques, il y a toujours une souffrance, que le produit vient apaiser, colmater. Nous savons aujourd’hui, qu’il existe un lien très fort entre addiction et psycho-traumatisme. Une personne qui aura vécu, soit plusieurs petits traumas de façon répétée, soit un choc traumatique très grave (abandon, un décès, de la maltraitance, des violences sexuelles….), sera plus vulnérable aux addictions.

Il faut savoir que face à un traumatisme psychique, le cerveau disjoncte pour préserver l’intégrité physique du corps. Soumis à un nouvel épisode de stress, le cerveau va avoir besoin de re-disjoncter car il sera incapable de le canaliser. Mais au bout d’un certain temps, ce mécanisme devient moins efficace et la personne doit trouver d’autres moyens pour apaiser son angoisse. L’usage de drogues, tout comme les comportements auto-agressifs, ou la violence permettront de mettre le système émotionnel en veille ».

Règle N°1 : Si ta vie n’est plus la même, va consulter !

« Toute personne devrait oser consulter, dès qu’elle s’interroge sur son comportement et, si elle ressent que sa consommation, bien qu’occasionnelle, impacte sa vie quotidienne, familiale, sociale, que ses résultats scolaires chutent, qu’elle a des problèmes de concentration, moins de motivation, qu’elle ne parvient plus à réaliser ses projets. Une autre raison qui doit pousser à demander conseil c’est lorsque, face à une situation particulière, comme le stress par exemple, il a recours à un produit, ou que son entourage lui fait des remarques, ou encore qu’il est attiré par d’autres produits.

Ça vaut vraiment le coup d’aller consulter, pour prendre le temps d’évaluer où on en est ».

Règle N°2 : Toujours se renseigner pour réduire les risques !

« Chez les jeunes adultes, dans des usages festifs, le risque principal est qu’une expérience tourne mal. Un des premiers messages de réduction des risques est donc de s’assurer que des personnes autour de nous ne consomment pas au cas, où l’expérience dégénère. Un autre élément est de savoir que, d’une fois sur l’autre l’effet n’est pas la même. Ce n’est pas parce que ça s’est bien passé une première fois, que ça ira la fois suivante. C’est également très important qu’un jeune se renseigne sur ce qu’il consomme : les effets positifs comme négatifs, les risques associés, ces informations lui permettront de ne pas se laisser déborder par l’expérience et de se préparer à la vivre. Il faut aussi éviter la poly-consommation, parce que le mélange de produits vient modifier leurs effets, et les conséquences peuvent être graves.

Un des objectifs de nos consultations est d’accompagner les jeunes adultes dans leurs expériences. Nous les aidons à mieux gérer leur consommation et à ne pas se mettre en danger sans des contextes sociétales où les drogues circulent énormément et sont très accessibles. »

Les consultations jeunes consommateurs (CJC) : un lieu d’échanges, d’information et d’aide

« Instituées en 2004 par le gouvernement, ces consultations s’adressent aux familles et aux jeunes consommateurs, non pas en termes d’âge, mais en termes d’expérience. Dans la CJC du trait d’union, lors du premier entretien, notre objectif est d’aider la personne à évaluer où elle en est, et de lui proposer un accompagnement adapté par un psychologue. Cet accompagnement peut se faire soit de façon très brève, soit sous la forme d’une psychothérapie. Dans le cas d’une personne qui souhaite mieux contrôler sa consommation, la diminuer ou l’arrêter, nous proposons une approche motivationnelle qui va aider et soutenir le changement. Dans d’autres cas, nous proposons une approche plus analytique. Ici, nous adoptons une approche intégrative, qui permet de répondre aux attentes et aux besoins spécifiques de chaque personne. La finalité pour nous, est que la personne retrouve de la liberté et de la souplesse. Nous partons du principe que quand un comportement est systématique, « dès que je suis en colère j’ai besoin de fumer pour redescendre », alors ça devient un problème. A travers notre approche, nous l’aidons à trouver d’autres solutions pour gérer ses émotions et ses pensées, qui sont les premières motivations à l’utilisation de drogues. Une personne peut venir uniquement chercher de l’information si c’est ce dont elle a besoin. Ces consultations sont gratuites et anonymes, un mineur peut venir sans l’accord de ses parents. Si la situation le nécessite, nous pourrons lui proposer d’associer sa famille, mais ce n’est pas obligatoire. Les rendez-vous sont pris soit directement à l’association, soit par téléphone, mais si une personne se présente et qu’un membre de l’équipe peut la recevoir alors elle est vue tout de suite. L’entourage est reçu au sein de ces lieux comme un acteur à part entière. Il y trouvera un soutien, une écoute attentive et bienveillante ainsi que des informations précises sur les produits et sur les addictions »

Encadré

Le trait d’union est un centre de soins, d’accompagnement et de prévention en addictologie, situé au 154 rue du vieux pont de sèvres, à Boulogne-Billancourt (Tél. : 01.41.41.98.01 - Mail : traitdunion@oppelia.fr )

Ce centre rassemble une équipe pluridisciplinaire, composée de médecins, psychiatres, assistante sociale, éducateurs spécialisés et de psychologues. Au-delà de la consultation jeune consommateurs, le centre propose également :

-  Un accompagnement individuel d’adultes faisant face à des problématiques d’addiction. La spécificité du trait d’union est de replacer le consommateur au cœur de ses décisions avec le soutien d’un éducateur spécialisé référent. L’usager choisit ce dont il a besoin parmi une offre de soins pluridisciplinaire,

-  Un accompagnement en groupes à travers des ateliers de sophrologie et d’art plastique, des groupes de paroles sur les addictions organisés par les usagers sur différentes thématiques, comme la famille, les plaisirs…, un groupe d’expression des usagers qui permet de faire émerger les besoins, de parler de la vie du centre, d’émettre des demandes, des critiques.

-  Un centre thérapeutique résidentiel situé à Clamart, qui dépend de la consultation de Boulogne. Une équipe d’éducateurs encadrent 7 personnes pendant 3 mois. L’objectif est de les mettre à distance des produits et de leur permettre de vivre une expérience différente, de les aider à travailler sur la gestion des émotions…

-  Des appartements thérapeutiques situés dans les Hauts de Seine (Sèvres, Montrouge, Chaville, Boulogne…), qui accueillent pour 2 ans des personnes qui ont un problème d’addiction. Ces personnes doivent pouvoir payer leur loyer et bénéficient d’un accompagnement très proche des éducateurs et de l’équipe ambulatoire.

-  Des ateliers de formation, de sensibilisation et de prévention, destinée aux jeunes, aux parents et aux professionnels.

Sophie Boursange