Bienvenue sur le site de l'université Paris Descartes

La réponse de la génération « attentats ».

Entre « peur, colère et résignation », retrouver un équilibre après les attentats est parfois difficile. Génération Y, génération Z ou tout simplement génération attentat, cette jeunesse doit, quoi qu’il arrive, se construire au milieu de cette confusion. Comment se rassembler de nouveau autour de combats communs ? Les récentes manifestations contre la loi du travail correspondraient-elles à une forme de réponse face à toutes ces problématiques ? 

Le journal Le Monde a consacré la journée du 1er avril 2016 à une réflexion sur « Comment vivre avec la menace terroriste ? ».  Entre « peur, colère et résignation », retrouver un équilibre est parfois difficile. Difficile aussi d’intégrer cette menace présente proche de nous, de notre famille, de notre lieu de travail, d’étude mais aussi de vie. Cette menace si soudaine et abstraite aurait légitimement découragé cette jeunesse qui doit, quoi qu’il arrive, se construire au milieu de cette confusion. « Génération Y » ? « Génération Z » ou tout simplement « génération attentat » ? Quand nos grands-parents disaient « toi, tu n’as pas connu la guerre », ces paroles semblent maintenant bien loin de la réalité.

Tout le monde, surtout la jeunesse, doit « être lucide » mais surtout ne pas oublier que « la plus belle réponse à cette idéologie de mort, c’est la vie » il s’agit ainsi de « vivre en intégrant cette menace », en reprenant les paroles du premier ministre Manuel Valls lorsqu’il s’exprimait après les attentats de Bruxelles . Mais comment se rassembler de nouveau autour de combats communs ? Les récentes manifestations contre la loi du travail correspondraient-elles à une forme de réponse à toutes ces problématiques ?  Sont-elles les seules réponses apportées à cette actualité dense ?

Une assemblée générale (AG) s’est réunie le 18 mars dernier dans l’amphithéâtre Lagache de la faculté des Sciences Humaines et Sociales de l’université Paris Descartes à Boulogne. Récemment constituée, cette assemblée souhaite elle aussi rejoindre les mouvements de contestation contre le projet de loi déposé par le gouvernement pour réformer le code du travail. Encore très minoritaire au sein de cette faculté, ce groupe contestataire souhaite échanger sur ces réformes ainsi que sur les modes d’actions pour manifester et élargir leur contestation.

Fondée sur une indépendance politique, cette assemblée prend comme modèle l’AG de Paris 8 qui se détache de tous les partis politiques et syndicats. Elle souhaite donc faire grandir leurs propres revendications étudiantes de façon indépendante. C’est ce que nous expliquent deux étudiantes de l’université qui ont contribué à l’initiation de ce mouvement d’opposition.

La loi du travail serait-elle un CPE bis ? Une chose est sure, elle divise. A l’image de la manifestation du 31 mars dernier qui a réuni 390 000 personnes selon les autorités et 1,2 million de personnes selon les syndicats CGT et FO . Du côté des opposants au texte, chez les jeunes, c’est une réelle vague de mécontentement qui rassemble parfois des points de vue très différents. Beaucoup souhaitent manifester « pour l’avenir ». Certains sont « contre l’entièreté de cette loi » et d’autres sont simplement contre certains articles.  Certains savent aussi qu’ils ne seront pas concernés par cette réforme mais se disent « solidaires » pour leurs amis, leur famille ou leurs enfants. Les étudiantes interrogées ne veulent pas « se réveiller trop tard dans 20 ans et regretter de ne pas avoir agi ». La refonte de ce texte proposée par le gouvernement le 14 mars dernier ne semble pas avoir fait faiblir ce mouvement qui se dit avant tout contre « la misère et la précarité ».

La mobilisation de la rue serait-elle une si mauvaise chose pour le gouvernement ? D’un certain point de vue, elle tomberait au bon moment. Après les attentats de 2015 et les récentes attaques de Bruxelles, rien ne saurait être plus efficace qu’un mouvement de grève généralisé pour réunir les français mais surtout les jeunes autour de valeurs communes. Le fait de s’unir autour de cette même contestation peut contribuer à rassembler des individus mais aussi renforcer ou initier l’implication de jeunes dans la vie politique. Mis à part les débordements observés lors de certains rassemblements, la manifestation autour de ce projet de loi peut au moins dégager comme point positif de réaffirmer haut et fort la liberté de parole, de manifestation, de contestation et de grève. Ce sont aussi ces valeurs, attaquées par le terrorisme et au fondement même de la France qui sont aujourd’hui, plus que jamais confortées. Est-ce là une forme de réponse au terrorisme ?

D’autres formes de mobilisations peuvent également rassembler des jeunes. C’est le cas de l’engagement associatif qui a augmenté de près de 33.6% chez les 15-35 ans depuis 2010. Il s’agit de la plus forte augmentation observée par tranche d’âge sur cette période d’après une enquête publiée par l’organisation France Bénévolat et IFOP paru le 30 mars dernier . Caroline Soubie, responsable du pôle jeunesse et volontariat à la Croix-Rouge a déclaré dans un article du Monde daté du premier avril 2016  : « On a vu beaucoup de moins de 30 ans et d’étudiants se tourner vers nous avec des propositions très précises pour l’accueil des migrants ». Comme pour le sujet des migrants, certains jeunes s’investissent donc dans des actions concrètes au cœur des grands sujets qui font notre actualité. Patrick Bertrand à la tête de l’association Passerelles & Compétences, une  organisation qui fait le lien entre associations et bénévoles a également observé dans cet article cette intensification de la demande. Selon lui : « Face à une société fragilisée, les gens commencent à comprendre qu’ils ont une partie de la solution ».

Si toute cette actualité a pu engendrer bien des contestations, par rapport aux négociations relatives à la loi du travail notamment, d’autres actions plus silencieuses témoignent aussi de cette volonté de non résignation observée chez certains jeunes. Il peut également se détacher de cette révolte une volonté de changement qui dépasse la sphère politique. Ras-le-bol ou une simple volonté de s’unir face à une cause commune ? Une chose reste certaine, la nouvelle génération ne semble pas prête à se laisser faire, elle choisit ses combats pour définir son avenir.

 

Henry du Basty