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Le soufisme, dimension spirituelle de l'islam.

A la question qu'est-ce que le soufisme, la réponse de Jaafar, soufi depuis 11 ans, fuse spontanément : c’est le cœur de l'islam. A notre époque où l’extrémisme musulman fait la une de tous les médias, il semble instructif de se pencher sur cette pratique reconnue par certains comme une voie initiatique menant à l'éveil de l’Homme, une thérapie de l'âme où réflexion et introspection semblent incontournables.

Une brève histoire du soufisme

La pratique du soufisme- tasawwuf en arabe, remonterait aux sources même de l’islam. Elle était à l'époque une « réalité sans nom », vécue comme allant de soi. Elle se distingue vers le IXe siècle quand les principaux courants de l’islam se mettent en place et devient une entité à part entière, grâce à la rédaction de nombreux manuels dans une tradition jusque-là orale, et la multiplication des écoles d'enseignements. Des tensions apparaissent rapidement entre les soufis et les littéralistes de l'islam, opposés à reconnaître la valeur symbolique des rites et réfractaires à la dimension ésotérique prônée par les soufis.

L'origine du terme arabe sûfî est complexe. Deux hypothèses sont souvent retenues : il viendrait de sûfiya, « il a été purifié », ou de sûf, « laine », en référence au Prophète et ses compagnons qui portaient un vêtement de laine en signe de pauvreté. À partir du XIIe siècle les soufis se regroupent en confréries. Chacune est une voie initiatique où les disciples se rassemblent autour d'un maitre spirituel, le cheikh. Rapidement, les confréries s'avèrent être des vecteurs de dynamisation de la vie spirituelle, intellectuelle et artistique dans le monde oriental, et au delà, car l'ouverture et la tolérance du soufisme participe à l'expansion de l'islam en dehors de ses frontières initiales. Aujourd’hui, toutes les grandes confréries sont actives en Occident.

Les fondements du soufisme

A la base, il y a le Coran, révélé au VIIe siècle au Prophète. Jaafar nous décrit les 3 dimensions inhérentes au soufisme en prenant l'exemple d'un cercle : l'extérieur du cercle correspond à la sharia, qui est la pratique extérieure de la religion, exotérique. La foi est un chemin vers le centre de ce cercle s'appuyant sur le dogme coranique, qui doit toucher le cœur de la personne. Vient alors l’ihsân, signifiant perfection, ou excellence. Le croyant est invité à adorer Dieu comme s'il le voyait : c’est l'accomplissement de la foi. Pour lui, la sharia n'est pas un but en soi. Il s'agit de trouver l'équilibre entre exotérisme et ésotérisme. Le Djihâd est une lutte spirituelle contre ses passions, son égo. Dieu est un Dieu d’amour et on n'accède à lui que par l'amour.

C’est à ce degré que les spiritualistes musulmans ont identifié le soufisme à l'islam dans sa complétude. Non un islam « light », car son observance au quotidien réclame un surcroît de pratique, mais une idéologie opérative qui ne se résumera pas à définir ce qui est licite ou illicite. La voie soufie est une quête de l'excellence, elle se veut voie d'éveil spirituel, encourageant le développement des états de conscience à travers les expériences de la vie quotidienne.

 La psychologie soufie

Le but étant de parvenir à purifier l’égo de l'initié, le soufisme, considéré parfois comme une thérapie de l'âme, à élaborer des outils et des théories psychologiques. L'unicité du sujet y est mise en avant, tout comme l'importance de se connaitre soi-même. Le maitre spirituel va aider le disciple à se libérer des vieilles croyances imposées par l'éducation et la société, à se débarrasser de ses illusions pour faire face à sa réalité. Cette déconstruction, se rapprochant de la psychanalyse freudienne, sera suivie de la reconstruction née de la découverte de sa véritable identité. On y retrouve aussi les techniques d'interprétation des rêves, et d’associations d'idées, chères à Freud ou Jung. Le travail du symbolisme, l’invitation à la connaissance et à l'amélioration de soi, la nécessité imposée de  « polir son cœur » ne sont pas sans rappeler l’enseignement philosophique du bouddhisme ou la démarche de certains ordres initiatiques non dogmatiques comme la Franc-maçonnerie.

Le soufisme aujourd'hui

Depuis le XIIIe siècle le soufisme contribue largement à la vie spirituelle, intellectuelle et artistique de l'islam. On y cherche Dieu par la spéculation sur des symboles, la musique, la poésie, et la danse. Il se vit au sein de confréries. Ce sont des univers complexes et diversifiés. Chaque confrérie a ses propres exercices, le disciple récite chaque jour des prières spécifiques à celle-ci. La pratique de la méditation est souvent retrouvée. Un adage soufi dit : « il y a autant de voies menant à Dieu que de souffles des fils d'Adam ».  A la tête de chacune de ces écoles se trouve un maitre, qui assure la responsabilité de l'éveil spirituel de ses disciples. Quelques-uns de ces cheikhs sont des femmes, et plusieurs femmes considérées comme saintes ont enseigné jadis le soufisme.

Les confréries sont de plus en plus représentées en Europe, et dans le monde, mais leurs membres ne se distinguent généralement pas par leur aspect extérieur, se fondant sur les paroles de leur prophète disant que Dieu ne regarde pas l'apparence mais l'intention des cœurs.

La lecture symbolique des textes religieux, l'ouverture à l'art et la culture, et le respect des individualités par delà le dogme mis en avant dans le soufisme, dresse le portait d'un islam différent de celui prêché par les extrémistes. Souvent méconnu du grand public et parfois des musulmans eux-mêmes, il prône des valeurs pouvant être considérées comme un rempart au fondamentalisme religieux. La spiritualité, qu'elle soit soufie ou autre, pourrait-elle être un remède à nos sociétés en quête de sens et d'identité ?

 

Stéphanie Pascart