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La femme ‘’ natural & happy ’’ Ou La femme naturelle et heureuse.

Depuis cinq ans, un mouvement féministe afro-américain a traversé l’Atlantique. Le Nappy mouvement ou le ‘’Natural hair movement’’ est né durant les années soixante-dix aux États-Unis et puise la base de ses revendications dans la vague anti-ségrégation de cette époque, principalement menée par le mouvement révolutionnaire du Black Panther Party. Alors connu comme extrémiste, le Nappy mouvement ne se contente plus de représenter uniquement les femmes noires, et gagne donc du terrain depuis les années 2000.

Contraction entre ‘’Natural’’ et ‘’Happy’’, le Nappy prône la beauté des cheveux crépus et naturels, et se lève contre l’occidentalisation de la mode que l’on connaît depuis bien des années. La jeune Stéphanie (28 ans, Paris, d’origine martiniquaise) nous avoue qu’à force de se retrouver face aux diktats occidentaux de la beauté, le quotidien et la confiance des jeunes femmes en prennent un coup : « Avant je me lissais les cheveux tous les jours, et je faisais un défrisage tous les 3 mois ! Mes cheveux et mon porte-monnaie étaient dans un état catastrophique… Mais je ne pouvais pas faire autrement, même si mes amies me disaient que mes cheveux naturels m’allaient bien, je ne les assumais pas et je me trouvais affreuse avec mes cheveux frisés. » Aujourd’hui, on remet souvent en question la dictature de la minceur véhiculée par la mode et les médias, mais on oublie souvent que l’aspect parfait des cheveux lisses européens peuvent aussi être sources de complexes. Alors, pour devenir une Nappy girl, et être belle au naturel, on arrête les défrisages, on jette son fer à lisser et on dit au revoir aux sulfates et autres agents chimiques dans nos shampoings. On devient une femme bien dans sa tête et dans son corps.

Mais être heureuse et naturelle ne suffit pas pour devenir Nappy et assumer pleinement ce nouvel état d’esprit. Stéphanie se confie sur la difficulté de s’engager dans cette voie « Pour devenir Nappy c’est tout un processus, si tu faisais des défrisages il faut : soit, que tu te rases les cheveux pour repartir sur une base totalement naturelle. Soit, que tu laisses pousser et que tu coupes au fur et à mesure la partie défrisée. Déjà ça c’est une grande décision et tu subis le regard des gens dans les deux cas. » Encore un combat des femmes pour s’assumer vous dites ? Il semblerait bien oui, mais Rome ne s’est pas construite en un jour, dit-on. Dans son numéro du 28 Janvier 2016, le quotidien Libération  révèle qu’’être une femme ça se paie’’ et souligne qu’une femme dépense en moyenne 221 euros par an pour les produits d’entretien capillaire et 187 euros en salon de coiffure.

Les cheveux sont une partie importante de notre apparence, une façon de s’assumer ou de se cacher. Et constituent une énième pression sociale pour la femme, puisque, mis à part l’image parfaite et lisse communiquée par les médias, la femme, pour correspondre à l’idée d’une vraie femme, se doit d’être ‘’présentable’’ et de plaire au plus grand nombre. Et le Nappy mouvement s’insurge contre cette obligation de plaire aux autres avant de se plaire à soi.

Ainsi, si ce mouvement s’est construit sur une dynamique afro-américaine, il s’est largement démocratisé en Amérique et en France, puisque le ‘’ être heureuse au naturel ‘’ fait nombre d’adeptes. Alors, depuis cinq ans, quelques soient ses origines, une femme peut se revendiquer Nappy Girl. Femmes aux larges boucles, aux frisottis légers, ou à la coupe afro… On retrouve une même ligne directrice : le bien-être. Pour être une Nappy dans les règles de l’art, on prône un mode de vie sain et naturel, pour prendre soin de ses cheveux, mais aussi de son corps et de son esprit.  

De ce fait, si l’émergence de ce mouvement capillaire est dû aux femmes noires d’Amérique en quête d’identité et d’affirmation, aujourd’hui on peut le rapprocher d’un mouvement féministe global où la femme essaye de contrer ce que l’on attend d’elle, et d’être belle comme elle l’entend. Comme le dit si justement  Stéphanie : « Au bout du compte, pour devenir une vraie Nappy, ce n’est pas forcément une question de cheveux crépus ou pas, c’est juste qu’il faut s’assumer et avoir confiance en soi. Et je pense qu’au final, c’est ça le but. »

 

 

 Marion PAYET

Pour info :

Quelques icônes Nappy : Alicia Keys, Solange Knowles, Oprah Winfrey

Le site du mouvement nappy de France

Un petit lexique  pour comprendre le vocabulaire et les étapes d’une chevelure nappyiste !