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Vue de l'actu - L'affaire DSK ou le choc des cultures

France-Etats-Unis : un fossé culturel toujours aussi grand...

«DSK le pervers», «l'argent sale», les titres de la presse américaine sont loin de faire dans la dentelle en dénonçant, parfois avec hypocrisie, l'ex-directeur du FMI. Les journalistes américains n'ont pas manqué de montrer DSK avec une barbe de plusieurs jours, costume froissé, humilié. Un procès médiatique, préliminaire du procès judiciaire ? Inconnu aux Etats-Unis il y a moins d'un mois, la presse a fortement contribué à la notoriété de Dominique Strauss-Kahn. Elle présente des clichés humiliants qui effacent des mémoires les images de l'ancien ministre brillant devenu directeur du FMI, négociant avec les Chefs d’États du monde entier.

Les américains sont perçus, comme puritains, faisant un éloge parfois hypocrite de la fidélité. Bill Clinton a été méprisé  médiatiquement pour son aventure avec Monica Lewinsky. En France, peu de temps après son investiture présidentielle, Nicolas Sarkozy a été malmené pour son séjour sur le Yacht de Vincent  Bolloré … A chacun ses vices, à chacun ses tabous. Dans une interview pour le Nouvel Observateur, Michela Marzano, professeur de philosophie morale à l'Université Paris Descartes, rappelle que «les affaires de mœurs sont souvent considérées comme ne faisant pas seulement partie de la sphère privée». Elles font le régal des journaux car elles font vendre. Le scandale DSK rapporte des sommes astronomiques aux chaînes télévisées et aux journaux. A lui seul, il réunit les procès de Mickael Jackson, Bill Clinton et Bernard Madoff : un rêve pour les journalistes, un cauchemar pour la famille Strauss-Khan.

A en croire les spécialistes, en France le traitement médiatique eut été différent : les médias s’interdisant la diffusion des mêmes images du directeur du FMI. Son passé en est d'ailleurs la preuve accablante... « La valeur d’un individu dépend pour beaucoup de son statut social »- rappelle Michela Marzano. Dans cette affaire, les élites politiques françaises prônent la présomption d'innocence, et rappelle que l'ex directeur du FMI plaide non coupable... Quant au même moment, aux Etats-Unis, le procureur inculpe Dominique Strauss-Kahn et place sa victime présumée sous protection policière…

En dépit du phénomène de globalisation, les différences culturelles entre la France et les États-Unis sont incontestables. Les juges européens souhaitent imposer le système américain tandis que l'on dénonce les procédures médiatico-judiciaires américaines. Paradoxe inévitable d'une société où la vitesse de l'information ne cesse de croitre... Pour l’heure, « l’affaire DSK » semble produire de nombreux effets secondaires. Peu de temps après la mise à pied de Dominique Strauss-Khan, est venue l'heure de Georges Tron, accusé publiquement de harcèlement sexuel et contraint de démissionner de ses fonctions. L’affaire DSK est-elle le déclencheur d'un grand remue-ménage au sein de la classe politique ?

Pierre-Henri Bovis.