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La dépression en période de Noël !

Le manque de lumière du soleil, le froid, le fait de voir les autres se réunir en famille quand on a pas la chance de pouvoir le faire ou encore le fait de voir un siège orphelin lors du grand dîner familial. Autant de facteurs qui peuvent provoquer la contre-intuitive dépression en période de Noël.

Noël est souvent vu comme la période la plus caractéristique de la joie et de la chaleur. Si on devait trouver une particularité à Noël, ce serait la manière dont cette fête arrive à monopoliser tous nos sens. Pour notre vue, les guirlandes font le travail en ornant les maisons et en mettant de la couleur, les odeurs de marrons ou autres plats typiques remplissent les marchés, les chansons de Noël se font entendre partout, le cœur du réveillon met en exergue nos papilles et nous allons à tâtons pour deviner nos cadeaux. Noël est donc une période de lumière, d'illuminations dans les villes et les villages ainsi que dans les cœurs. Seulement, un rayon de lumière n'existe que parce qu'il y a de l'obscurité pour le contraster.

Elles existent donc, ces personnes qui regardent cette agitation avec distance. Elles peuvent ne pas aimer cette fête, elles peuvent être d'une religion différente et ne pas se sentir concernées ou encore elles peuvent ressentir un mal-être et donc se mettre en retrait. Ces personnes sont complètement oubliées pendant la période de la fin de l'année tant la machine de Noël est puissante et submerge les médias, la sphère publicitaire, la sphère filmographique saisonnière, etc. Parmi toutes ces personnes marchant dans l'ombre du géant Noël, les personnes ressentant un malaise à Noël ou les "dépressifs de Noël" comme on l'entend parfois, sont les plus ambivalents. Ils ne veulent souvent plus de Noël mais ne se sentent non plus pas tout à fait à l'écart de la fête. C'est le cas, nous le verrons un peu plus bas, de la personne que nous avons interrogée et qui se définit face à Noël comme "souhaitant s'échapper mais toujours rattrapé".

Ouvrons La fatigue d'être soi : dépression et société d'Alain Ehrenberg. Dans ce livre, mais aussi dans la plupart des ouvrages scientifiques de références traitant de la dépression, on pourra trouver comme caractéristique à cette dernière, une tendance neuropsychologique à avoir une mémoire à plus long terme et donc à faire revenir certains souvenirs douloureux. Dès lors, Noël étant dans l'imaginaire collectif une fête relative à la famille, à ceux qu'on aime et à ceux avec qui on veut échanger, on comprend plus aisément pourquoi cette période peut être évocatrice de souvenirs malheureux. La solitude et la dépression en période de Noël sont de vieilles amies. Encore le mois dernier, le 5 décembre, le Figaro a sorti un article en prenant comme source une enquête du CREDOC et montrant que 5 millions de français vivent dans l'isolement à l'heure actuelle. L'article précise que tous les âges et toutes les professions sont touchés. En effet, la solitude, la nostalgie ou encore, plus physiologiquement, une hypersensibilité à un déficit de lumière peuvent toucher n'importe qui et nous aurions tort de croire que nos proches en soient totalement immunisés.

Pour tenter de mieux comprendre le phénomène de la dépression en période de Noël, nous avons rencontré Nicolas, un étudiant de 20 ans à Paris Nanterre et qui se définit lui même comme "vivant le mal-être de Noël". Cet étudiant a adoré les fêtes de fins d'années pendant toute son enfance et une partie de son adolescence.

Seulement, lorsqu'il avait 15 ans, sa petite sœur est décédée et il explique très bien que " la période de Noël est une période difficile car c'est une période familiale, c'est lors de ces périodes que j'ai passé mes moments les plus heureux en famille et cela me plonge dans une sorte de nostalgie" .Tout a changé pour lui et sa famille, ils ne peuvent pas vraiment faire semblant ("Nous avons bien essayé de fêter comme si de rien n'était mais cela a été absolument impossible"). A propos de la machine médiatique que représente Noël, il commente " Comment échapper à cette frénésie ? On ouvre la télévision, on voit un film de Noël, on veut lire un magazine, ce sont des articles sur des cadeaux de Noël et c'est comme ça partout". En discutant avec Nicolas, on se rend compte à quel point parfois le bonheur apparent des uns peut cacher la détresse des autres. Alors, nous lui avons posé la question : Mais finalement, que faire ? "Banaliser Noël", nous dit-il, "faire exactement la même chose que les autres jours en espérant qu'on ne posera pas trop de questions".

Alors, que peut-on humblement retenir de tout cela ? Sûrement pas que les personnes pour qui il est possible d'être heureux à Noël doivent s'en priver. Ni qu'il faille arrêter de fêter Noël, Hanoukah ou n'importe quelle autre fête similaire. Ne surtout pas s'arrêter de profiter d'une ambiance qui, peu importe l'avis qu'on peut porter dessus, a très peu son pareil. Mais plutôt retenir que, malgré ce que nous fait croire un système transformant une population de singularités en une masse compacte, il existe des personnes pour lesquelles Noël s'accompagne d'une souffrance muette, discrète et très peu relayée médiatiquement. Alors si nous remarquons autour de nous, une personne ressentant ce mal-être de Noël, soyons son oreille. Une oreille attentive qui relaye mais aussi ressent l'intensité des confessions.

Yoni Bastok